Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc
Du 22 janvier 2026 - 8 DH - N° 1222
PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC
Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli
CAN Maroc 2025
Accord de pêche
L’Europe revient à Rabat, filets à la main
Un triomphe économique, logistique et sécuritaire
P. 2/14/15
P.9
● La hausse des précipitations enregistrée ces dernières semaines alimente l’idée d’une sortie de la sécheresse. Mais si les indicateurs climatiques montrent une amélioration ponctuelle, ils ne suffisent pas à conclure à un changement durable de régime hydrique.
P. 10 à 12
Exportations de sardines congelées «La suspension menace un pilier industriel entier sans résoudre le problème de fond»
Grève des avocats
«La modernisation doit émaner des instances professionnelles de régulation» La profession vent debout pour défendre son indépendance
Entretien avec Me Omar Bendjelloun, avocat aux Barreaux de Rabat et Marseille
Entretien avec Hassan Sentissi El Idrissi, président de la FENIP
P.16/17
P.22/23
Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma
SOMMAIRE
2
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026
ACTUALITÉ
20 L'UNIVERS DES TPME
Editorial
Entretien avec Kawtar Jalili : Kiddo Education, «Le jeu vidéo est un formidable outil culturel et pédagogique»
3
Voyons voir : Le Maroc en 2026 : Des voyants au vert, mais des fragilités persistantes Ça se passe au Maroc
4
22 JUSTICE
Point Bourse Hebdo : Le temps de la sélection Risma : Retour sur le marché pour financer une nou- velle phase de croissance Assurances : Une série de chantiers désormais en phase d’exécution Taxe sur les terrains non bâtis : La réforme fiscale à l’épreuve du terrain 5 6 7 8 BOURSE & FINANCES
Entretien avec Me Omar Bendjelloun : Grève des avocats, «La modernisation doit émaner des instances professionnelles de régulation et non du pouvoir exécutif»
Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication
CAN 2025
I Au-delà du rectangle vert
l y a des événements sportifs qui s’achèvent au coup de sifflet final. Et il y a ceux qui continuent de parler longtemps après que les projecteurs se sont éteints. La Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025 appartient à cette seconde catégorie. Non seulement parce que les Lions de l’Atlas ont atteint la finale, mais surtout parce que le Royaume a livré au continent et au monde une démonstration d’organisation, de vision et de maîtrise qui dépasse largement le rectangle vert. Au lendemain de la finale, la réception de l’équipe nationale par le Prince Moulay Rachid, sur hautes instructions royales, est venue sceller cette séquence. Il semble utile de le rappeler de temps à autre : le Maroc a fait du sport un instrument de développement, investi dans le capital humain et modernisé ses infrastructures, avec en ligne de mire 2030, en faisant notamment de la CAN 2025 une étape d’une trajectoire longuement réfléchie. Et c’est précisément ce qui frappe les observateurs étrangers. Le professeur kényan Tony Mochama parle de «meilleure CAN de l’histoire». Le média bulgare novinata.bg décrit un Maroc devenu «acteur clé entre l’Afrique, l’Europe et le monde arabe» . Le site belge Sporza rappelle que cette réussite sportive est l’aboutissement d’une poli- tique lancée dès 2007. Quant au président de la FIFA, Gianni Infantino, il salue un «hôte exceptionnel» et un «tournoi fantastique» . Même la Commission de l’Union africaine exprime sa gratitude pour une organisation «exemplaire» . Rarement un pays hôte aura recueilli une telle unanimité. Il faut dire que le Maroc a mis la barre haut : stades modernes, réseaux de trans- port fluides, logistique millimétrée, sécurité maîtrisée, accueil chaleureux… Dans un continent où l’organisation de grands événements demeure parfois périlleuse, Rabat, Casablanca, Marrakech, Fès ou Agadir ont fonctionné comme des capi- tales sportives interconnectées, efficaces et hospitalières. Mais au-delà des infrastructures, c’est une certaine idée du Maroc qui s’est projetée : un pays stable, sûr, ouvert, africain par conviction et global par ambi- tion. La CAN a joué le rôle d’une vitrine diplomatique. C’est pourquoi le média bulgare parle d’un «test grandeur nature» pour le Mondial 2030. Test réussi. Les partenaires européens sont rassurés, les instances sportives convaincues et les investisseurs attentifs. Le Royaume a envoyé un message clair : il faut une maturité certaine pour perdre un trophée sans perdre le prestige. Certes, tout n’a pas été parfait. Les incidents regrettables de la finale, dénoncés par Gianni Infantino, rappellent que le football reste une passion parfois exces- sive. Mais ces soubresauts n’ont en rien altéré l’essentiel : la réussite structurelle de l’événement. Ce succès n’est pas fortuit. Il est le fruit d’une vision royale patiemment déployée et déclinée, entre autres, autour de la formation des jeunes, la création de l’Aca- démie Mohammed VI, le suivi des binationaux, la culture de la performance et la diplomatie sportive. Le football marocain est devenu une industrie, une école et un instrument de rayonnement. Aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, le Royaume propose un modèle africain crédible, performant et exportable. Un modèle qui conjugue sport, diplomatie, sécurité et hospitalité. u
