ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026
Fitness Un marché plus fragile qu’il n’y paraît D Au Maroc, la salle de sport n’est plus un simple commerce de quartier. En quelques années, elle s’est transformée en un véritable marché structuré, porté par l’urbanisation, l’évolution des modes de vie et une nouvelle culture du bien-être, particulièrement visible dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat, Marrakech ou Tanger. Par K. A. temps : la salle de sport adopte aujourd’hui les codes du e-com- merce. Coûts fixes, fidélisation, rentabilité…
modèle immobilier et du taux d’oc- cupation. «Le plus gros risque, ce n’est pas la concurrence, c’est le loyer et la régularité des abonne- ments» , confie Yassine El Azhari, propriétaire d’une salle de sport à Casablanca. «Tu peux avoir une salle pleine en janvier grâce aux promotions, mais si en mars tu perds 30% de tes abonnés, tu te retrouves avec les mêmes charges et beaucoup moins de revenus. La clé, c’est l’ambiance, la qualité des coachs et la relation avec les clients. C’est ça qui transforme un abonnement en fidélité» , ajoute- t-il. Le professionnel souligne égale- ment l’évolution rapide du compor- tement des clients, devenus beau- coup plus exigeants et volatils. «Aujourd’hui, les gens comparent tout : le prix, la propreté, l’affluence aux heures de pointe, la disponibi- lité des machines, la présence du coach. S’ils ne sont pas satisfaits, ils changent de salle sans hésiter. On n’est plus dans une logique de proximité, mais de rapport quali- té-prix perçu» , explique-t-il. Sur le plan économique, le segment des salles de sport représente désor- mais un volume d’activité significa- tif dans l’écosystème plus large de l’économie du sport au Maroc, aux côtés des équipements, du coa- ching, des compléments alimen- taires et des services de bien-être. Même si les statistiques secto- rielles restent encore fragmentées, des analyses de marché indiquent que moins de 15% de la population active sont membres réguliers de centres de fitness, ce qui montre à la fois le potentiel de croissance et le fait que le marché est encore loin de sa maturité, selon une étude de Ken Research sur le marché des services de fitness au Maroc. Pour autant, le secteur reste loin d’être un eldorado garanti. Le taux de mortalité des petites salles reste élevé, notamment dans les quartiers où l’offre devient sur- dimensionnée par rapport au pouvoir d’achat local. Beaucoup de projets échouent non pas par manque de clients potentiels, mais par sous-estimation des coûts, mauvaise localisation, absence de stratégie commerciale ou gestion approximative de la trésorerie. ◆
ans certains quartiers, il n’est plus rare de trouver plusieurs clubs de fitness dans un rayon de quelques centaines de mètres, signe d’une concurrence devenue frontale et d’un secteur entré dans une logique quasi industrielle. La pra- tique sportive progresse, notam- ment chez les jeunes actifs, les étudiants et de plus en plus de femmes, avec une recherche à la fois de performance physique, d’esthétique corporelle et de ges- tion du stress. Le sport n’est plus perçu uniquement comme un loi- sir, mais comme un investissement personnel, presque un élément de statut social dans certains milieux urbains. Résultat : l’abonnement mensuel à une salle de sport s’ins- talle durablement dans le budget de nombreux ménages, même en période de tension sur le pou- voir d’achat, quitte à arbitrer sur d’autres postes de dépenses. Face à cette demande, l’offre s’est fortement diversifiée. Le marché se structure aujourd’hui autour de
trois grands modèles. D’abord, les salles dites «accessibles», qui misent sur des tarifs relativement bas, un volume important d’adhé- rents et une forte rotation, avec peu de services personnalisés. Ensuite, un segment intermédiaire, majoritaire, composé de salles indépendantes qui combinent musculation, cardio, cours collec- tifs et parfois coaching personna- lisé, avec un positionnement prix médian. Enfin, un segment pre- mium, encore limité mais en crois- sance, qui vend une expérience globale incluant équipements haut de gamme, accompagnement individualisé, espaces bien-être et parfois même des concepts importés de grandes franchises internationales. Les réseaux sociaux jouent désor- mais un rôle clé dans l’acquisi- tion de clients. Publicités ciblées, influenceurs locaux, transforma- tions physiques mises en avant, vidéos d’entraînement, offres promotionnelles limitées dans le
Cette stratégie répond à une réalité économique bien connue des professionnels du secteur : la salle de sport est un business à fortes charges fixes. Le loyer du local, souvent situé dans des zones à forte fréquentation, pèse lourdement sur la rentabilité. À cela s’ajoutent les salaires des coachs, la maintenance du maté- riel, la consommation électrique, l’hygiène et le renouvellement périodique des équipements. Dans ce contexte, le vrai indi- cateur de performance n’est pas seulement le nombre d’inscrip- tions, mais la capacité à retenir les abonnés dans la durée. Une salle qui recrute beaucoup mais perd rapidement ses membres voit sa trésorerie se fragiliser très vite. Le point de vue institutionnel ren- force ce diagnostic terrain. Dans son avis consacré à l’économie du sport, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) souligne que le secteur du sport, bien qu’en croissance, est encore sous-exploité en tant que moteur économique et industriel. Le CESE déplore notamment que l’écono- mie du sport au Maroc contri- bue aujourd’hui à moins de 0,5% du PIB, une part faible comparée à d’autres marchés où l’activité sportive est pleinement intégrée comme secteur économique à part entière. À Casablanca, certains proprié- taires expliquent que la viabilité du projet dépend avant tout du
Le segment des clubs et salles de sport au Maroc a généré environ 604,4 millions de dirhams de chiffre d’affaires en 2022, selon la Fédération marocaine des professionnels du sport.
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