FNH N° 1141

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JEUDI 22 FÉVRIER 2024 / FINANCES NEWS HEBDO

CULTURE

l y a comme un tournoiement d’êtres et de choses dans un espace en gestation. On sent la naissance des formes dans un élan vers la vie et la liber- té. Puis on est pris dans la folie des couleurs premières comme la naissance du prisme par lequel on peut capter la lumière dans toute l’étendue de sa variété. Ensuite, on est happé par un fourmillement de créatures qui sentent en elles pousser la graine de vitalité à l’approche du dard du soleil qui les berce, les brûle et leur octroie la pérennité dans un espace en formation. Le tout n’est pas encore prêt. Rien de formé, non plus. Tout est encore en devenir. Le fin mot de toute cette histoire de création, racontée en formes et en lignes éparses, en couleurs folles et en kaléidoscopes de lumière, est le devenir. Ce qui sera. Ce qui finit par advenir. Fathiya Tahiri invite à penser le temps dans l’espace comme Du 15 février au 16 mars 2024, la Galerie 38 de Casablanca présente les travaux de l’artiste plas- ticienne Fathiya Tahiri. Une occasion de revenir sur une œuvre qui fait exception dans la pein- ture marocaine. Le songe d’une nuit d’hiver Par Abdelhak Najib, Écrivain-critique d’art I Fathiya Tahiri une rythmique, une succession de notes et d’ondes, parfois s’alignant, parfois entrant en collision comme dans un accé- lérateur de particules pour tou- cher à l’essence des choses. Autant dire aller aux confins de la matière pour en révéler la quintessence, ce cinquième élément que seul l’art, dans sa dimension alchimique, est capable de rendre, par inter- mittence, visible. Une visibi- lité volatile, comme le langage des oiseaux. Cette démarche

est une suite musicale prolon- geant cette réflexion picturale qui nous pousse à nous poser cette question face aux tra- vaux de la peintre et sculptrice: cette rythmique singulière de la genèse ne peut être consi- dérée elle-même comme un style – un style de genèse – qui serait une signature privée de l’œuvre, son ADN ? Cette approche spatio-tempo- relle de la polyphonie dans les travaux de l’artiste res- sort aussi dans ces phrases signées Achille Bonito Oliva, qui a travaillé sur cette œuvre, avec beaucoup d’acuité : «Fathiya Tahiri agit à travers la multiplication d’un élément standardisé, la chose, qui se ré pand sous forme de coupole, de constellation, de galaxie. De loin, le regard de l’artiste acquiert une puissante capacité de clairvoyance et d’intuition, mais, à proximité , il a aussi une capacité d’observation micros- copique, ce qui confirme le parcours aristotélicien de la connaissance, l’attitude à la représentation de la particularité exploratrice de la forme, qui pénètre dans la matière afin d’extraire son essence». Me vient à l’esprit cette saillie de Jackson Pollock parlant de son art, avec toute la lucidité requise pour avoir à la fois le recul nécessaire et la justesse du regard distancié pour sentir le fond de ce qui fait cette rela- tion particulière entre l’artiste et son œuvre : «Mes tableaux peuvent avoir deux caract- ristiques. Soit leur surface se dilate et s’ouvre dans toutes les directions, soit elle se contracte et se referme dans toutes les directions. Entre ces

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