FNH N° 1141

33

FINANCES NEWS HEBDO / JEUDI 22 FÉVRIER 2024

CULTURE

dehors devient comme ce qui est dedans. Encore une fois, l’analyse faite par Achille Bonito Oliva touche au cœur de ce travail : «Dans cette liberte d’execution, Fathiya Tahiri soumet la forme a des dislocations personnelles, des superpositions originales qui rendent a l’image les pulsions de la vie. La forme devient la demarcation entre l’art et la vie, la

deux pôles, on trouve tout ce que j’ai à dire». C’est dans un sens, ce qui se passe dans les peintures et sculptures de Fathiya Tahiri. Ce va-et-vient d’une extrême à l’autre comme une rota- tion magnétique entre deux géo- graphies, s’associe à cette spé- léologie intime qui conduit l’artiste d’un bout à l’autre de ce qui fait son épicentre, muni d’un sismomètre pour enregistrer chaque secousse et inscrire dans l’œuvre toutes les sinuosités, les courbes, les crêtes et les creux d’une pensée nourrie à même l’âme et ses mystères. Ce travail très pointu, qui scrute chaque détail, dans une féria chro- matique, dessine un tracé entre rêve et désir fou de la pureté ori- ginaire. C’est aussi une plongée sereine, parfois tourmentée, dans l’angoisse, dans l’être-néant, juste- ment cette immanence qui se forme et qui finira par prendre forme. Pour être plus près de cette œuvre, qui se dérobe, par plusieurs pans, je peux affirmer sans ambages, que la priorité de cette démarche se situe dans la direction de la prise de conscience du concept de limite. Limite de ce qui est peint. Limite de ce qui devrait finir par être dévoilé. Limite de la réflexion elle-même face à ce qui ne peut être exprimé et qui reste du domaine du non-dit. Ceci peut aussi se traduire comme une espèce de mouvement, une sorte de contre-mouvement aussi. Nous sommes dans un territoire entre mythologie de la nature, sté- nographie picturale, esquisse d’un univers nouveau… Ce qui résulte de cette approche est non seu- lement à prendre comme cadre, comme contour, comme marge ou comme forme. Non, pour être au fond de cette démarche qui carac- térise toute l’œuvre de Fathiya Tahiri depuis deux décennies, c’est que c’est une œuvre à saisir dans sa totalité en mouvement, dans sa plénitude. Cet ensemble de travaux est à lire tel un contenu non finito. Il est ici question, avec force détail et dans un éclatement des sens, d’un état d’âme, dans le sens pré- socratique du mot. Un état initial de pensée relié à l’esprit du monde. « Les lignes et les cou leurs ne repro-

duisent pas seulement un extérieur, elles dévoilent métaphoriquement un intérieur», disait W. Hofmann. Cet intérieur, ce fond de soi, ce tré- fonds toujours dérobé, est l’essence à nourrir. C’est l’univers qui se construit dans un magma toujours renouvelé. Ce qui nous touche, ce sont les éclats volcaniques d’une déflagration, qui fait que ce qui est

subtile difference aristotelicienne, qui ajoute a la realite des choses la contre-realite esthetique produite par l’imagerie individuelle. En ce sens, Fathiya Tahiri, tout en confir- mant l’anthropologie culturelle de son contexte d’origine, s’ouvre a une autre anthropologie, qui ne se fonde pas tout simplement sur le constat ou la statistique. Ses

POUR NE RIEN RATER DE LA BOURSE @bourse_news @boursenews www.boursenews.ma Bourse news

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker