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JEUDI 15 FÉVRIER 2024 / FINANCES NEWS HEBDO
ECONOMIE
des risques, ce qui, in fine, bride le potentiel d'innova- tion de notre écosystème. On voit parfois des startups lever 200.000 dollars et cela fait la une des journaux. Comment a-t-on pu en arriver là ? Cela devrait être le quotidien d'avoir des startups qui lèvent des millions chez nous. Quant aux infrastructures et programmes d'accompagne- ment, bien qu'existantes, ces initiatives semblent opérer à une échelle qui ne suffit pas à répondre aux besoins d'un nombre croissant de startups. Le Technopark, par exemple, représente une ini- tiative louable en offrant un espace et un soutien à des prix abordables. Cependant, pour qu'une véritable méta- morphose s'opère, il faudrait multiplier et diversifier ces espaces d'accompagnement, les rendre plus accessibles, et surtout les doter de moyens à la hauteur des ambitions des entrepreneurs marocains. Pour catalyser une transfor- mation profonde de l'éco- système des startups maro- caines, une stratégie globale et coordonnée s'impose. Cela signifie non seulement aug- menter les fonds alloués au financement des startups, mais aussi repenser l'ap- proche du capital-risque pour encourager l'innovation dès les premiers stades de déve- loppement d'une entreprise. Il s'agit également d'investir dans la création et l'expansion d'infrastructures d'accompa- gnement qui offrent réellement aux startups les ressources et le soutien dont elles ont besoin pour croître et innover. En s'inspirant des modèles réussis à l'international, tout en les adaptant au contexte
marocain, il est possible de libérer le potentiel immense de notre écosystème entre- preneurial. Par un engagement plus fort envers l'innovation et un soutien plus audacieux aux startups, le Maroc peut non seulement surmonter ses défis actuels, mais également s'affirmer comme un leader de l'innovation en Afrique. F.N.H. : Face aux réus- sites remarquables des startups kenyanes et nigérianes, quelles sont les clés de succès que le Maroc pourrait exploi- ter pour dynamiser son propre environnement entrepreneurial ? S. G. : L'analyse des dyna- miques entrepreneuriales du Kenya et du Nigeria révèle une combinaison de facteurs stratégiques qui ont catalysé leur succès. Ces pays ont su prioriser le développement de secteurs clés, notamment la fintech, grâce à des politiques audacieuses et à un soutien financier ciblé. Le Kenya, sur- nommé la Silicon Savannah, s'est distingué par un éco- système tech vibrant, soutenu par des investissements subs- tantiels tant locaux qu'inter- nationaux, et par des infras- tructures solides. Le Nigeria, quant à lui, malgré des défis infrastructurels, a attiré un capital considérable, favori- sant l'émergence de startups désormais valorisées à des niveaux de licorne. Ces pays ont démontré l'importance cruciale de la spécialisation sectorielle et d'une audace financière pour stimuler la croissance des startups Pour le Maroc, tirer parti de ces observations implique d'abord de reconnaître l'im- portance d'une stratégie sec- torielle. Identifier et investir dans des domaines où le Maroc peut avoir un avantage compétitif ou un potentiel de croissance significatif pourrait s'avérer crucial. Ceci néces- site une mobilisation d'inves-
prêts d'honneur de 100.000 dirhams, illustre bien l'intention de soutenir les jeunes entre- prises. Cependant, dans la pratique, cette somme peine à couvrir les besoins fondamen- taux d'une startup cherchant à innover et à se développer. Prenez l'exemple d'une star- tup fintech, edtech ou health- tech avec de grandes ambi- tions. Avec 100.000 dirhams, celle-ci se trouve rapidement confrontée à la réalité des coûts opérationnels : le loyer, les salaires à payer, sans par- ler des coûts liés au dévelop- pement de produits innovants, au cloud computing, les coûts d'acquisition ou encore à la recherche et au développe- ment. En 2 mois, ces 100.000 dirhams sont volatilisés; quelle est la suite ? Un manque de trésorerie, le dépôt de bilan et peut-être une magnifique
pépite qui meurt. La question qui se pose alors est : com- ment une telle somme peut- elle véritablement impacter le parcours d'une startup qui ambitionne de se démarquer et d'innover ? Ensuite, abordons le sujet du capital-risque au Maroc. L'approche actuelle, souvent caractérisée par une pru- dence excessive et une ten- dance à suivre plutôt qu'à ini- tier, contraste avec ce que l'on observe dans des écosys- tèmes plus matures. Prenons l'exemple du Nigeria ou du Kenya où des investisseurs audacieux n'hésitent pas à placer des sommes consé- quentes dans des startups en phase initiale, pariant sur leur potentiel de disruption et d'innovation. Cette différence d'approche met en évidence une réticence locale à prendre
Une stratégie holistique s'impose, et devrait inclure des cadres réglemen- taires attractifs, des incitations fiscales pour les investisseurs et un fonds national pour l'innovation.
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