SOCIÉTÉ
24
Paris sportifs illégaux : Quand la riposte change de dimension Entretien avec Youssef Guerraoui Filali : Protection sociale, «Il faut développer le débat public et poli- tique autour de cette réforme»
26
ECONOMIE
9
Accord de pêche : L’Europe revient à Rabat, filets à la main Sécheresse : Malgré les pluies, la prudence reste de mise Entretien avec Mohammed Said Karrouk : Climat, «Le retour des pluies ne signifie pas la fin de la sécheresse» Automobile : Le marché progresse et change de physionomie CAN 2025 : Un triomphe économique, logistique et sécuritaire pour le Maroc Exportations de sardines congelées : «La sus- pension menace un pilier industriel entier sans résoudre le problème de fond» Entretien avec Rajaa Ghanimi : Nouvelles technolo- gies, «L’IA constitue un puissant levier de démocra- tisation de l’accès à l’éducation»
10
12
13
14
16
28 HIGH-TECH
18
CES 2026 : La tech passe en mode réel
• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal
• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL
• Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021
• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com
VOYONS VOIR
3
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026
Le Maroc en 2026 Des voyants au vert, mais des fragilités persistantes
L ’
constitue le talon d’Achille de la trajectoire projetée.
tenue du PIB non agricole. D’ailleurs, les activités non agricoles continueraient de pro- gresser autour de 4,3% cette année, tirées par l’industrie, le BTP et les services marchands. Dans la même veine, l’industrie chimique et extractive bénéficie de la montée en puis- sance de la transformation locale du phos- phate, le tourisme prolonge sa dynamique ascendante, tandis que les grands chantiers d’infrastructures liés aux échéances sportives internationales soutiennent l’investissement. Sur ce point, la stratégie publique d’antici- pation par l’investissement massif continue de produire des effets d’entraînement appré- ciables. Cependant, l’analyse structurelle rappelle que le modèle de croissance demeure dominé par la demande intérieure, tandis que la contribu- tion de la demande extérieure nette reste his- toriquement négative. Les importations pro- gressent plus vite que les exportations, entraî- nant un déficit commercial autour de 21% du PIB en 2026. En cela, l’investissement, aussi élevé soit-il, continue de se traduire par une forte demande de biens d’équipement impor- tés. Et c’est cette dépendance extérieure qui
Par D. William
économie marocaine aborde 2026 sur une trajectoire de consolidation qui, sur le papier, a tout d’une période favorable. D’après les prévisions du haut-commissariat au Plan, la croissance du PIB est attendue à 5% après 4,7% en 2025, portée par un rebond agricole spectaculaire et par une bonne tenue des activités non agricoles. L’inflation se replie- rait à 1,3%, offrant un environnement de prix apaisé. La demande intérieure continuerait d’assu- rer l’essentiel de la dynamique, tandis que l’investissement brut maintiendrait un niveau élevé, autour de 32% du PIB en 2026. A ce stade, le tableau est flatteur : activité en accé- lération, inflation maîtrisée, finances publiques en voie d’assainissement et dette publique sur une pente descendante. Mais ce scénario encourageant repose sur un équilibre délicat. Le moteur agricole joue un rôle déterminant. La valeur ajoutée du secteur primaire bondirait de plus de 10% en 2026, grâce à une campagne céréalière supérieure à la moyenne et à un redressement de l’élevage. Cette dépendance persistante à la pluviomé- trie rappelle que la volatilité climatique reste un facteur de fragilité structurelle. Une bonne année agricole propulse la croissance, une mauvaise la freine brutalement. La diversifica- tion engagée depuis plusieurs années n’a pas encore totalement neutralisé cet aléa, quand bien même on note de plus en plus une bonne
