FNH N° 1141

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JEUDI 22 FÉVRIER 2024 / FINANCES NEWS HEBDO

ECONOMIE

Sécheresse Faut-il craindre un exode rural massif ?

Les personnes situées dans les zones irriguées dont la superfi- cie ne dépasse pas les 400.000 hectares arrivent à résister aux aléas climatiques. Ce qui n’est pas le cas pour celles vivant dans les zones bour. Plus nombreuse et éparpillée sur plus de 6 mil- lions d’hectares, cette popula- tion souffre. Même les activités annexes ou alternatives, à l’image de l’artisanat, le tourisme rural, le commerce ou autres n’offrent pas assez d’opportunités d’emploi. «Face au manque de visibilité, les campagnards les plus touchés par la sécheresse plient bagage et se dirigent vers les villes. Le plus souvent, ils investissent les activités informelles. Les jeunes préfèrent l’immigration à l’étran- ger, notamment par voie clan- destine» , explique Amrani. Le prochain recensement géné- ral de la population prévu cette année, devrait donner plus de détails sur le phénomène, notam- ment les régions les plus tou- chées et les villes les plus pri- sées. En tout cas, la population rurale devrait davantage diminuer au profit de la population urbaine. Ce sont les grandes agglomé- rations qui sont la destination préférée pour l’exode rural. «Les villes comme Casablanca regorgent de possibilités d’em- ploi diversifiées. Toutefois, il ne faut pas s’attendre à un exode rural massif comme on peut l’imaginer. Contrairement aux années 80, le monde rural est actuellement mieux loti en matière d’équipements de base. On note la généralisation de l’ac- cès à l’eau et l’électricité, la dis- ponibilité des écoles proposant le transport scolaire, sans oublier que les ruraux sont pour la plu- part très attachés à leur terre. Pour la plupart d’entre eux, c’est très difficile de céder». ◆

L’agriculture passe par un marasme sans précédent. Les pertes d’emploi dans les campagnes sont en nette progression et les perspectives d’avenir sombres.

Par C. Jaidani

 L’exode rural devrait créer de nombreuses problématiques pour les villes en matière de sécurité, d’emploi, de logement ou de transport.

L

e taux de chômage continue de progresser au Maroc, passant de 11,8% en 2022 à 13% en 2023. Entre l’année 2022 et 2023, l’éco- nomie nationale a perdu 157.000 postes d’emploi, résultat d’une augmentation de 41.000 en milieu urbain et d’une diminution de 198.000 postes en milieu rural. Cette situation est due en grande partie à la vague de sécheresse qui sévit depuis six ans. La même tendance devrait se poursuivre en 2024, car l’année agricole est quasi compromise et tout laisse présager que les récoltes seront les plus médiocres des dernières années. A quelques nuances près, cette situation rappelle celle des années 80 qui a entraîné une récession sur plusieurs années, un épuisement des avoirs en devises et surtout un exode rural massif, poussant le Maroc à

adopter le Programme d’ajuste- ment structurel (PAS). Cette stra- tégie a permis de redresser la situation économique nationale, mais elle a toutefois engendré des effets collatéraux néfastes comme les soulèvements popu- laires de Casablanca en 1981, Marrakech et Fès en 1984 et Nador en 1986. Faut-il s’attendre au même scé- nario durant les années à venir ? «Entre les années 80 et la décen- nie actuelle, les temps ont beau- coup changé. Mais il existe de nombreuses similitudes. En dépit de la diversification de l’éco- nomie nationale, l’agriculture demeure un secteur pesant. C’est le premier employeur et elle contribue à pas moins de 13% dans le PIB. L’exode rural a toujours existé, même dans les années pluvieuses. C’est un phénomène universel qui a tou-

ché les pays les plus développés. Mais à la différence du Maroc, c’est que dans ces pays, il a mis du temps pour s’achever (deux à trois siècles à partir de la révo- lution industrielle). Mais dans le Royaume, il se fait plus vite sur quelques décennies» , explique Mohamed Amrani, professeur d’économie à l’Université Hassan II de Casablanca. Il faut noter qu’une bonne frange de la population rurale, soit plus de 85%, s’active dans l’agricul- ture ou dans des filières qui lui sont intimement liées. Les aléas climatiques ont fait que la crois- sance du secteur évolue en dents de scie. Ce qui n’est pas le cas actuellement puisque l’agricul- ture est à la peine ces dernières années. Certes, la population rurale marocaine a appris à coha- biter avec la sécheresse, mais pas de cette ampleur.

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