Grazia Daily Cannes 2018 J-5

DA I LY CANNES

L U N 14 mai

DOWN du staff de sa boîte de production Alfama Films. Présents ici depuis 20 ans, ils n’ont plus accès à la moindre projection. Invité à passer outre la file d’attente, le réalisateur roumain Cristian Mungiu, ex-membre du jury et lauréat de la Palme d’or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours (le temps qu’il fallait compter hier pour passer la sécurité menant au Palais) a répondu: «Non, ce n’est pas correct, j’attends.» Alors qu’il présentait samedi soir son nouveau moyen-métrage à la Semaine de la Critique, Bertrand Mandico recevait le très vénérable prix France Culture du cinéma pour Les Garçons sauvages, son premier long-métrage sorti cet hiver en salle. En guerre ouverte avec le Festival, le producteur portugais Paulo Branco a vu son accréditation désactivée, ainsi que celles UP LE BEL INDÉPENDANT LA CLASSE ROUMAINE RÉPLIQUE

Cannes sans dormir JOUR 5 Par Philippe AZOURY L a rumeur bruissait depuis plusieurs semaines: PNL descendrait à Cannes donner un concert à la fête du film de Romain Gavras, Le Monde est à toi, dans lequel on entend Le monde ou rien − décidément le seul manifeste valable de ce début de XXI e  siècle. Hier, vers 23 heures, cela semblait com- promis, les deux frères maudits de Corbeil-Essonnes sont effectivement là, nous dit-on, avec une trentaine des leurs, mais peu décidés à sortir des loges. Le pho- tocall avait été annulé comme il se doit, Ademo et N.O.S, qui ne donnent jamais d’interviews, ne font pas non plus de photos posées. Le parfum de para- noïa qui enrobe tout ce qu’ils touchent prend un sens encore plus fort ici, à Cannes, où tout le monde a une photo à faire, une interview à donner, une image à vendre, ou quelque chose de soi à prostituer. On se demandait à quoi ces deux-là peuvent bien penser dans les loges de la plage Magnum: à leur haine qui risque de s’altérer? A l’amertume qui veut pas partir? A la MIF restée en Essonne? Aux années de deal qui s’éloignent? Au fric qui coule ici comme du cham- pagne? Aux frères qui ne rentreront pas à la fête et qui écouteront le concert depuis la Croisette? «On n’est pas comme eux», ça a toujours été le credo, mais comment faire pour que ça le reste, là parmi le gratin de la credibilité street, entre Naomi Campbell, Timo- thée Chalamet et Virgil Abloh? A 00h30, quand les premiers beats alanguis, défoncés, de Onizuka se sont faits entendre, on a vu les deux frères se protéger der- rière leur crew, mais on a aussi cru voir chez Ademo un léger sourire, la hess est loin pour une fois, Tarik, il faudra rien lâcher mais PNL était comme love. Avec nous, il y avait Kenza Fortas et Dylan Robert, les deux acteurs sauvages de Shéhérazade, 17 ans chacun. Dylan hallucinait de tout son regard de chat irakien: «Mec, quand je me suis fait serrer par les condés, la der- nière fois, et qu’ils m’ont envoyé en zonzon, j’étais dans la voiture et j’écoutais PNL à fond. Aujourd’hui, je suis à Cannes et ils sont à Cannes.» Le monde est à nous.

coup moins. Le monde aussi a vieilli, à commencer par la France des banlieues, qu’on ne peut plus représenter comme au temps de La Haine. Même si le premier défi ici serait d’offrir à la génération PNL un filmqui lui aille, comme LaHaine l’avait été pour la générationNTM. Alors, LeMonde est à toi ne sera pas le récit d’un saccage, mais celui d’une organisation. Le récit d’un coup entrepris pour se tirer des barres et monter unmachin ailleurs, au soleil. Gavras a voulu en faire à la fois une comédie, un bijou visuel et un film renseigné sur les mondes qu’il filme. Les lieux (dont Benidormen Espagne, point de départ de tous les go fast) comptent autant que les personnages. Ce gang impossible: François (Ka- rim Leklou, parfait et gauche), Henri (Vincent Cassel, dément en blanc des cités), Lamya (Oulaya Amamra, en petite braqueuse) et… Danny. Danny? C’est-à-dire, Isabelle Adjani. Car le voilà, le plus grand défi que le film se lance à lui-même: donner à Adjani la légendaire un rôle qui la change, la libère. Ce que Gavras fait avec elle dans le filmest dément, et le plaisir de revoir Isabelle affronter la comédie, mais d’une façon insolente, voyelle (du féminin de voyou), non plus dans l’appré- hension figéemais dans lemouvement libre, est la plus grande joie du film. Gavras nous a ramené Adjani l’Orien- tale. C’est l’Algérienne qu’il a mise en scène. Et c’est juste mortel. LE MONDE EST À TOI de Romain Gavras avec Karim Leklou, Isabelle Adjani, Oulaya Amamra (Quinzaine des Réalisateurs).

Samedi, Cannes a découvert une actrice comme il ne l’avait jamais vue encore. Une certaine Isabelle Adjani, braqueuse du second film de Romain Gavras : Le Monde est à toi. Par Philippe AZOURY Notre film du jour Le Monde est à toi

La position de wonderboy du vidéo- clip qu’occupe Romain Gavras est possiblement un handicap intime pour lui comme cinéaste. Lemonde du cinéma se montre toujours plus paranoïaque, sourcilleux envers ceux qui font autrement que lui des images. La critique l’examine sous toutes les coutures, à la recherche de ce qui pourrait être un inconscient publicitaire. Cela expliquerait peut- être pourquoi il s’est passé huit ans entre Notre jour viendra, son premier long et Le Monde est à toi. Ces huit années ont permis de dégager plu- sieurs choses. D’abord, le cinéaste Gavras a vieilli et la provocation adolescente semble l’intéresser beau-

Notre coverstar #5: Golshifteh Farahani, en robe Chanel et bijoux Cartier, notre fille du soleil, soleil noir.

LUNDI 14.05.2018 - 1

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