Rééquilibrage productif Le diagnostic livré par les indicateurs de long terme est sans ambiguïté : les capacités pro- ductives du Maroc se sont nettement amé- liorées depuis vingt ans, mais l’offre expor- table demeure concentrée et insuffisamment sophistiquée, limitant l’aptitude du commerce extérieur à devenir un véritable relais auto- nome de croissance. « Ce décalage entre les efforts déployés pour l’accumulation du capital et ses retombées escomptées nous interpelle sur l’efficience de l’allocation des investissements, dont l’efficacité demeure à des niveaux relativement insuffisants», sou- ligne à ce titre le HCP. La transition automobile en Europe illustre ce risque. Le Maroc a bâti un pôle d’exportation performant, mais centré sur des segments thermiques dont la demande s’essouffle. Les projections reconnaissent que cette mutation pèsera sur les exportations de voitures de tourisme. L’enjeu est donc d’accélérer la mon- tée en gamme industrielle, notamment vers les batteries, l’électrique et les technologies vertes, afin de maintenir la place du Royaume dans les chaînes de valeur mondiales. Sur le plan budgétaire, l’Etat poursuit une trajectoire disciplinée. Le déficit se réduirait à 3,2% du PIB en 2026, soutenu par des recettes fiscales renforcées par la réforme de l’assiette et par une baisse des dépenses de compen- sation. Par ailleurs, la dette publique globale reculerait à 77,5% du PIB. Cette consolidation donne des marges d’action, mais elle ne sau- rait être durable si la croissance demeure trop dépendante de la dépense publique et des cycles agricoles. Les perspectives 2026 décrivent donc une économie en progrès, mais encore en tran- sition. La croissance est bien orientée, la stabilité macroéconomique est préservée et la confiance des investisseurs demeure solide. Pourtant, l’équation fondamentale reste la même : transformer l’effort d’investissement en gains durables de productivité et en expor- tations plus diversifiées. C’est à ce prix que la dynamique actuelle cessera d’être conjonctu- relle pour devenir structurelle, et que le Maroc franchira un nouveau palier dans sa trajectoire économique. ◆
La valeur ajoutée du secteur primaire bondirait de plus de 10% en 2026, grâce à une campagne céréalière supérieure à la moyenne.
oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)
ÇA SE PASSE AU MAROC
4
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026
Conseil de paix
Le Roi accepte l’invitation de Donald Trump
L e Roi Mohammed VI a reçu une invita- tion de Donald Trump pour rejoindre, en tant que membre fondateur, le Conseil de paix qu’il entend lancer afin de contribuer aux efforts de paix au Moyen-Orient et pro- mouvoir une nouvelle approche de résolution des conflits.
Bientôt des Agences régionales d’urbanisme et de l’habitat L a Chambre des représentants a adopté, mardi 20 janvier 2026, le projet de loi n°64.23 relatif à la créa- tion des Agences régionales d’urbanisme et de l’ha- bitat. Le texte, présenté par Adib Benbrahim, secrétaire d’État chargé de l’Habitat, s’inscrit dans la réforme en profondeur du secteur public engagée par le Royaume. Ce projet de loi vise à corriger les dysfonctionnements structurels des établissements publics et à renforcer la cohérence de leurs missions. Il fait également suite à la séance de travail présidée par le souverain le 17 octobre 2023, consacrée au secteur de l’urbanisme et de l’habi- tat, qui a acté le principe de la création de 12 agences régionales. Le texte s’appuie sur les conclusions du dialogue national sur l’urbanisme et l’habitat, ainsi que sur les recomman- dations de la Cour des comptes relatives au repositionne- ment des Agences urbaines. L’objectif est de renforcer la territorialisation des politiques publiques, de moderniser l’action administrative et d’accélérer la mise en œuvre de la régionalisation avancée. La réforme vise à doter ces nouvelles agences de capa- cités élargies en matière de planification territoriale régio- nale, tout en instaurant une gouvernance modernisée, des compétences clarifiées et des mécanismes de suivi et d’évaluation renforcés. Le projet prévoit également l’unification des statuts du personnel, avec la garantie des droits acquis, afin d’accompagner durablement les poli- tiques publiques en matière d’urbanisme et d’habitat. ■
Selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères, cette instance sera com- posée d’un nombre restreint de dirigeants de stature internationale engagés en faveur d’un avenir sûr et prospère. Cette invitation consacre le rôle du Souverain comme acteur majeur de la paix et témoigne de la confiance dont il jouit sur la scène internationale. Le Maroc ratifiera la Charte constitutive de cette organisation internationale, dont le mandat reposera sur la coopération concrète, l’action effective et des partenariats orientés vers des résultats tangibles. Le Royaume salue également l’annonce de la deuxième phase du plan de paix de Donald Trump et la création d’un comité transitoire pour l’administration de Gaza. ■
Fimasucre
Imad Ghammad succède à Hassan Mounir
L e Conseil d’administration de la Fédération interprofessionnelle marocaine du sucre (Fimasucre) s’est réuni le 19 janvier 2026 et a acté l’élection de Imad Ghammad à sa présidence. Directeur général du Groupe Cosumar, Ghammad dispose d’une expé- rience approfondie et reconnue dans la filière sucrière.
