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JEUDI 15 FÉVRIER 2024 / FINANCES NEWS HEBDO

SOCIÉTÉ

Corruption Le Maroc toujours mauvais élève

 Le Royaume a lancé en mai 2016 la straté- gie nationale de lutte contre la corruption.

cinq piliers fondamentaux, à savoir la gouvernance, la prévention, la répression, la communication et la formation. Cette grande réforme vise entre autres à réduire la cor- ruption, renforcer l'intégrité et amé- liorer la redevabilité. Le but étant de garantir une prestation plus adap- tée des services sociaux, en sus de faire progresser les résultats du développement humain. «En conclusion, le Maroc a pu avan- cer dans la réforme de son arsenal

administratif, en particulier le corps judiciaire, grâce à la séparation du pouvoir judiciaire des pouvoirs législatif et exécutif. Cette initiative, qui découle de la vision royale, a permis impérativement de limiter le risque de corruption. En vue de continuer sur cette lancée, il est nécessaire de mettre fin de manière irréversible à ce phénomène. Faute de quoi, notre société continuera à vivre une récession à tous les niveaux» , insiste Me El Kadiri. ◆

Ces derniers mois, les affaires de corruption ont fait les choux gras de la presse marocaine. Plusieurs personnalités publiques sont poursuivies par la justice en raison de leur implication directe dans des pratiques frauduleuses.

Par M. Boukhari A

en croire le dernier rapport annuel de l’Instance nationale de la pro- bité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) au titre de l’année 2022, le Maroc occupe, en matière de corruption, la 97 ème place sur les 176 pays évalués. En ce qui concerne la liberté écono- mique, la même source précise que le Royaume a obtenu un résultat négatif dans l’indicateur subsidiaire lié à l'efficacité judiciaire avec un score de 32,8/100. «La corruption nuit gravement à la croissance économique et à l’inves- tissement. Elle exacerbe les inégali- tés tout en affectant une proportion très élevée de pauvres», souligne Me Abdelhakim El Kadiri Boutchich, juge près la Cour internationale de résolution des différends «Incodir» à Londres. D’après lui, il s’agit d’un virus qui se propage rapidement et représente la cause principale de la dégrada- tion économique, judiciaire, finan- cière et sociale de tous les pays, notamment le Maroc.

Il est à noter que le Code pénal marocain punit la corruption publique d’une durée d’emprison- nement allant de 2 à 5 ans et d’une amende de 2.000 à 50.000 dirhams. La corruption privée est, quant à elle, sanctionnée d’une peine com- prise entre 1 et 3 ans et d’une amende de 5.000 à 50.000 dirhams. De surcroît, le document de l’INP- PLC précise que le Royaume se classe 94 ème dans les indicateurs subsidiaires liés à la justice pénale (0,36/1), à l'absence de corruption (0,42/1), aux droits fondamentaux (0,42/1) et au gouvernement ouvert (0,43/1). Selon Me El Kadiri, le Maroc a connu depuis 2017 des réformes administratives et judiciaires telles que l’arbitrage, la médiation conventionnelle, la digitalisation et autres. «Ces réformes vont impé- rativement renforcer notre système administratif, notamment le corps judiciaire», explique-t-il. Le pays a lancé en mai 2016 la stratégie nationale de lutte contre la corruption. Celle-ci repose sur

• Revoir les peines de prison telles que définies par le Code pénal, et ce en réformant des articles sanctionnant la corruption. • Renforcer le système de surveillance des patrimoines des citoyens, surtout ceux opérant dans le cadre étatique. • Se concentrer sur une éducation exemplaire pour garantir un citoyen loyal. • Contribuer à la sensibilisation des citoyens par tous les moyens, notamment à travers les médias. • Adopter une véritable culture de conformité signifie non seu- lement réagir aux nouvelles législations, mais aussi adopter une approche globale de la conformité qui couvre tous les domaines Les recommandations de Me Abdelhakim El Kadiri Boutchich pour lutter contre la corruption

de l'entreprise, quelle que soit sa nature. • Instaurer une indépendance judiciaire.

• La digitalisation de l’administration est une nécessité incontour- nable qui joue un rôle considérable dans la lutte contre tout ce qui touche à la probité.

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