Finances News Hebdo 1223

L'UNIVERS DES TPME

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026

CitizOn «Il existe une forte demande pour des contenus culturels exigeants mais accessibles»

F.N.H. : CitizOn propose une autre manière de visi- ter la ville, de façon auto- nome et sans guide phy- sique. En quoi ce format répond-il aux nouvelles attentes des visiteurs, marocains comme étran- gers ? M. N. B. : Les attentes ont profondément changé. Les visiteurs recherchent plus de liberté, plus de personnalisa- tion et de souplesse. Ils veulent comprendre sans être enfer- més dans un groupe, avancer à leur rythme, s’arrêter, reprendre plus tard. Ce format autonome répond aussi à une réalité très concrète: l’insuffisance de l’offre de médiation culturelle face à la croissance des flux touristiques. À l’horizon 2030, le Maroc vise 26 millions de visiteurs. Il est illusoire de pen- ser que le modèle classique du guidage physique, opéré par les guides agréés du ministère, pourra à lui seul absorber cette demande. Mais CitizOn ne remplace pas les guides, il complète l’écosys- tème. Il permet de démocratiser l’accès au patrimoine marocain, y compris hors horaires, hors saisons, hors centres histo- riques. Un visiteur peut décou- vrir la médina de Salé le matin, les Oudayas de Rabat l’après- midi, et écouter un podcast sur la Corniche de Casablanca en fin de journée. Ce format séduit aussi les Marocains, notam- ment les jeunes et les familles, qui redécouvrent leur ville comme un espace de savoir et de récit.

Fondée en 2023, la startup CitizOn facilite la découverte du patrimoine et de la culture des villes du Maroc. Ludique et pensée pour être accessible à tous, y compris aux enfants, elle a déjà été primée à plusieurs reprises. Entretien avec sa fondatrice et CEO, Mahja Nait Barka.

Propos recueillis par Ibtissam Z.

Finances News Hebdo : Pouvez-vous nous présen- ter CitizOn et expliquer comment est née l’idée de transformer le smartphone en guide urbain de poche ? Mahja Nait Barka : CitizOn est une application d’explora- tion urbaine qui permet de visi- ter les villes du Maroc en toute autonomie, à son rythme, grâce à des parcours audioguidés et géolocalisés, accessibles en plu- sieurs langues, aussi bien pour les visiteurs étrangers que pour les habitants. L’idée est née d’un double constat. D’un côté, les villes marocaines regorgent de patri- moines riches mais que l’on traverse parfois sans vraiment les voir ou les comprendre. De l’autre, le smartphone est deve- nu un outil central de naviga- tion et d’orientation, mais il reste peu exploité comme support de médiation culturelle structurée. CitizOn est née de cette envie de réconcilier rigueur historique et expérience digitale. On ne se contente pas d’énumérer des dates ou des façades, on explique pourquoi un quartier s’est construit ainsi, ce qu’il raconte

d’une époque, d’un mode de vie. À Casablanca, par exemple, le circuit sur Hay Mohammadi mêle architecture, histoire sociale, musique et sport, en évoquant à la fois les logements ouvriers, Nass El Ghiwane ou encore le Mouvement national. F.N.H. : Pourquoi avoir choisi Casablanca comme première ville phare du projet alors que le Maroc regorge d’autres villes à fort potentiel touristique et patrimonial ? M. N. B. : Casablanca s’est imposée pour plusieurs raisons. C’est d’abord une ville que je connais intimement, j’y vis et j’y travaille sur le patrimoine depuis plus de dix ans. Je connais ses quartiers, ses archives, ses acteurs, ses récits… Lancer CitizOn à Casablanca, c’était

donc commencer là où le capi- tal de connaissances était déjà constitué. Cela a permis d’al- ler vite, et surtout de tester le concept dans un environne- ment que je maîtrise, avec un haut niveau d’exigence sur la qualité des contenus. Mais Casablanca est aussi un choix éditorial fort. C’est une ville complexe, souvent mal racontée. Contrairement à des villes plus évidentes touristique- ment, elle nécessite des clés de lecture. C’est précisément ce que propose CitizOn. Enfin, Casablanca permet de toucher un public hybride, com- posé à la fois de visiteurs et d’habitants curieux de redé- couvrir leur ville. Si le modèle fonctionne dans une ville aussi dense et contrastée, je suis convaincue qu’il est transpo- sable partout ailleurs.

AVEC LA PARTICIPATION DE TAMWILCOM

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