La réunion a permis de faire le point sur l’avancement de la campagne sucrière, favorisée par les récentes précipitations ayant amélioré les conditions hydriques et les perspectives agricoles. Le Conseil a également pris acte du retrait de Hassan Mounir, saluant son rôle déterminant dans la modernisation et la struc- turation de la filière. Directeur général du groupe Cosumar, Imad Ghammad entend poursuivre les efforts en faveur d’une filière sucrière performante, compétitive et durable, au service des agriculteurs et de la souveraineté alimentaire nationale. ■
FM6I : Lancement d’un programme national de renforcement des capacités des entreprises
L e Fonds Mohammed VI pour l’investisse- ment (FM6I) a lancé un programme national dédié au renforcement des capacités de l’entreprise marocaine. Cette initiative vise à pré- parer les entreprises à l’investissement et s’inscrit dans la continuité de la sélection des quatorze fonds thématiques et sectoriels annoncée en juillet 2025. Le programme ambitionne d’accompagner les entreprises dans leur alignement avec les exi- gences des investisseurs, notamment en matière de gouvernance, de transparence financière, de
structuration stratégique et de trajectoire de croissance. Il s’inscrit dans une logique de mon- tée en gamme du tissu productif national et de renforcement durable de sa compétitivité. Ciblant 1.500 entreprises sur cinq ans, le dis- positif repose sur un parcours structuré combi- nant diagnostic, appui stratégique, renforcement opérationnel et maturation financière. Il adopte une approche territoriale couvrant l’ensemble des régions du Royaume, en tenant compte des spécificités économiques locales et des priorités sectorielles nationales. ■
www.fnh.ma
BOURSE & FINANCES
5
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026
C L’élan observé en tout début d’année n’aura pas fait long feu. Après une première impulsion encourageante, le marché a rapidement marqué le pas. ette semaine, le Masi a corrigé de 1,38% pour revenir autour de 19.200 points, effaçant l’essentiel des gains engrangés la semaine précédente. Un rappel assez clair que 2026 ne sera sans doute pas une année linéaire. Point Bourse Hebdo Le temps de la sélection Par Y . Seddik
Evolution de l'indice Masi depuis début janvier 2025
par une volatilité persistante et un marché plus exigeant. Après trois années très généreuses, 2026 s’an- nonce moins indulgente. Les inves- tisseurs devront faire preuve de méthode, et les émetteurs seront attendus sur la confirmation de leurs réalisations. Les fondamen- taux restent solides, les perspec- tives globalement favorables, mais générer de l’alpha demandera plus de travail. Le retour à la réalité est progressif, mais bien enclenché. Cette lecture est aussi celle de plusieurs gérants. CIH Capital Management, notamment, estime que le segment «value» pourrait tirer son épingle du jeu, porté par la dynamique des flux, les risques de survalorisation sur certains dossiers et une baisse relative de l’aversion au risque. À l’inverse, le potentiel des valeurs de croissance apparaît plus limité, une grande partie des perspectives étant déjà intégrée dans les cours après la forte hausse du marché. Par ailleurs, les minières ont claire- ment volé la vedette cette semaine. Portées par la hausse des métaux précieux sur les marchés interna-
Les dégagements se sont concen- trés sur les grosses capitalisa- tions, en particulier les bancaires et le BTP, qui ont servi de variable d’ajustement. Rien de désordonné, mais un mouvement typique de prise de bénéfices sur les titres les plus liquides, dans un marché qui reste sensible au moindre arbi- trage. Le courant alterne, et les investisseurs composent avec. Pour beaucoup d’opérateurs, le marché tient, mais il ne pardonne plus les approximations. La phase où presque tout montait est der- rière nous. Désormais, la sélecti- vité fait la différence. Les niveaux de valorisation atteints sur plu- sieurs dossiers imposent de lever le pied, de trier, et surtout d’éviter les achats réflexes. Le marché ne ferme pas la porte, mais il ne fait plus de cadeaux. Ainsi, le contexte reste marqué
TOP Performances
FLOP Performances
