Finances News Hebdo 1223

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026

cière et numérique». L’institution financière soutient les réformes gouvernementales en octroyant une série de prêts favorisant l’ac- cès des particuliers et des entre- prises aux services financiers et numériques. Le troisième prêt de ce genre a été approuvé le 31 mars 2023 par le Conseil d’administra- tion de la Banque mondiale, pour un montant de 450 millions USD, avec pour objectif de répondre aux défis persistants, notamment l’écart d’accès aux services finan- ciers de 25 points de pourcentage entre les hommes et les femmes, et l’utilisation limitée des services financiers numériques par les entrepreneurs, principalement les commerçants. Des ressources et une volonté d’agir bien présentes donc, mais qui semblent ne pas se traduire encore en réalité économique. C’est en tout cas ce que laisse penser la part des crédits octroyés aux entreprises dirigées par des femmes sur l’année 2024. Sur un effectif de 120.391 EPMA ayant contracté un crédit, 17.744 sont dirigées par des femmes, soit 14,7% de cet effectif contre 14,6% en 2023. Le montant de crédit alloué s’est établi à 53,2 milliards de dirhams, et ne représente que 10,8% de l’encours total. La ventilation par établissement de crédit révèle également que les associations de microcrédit ont réservé 24,4% de leur encours de crédit aux EPMA dirigées par des femmes, tandis que les socié- tés de crédit à la consommation ont distribué 17% et les banques 10,7%. ◆

 L’enjeu principal reste de créer un environnement favorable à la croissance et au développement des entreprises dirigées par des femmes.

formations digitales innovantes incluant l’intelligence artificielle; «She Start», qui vise l’accompa- gnement des start-up dirigées par des femmes en offrant mentorat, accès au financement et opportu- nités de réseautage; «She Digital», qui accompagne la transformation numérique des entreprises fémi- nines; et «She Green», qui soutient les initiatives entrepreneuriales féminines dans les domaines de l’économie verte et du dévelop- pement durable. Des solutions qui visent à structurer un écosystème inclusif en faveur du leadership féminin. Au niveau des pouvoirs publics, le nouveau modèle de développe- ment (NMD) place l’autonomisa- tion économique des femmes au centre de l’axe «Inclusion et solida- rité». Ce dernier vise, entre autres, à favoriser l’adhésion des femmes entrepreneures aux coopératives, aux services financiers ainsi qu’aux moyens de production et de com- mercialisation. Il soutient égale- ment la formalisation de leurs acti- vités économiques. Dans la même lancée, le plan gouvernemental pour l’égalité prévoit des mesures facilitant la conciliation entre vie

professionnelle et vie privée. Selon les estimations du haut-commissa- riat au Plan (HCP), l’inclusion des femmes rurales pourrait générer un gain économique entre 25,3 et 39,5 milliards de dirhams (soit 2,3 à 3% du PIB) d’ici 2035. Les programmes nationaux d’ap- pui à la création d’entreprises complètent l’offre gouvernemen- tale, notamment Ana Moukawil, dont l’objectif est de soutenir les entrepreneurs à travers un dis- positif d’accompagnement pré et post création. Les bénéficiaires ont accès à une avance sans intérêts

représentant 10% de l’investisse- ment, dans la limite de 15.000 DH remboursables sur six ans, dont trois ans de grâce, ainsi qu’une garantie de leurs crédits bancaires à hauteur de 85%. Le programme Intelaka, quant à lui, a déjà permis de financer 58.368 projets pour une enveloppe avoisinant les 39 milliards de dirhams. Ces efforts des pouvoirs publics sont soutenus par les partenaires financiers du Maroc, dont la Banque mondiale, à travers les «Prêts de politique de développe- ment (PPD) pour l’inclusion finan-

Les 5 freins majeurs à l’entrepreneuriat féminin

Selon Keltoum Houssni, «le financement reste le verrou n°1. Même avec des projets sérieux, l’accès au crédit et aux garanties demeure difficile. Sans financement, il n’y a pas de structuration, pas d’investissement et encore moins de croissance. Ainsi, faciliter l’accès des femmes au financement (crédit, garantie, capital) est la condition première pour structurer et accélérer la croissance des entreprises féminines. Par ailleurs, l’entrepreneuriat fonctionne, entre autres, par opportunités et grâce aux mises en relation. Or, beaucoup de réseaux économiques restent dominés par la cooptation : moins de connexions entraine moins d’accès aux gros contrats, donc moins de croissance. Dans ce cadre, l’ouverture réelle des marchés publics et privés aux entreprises dirigées par des femmes est le levier le plus direct pour générer du chiffre d’affaires et créer des emplois. Le renforcement de l’intégration des entrepreneures dans des réseaux d’affaires influents permet d’accéder plus rapidement aux opportu- nités, aux décideurs et aux grands contrats. En outre, beaucoup de femmes portent simultanément la responsabilité du foyer et celle de l’entreprise. Résultat des courses : moins de temps pour le développement commercial, les déplacements, le réseautage et la stratégie; ce qui crée une limitation silencieuse. C’est pourquoi la mise en place des solutions de soutien (services, garde, flexibilité) réduit la charge mentale et libère du temps stratégique pour développer l’entreprise. De même, on accompagne davantage l’étape «création» que l’étape «croissance». Pourtant, les vraies difficultés arrivent après (les ventes, cash-flow, structuration, process, recrutement et scaling). Ainsi, pour passer de la création à la croissance, il faut un accompagnement ciblé sur la vente, le cash- flow, la structuration et la montée en échelle. Enfin, la crédibilité d’une femme cheffe d’entreprise est parfois encore questionnée, surtout dans certains secteurs. Elle doit souvent «démontrer deux fois plus», ce qui use et ralentit. C’est dire que quand les réseaux et les marchés sont restreints, l’ambition seule ne suffit pas».

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