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BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 29 JANVIER 2026

Fusions-acquisitions De «l’événement» à la construction D Les grandes opérations de fusion et acquisition se multiplient dans la banque et l’assurance, sans provoquer l’agitation qu’elles suscitaient encore il y a quelques années. Elles s’inscrivent désormais dans un mouvement plus large de consolidation, porté par l’évolution des modèles économiques, la transformation des métiers et des besoins d’investissement de long terme. Plusieurs projets de rapprochement sont actuellement à l’étude dans le secteur financier marocain, dans la banque comme dans l’assurance, notamment entre Crédit du Maroc et BMCI d’une part, et entre Sanlam et Allianz d’autre part. Par Y. Seddik tion à long terme» . Les chiffres récents le rappellent d’ailleurs. D’après les données de Dealogic, la valeur mondiale des opérations a dépassé 4.800 milliards de dollars en 2025, en hausse de 41% sur un an, tout en se traduisant par moins de transactions en volume (environ 38.395, soit -6%), signe d’un marché tiré par les opérations de grande taille. Et le secteur financier, banque et assurance en tête, est l’un des terrains où cette logique s’exprime avec le plus de constance.

epuis une quinzaine d’années, ce phénomène s’est banalisé au point de devenir un marqueur de matu- rité. Quand un secteur se structure, quand ses coûts fixes montent, quand la concurrence se durcit, les acteurs cherchent la taille. Pas par goût des grands ensembles, mais parce que certains investissements - technologie, conformité, cybersé- curité, distribution, data - se ren- tabilisent mieux à grande échelle. La consolidation devient alors une réponse économique. Quand on regarde les marchés euro- péens et américains, la fusion apparaît aujourd’hui comme un outil courant de consolidation, particulièrement dans le secteur financier. Comme nous l’explique Jamal El Mellali, directeur et Responsable de la nota- tion des banques en Afrique franco- phone chez Fitch Ratings, «la sophis- tication croissante des besoins des clients, solutions intégrées, services multicanaux, innovations digitales, favorise l’émergence de groupes de taille plus importante, mieux armés pour investir durablement. La fusion devient alors moins une opération opportuniste qu’un levier stratégique de transformation, permettant aux institutions financières de s’adapter plus rapidement aux mutations du marché tout en sécurisant leur posi-

souligne que «la recherche d’une taille critique constitue l’un des prin- cipaux objectifs des fusions dans le secteur bancaire. Du point de vue des actionnaires, il s’agit d’améliorer l’efficacité, la rentabilité, la diversifi- cation et la compétitivité, notamment grâce à la réalisation d’économies d’échelle» . En Afrique, la logique est identique, mais le cycle est plus récent et plus actif. Sur un continent longtemps fragmenté en marchés nationaux, le mouvement actuel s’apparente à une phase de structuration : montée en puissance de groupes régionaux, constitution de plateformes multi- pays, recherche d’une masse critique permettant d’investir et de se proje- ter. Dans le monde entier, cette bas- cule vers le «grand format » se voit nettement, puisque selon Dealogic, 70 transactions de plus de 10 mil- liards de dollars ont été conclues à l’échelle globale depuis le début de 2025, dont 22 sur le seul quatrième trimestre, reflet d’une fin d’année portée par la course à la taille. Au Maroc, le mouvement s’inscrit dans une configuration plutôt sin- gulière. Un marché parmi les plus structurés d’Afrique, doté d’institu- tions solides, d’un cadre prudentiel robuste et d’acteurs qui ont, pour certains, déjà démontré leur aptitude à intégrer et à développer des enti- tés au-delà des frontières. Comme l’explique Jamal El Mellali, «le rythme plus mesuré des grandes fusions au Maroc reflète d’abord la stabi- lité du système bancaire, qui a été historiquement structuré autour de

quelques acteurs bien établis et ren- tables». Pour rappel, la dernière opération de consolidation significative dans le secteur financier marocain remonte à 2020, avec la fusion entre deux filiales du groupe Holmarcom, Atlanta Assurances et Sanad Assurances, qui a donné naissance à AtlantaSanad Assurance après approbation de l'autorité de contrôle et l'obtention des autorisations réglementaires. Cette entité unifiée est devenue l’un des acteurs majeurs du marché de l’assurance au Maroc. En 2025, AtlantaSanad a poursuivi la progres- sion de ses performances opération- nelles, avec un chiffre d’affaires de près de 4,54 milliards de dirhams à fin septembre 2025, en hausse de près de 15% par rapport à la même période de 2024. Trois vitesses, donc, mais une logique commune : à mesure que les marchés se densifient, la conso- lidation devient l’un des outils par lesquels ils se stabilisent.

Une dynamique mondiale… et un même mouvement

La consolidation est souvent lue comme un phénomène occidental. C’est une erreur de perspective. Ce qui change d’une zone à l’autre, ce n’est pas la logique, c’est la volumé- trie. Autrement dit, le nombre d’opé- rations et leur cadence. En Europe, le mouvement est ancien et déjà très avancé. Le continent a vu se consti- tuer des groupes de grande taille, par étapes successives, au fil de rapprochements qui ont progressive- ment «remodelé» le paysage. Cette expérience européenne a une vertu: elle rend visibles les bénéfices qui s’installent dans la durée. Les opé- rations ne sont pas pensées comme des coups, mais comme des trajec- toires : gagner une base de clients, renforcer une franchise, élargir une offre, étendre une empreinte géogra- phique, absorber des coûts fixes. Sur ce point, Ramy Habibi Alaoui, directeur associé, Banques Afrique et Moyen-Orient chez Fitch Ratings,

La fusion, une discipline professionnelle

La dernière opération de consolidation significative dans le secteur financier marocain remonte à 2020, avec la fusion entre deux filiales du groupe Holmarcom, Atlanta Assurances et Sanad Assurances.

La perception publique d’une fusion se concentre souvent sur sa partie visible, en l’occurrence les organi- grammes, les marques, les nouveaux actionnaires, la communication interne. Pourtant, l’essentiel est ail-

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