M2M Group Stroc Industrie Salafin
-10,5%
+15,93% +14,51%
SMI Minière Touissit Managem
-8,69%
-5,86%
+7,29%
tionaux, elles signent des perfor- mances remarquables. SMI s’en- vole de 15,93% à 5.450 dirhams, Minière Touissit gagne 14,51%, et Managem progresse de 7,29% à 7.928 dirhams. Managem et SMI évoluent désormais sur des niveaux record, et Managem est même en passe de devenir la deuxième capitalisation de la cote. Malgré quelques prises de bénéfices en fin de semaine, l’indice sectoriel des mines affiche une hausse de 23%, la meilleure performance parmi les 24 secteurs cotés depuis le début de l’année. Un bon résumé de la physionomie actuelle du marché :
tout ne monte pas, mais certains thèmes continuent de concentrer les flux. Les échanges restent modestes mais corrects, avec 1,56 milliard de dirhams traités sur la semaine du 12 au 16 janvier. L’activité s’est concentrée sur Managem (22,98% des volumes), SGTM (10,61%) et Attijariwafa bank (10,59%). Au final, cette semaine n’a rien d’exceptionnel, et c’est précisé- ment ce qui la rend intéressante. Le marché teste ses équilibres, ajuste ses attentes et rappelle que 2026 ne sera pas une année de facilité, mais une année de sélection. ◆
BOURSE & FINANCES
6
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026
net part du groupe ajusté ressort à 183 MDH. La dynamique s’est poursuivie au premier semestre 2025, avec une progression à deux chiffres de l’EBE et du résultat net ajusté. La stratégie de développement vise un parc de 28 hôtels à l’ho- rizon 2030, pour une capacité supérieure à 5.000 chambres. Cette croissance reposera sur une combinaison de pro- jets Greenfield et d’acquisitions ciblées, dans des zones à fort potentiel touristique ou écono- mique. Le groupe a récemment acquis un terrain à Tanger pour la construction d’un hôtel haut de gamme et reste attentif aux opportunités de reprise ou de repositionnement d’actifs exis- tants. La sortie d’Accor du capital en 2023 a constitué un véritable tournant. Si les contrats de ges- tion des hôtels sous enseignes Accor courent jusqu’en 2038, Risma dispose désormais d’une plus grande flexibilité dans le choix des marques pour ses nouveaux projets. L’intégration récente de Radisson s’inscrit dans cette logique de diversifi- cation. Selon le management, le choix d’une augmentation de capi- tal sans DPS vise à élargir la base actionnariale et à amélio- rer la liquidité du titre. Le flot- tant devrait ainsi atteindre près de 20%, contre environ 10% auparavant. Le prix de souscrip- tion intègre une décote d’envi- ron 25% par rapport aux cours moyens récents, faisant ressor- tir des multiples jugés attractifs, avec un P/E estimé autour de 17x et un EV/EBE proche de 11x. Risma entend par ailleurs main- tenir une politique de dividende régulière, engagée depuis 2022, afin d’offrir de la visibilité aux actionnaires et de renforcer la crédibilité du groupe sur le mar- ché. L’opération s’inscrit enfin dans un environnement macro favorable, soutenu par la straté- gie nationale du tourisme et les grands événements à venir, dont le management indique déjà per- cevoir les premiers effets sur l’activité. ◆
Risma a présenté au marché une augmentation de capital de 450 MDH, au prix de 300 DH par action, avec suppression du DPS.
Risma Retour sur le marché pour financer une nouvelle phase de croissance Risma a présenté au marché les contours de son augmentation de capital de 450 MDH, une opération qui marque l’entrée du groupe hôtelier dans une nouvelle phase de développement, structurée autour de la croissance, de la discipline financière et d’un positionnement assumé vis-à-vis des investisseurs. Par Y. Seddik
L
’
opération porte sur un mon- tant global de 450 MDH, au prix de souscription de 300 DH par action, avec suppression du droit préférentiel de souscription (DPS). Les fonds levés serviront principalement à financer les programmes de développement du groupe, dont le refinancement de l’acquisition de la société Centre Multifonctionnel de Guéliz (CMG), propriétaire des murs de l’hôtel Radisson Blu Marrakech Carré Eden et du centre com-
mercial Carré Eden. Cette levée de fonds intervient dans un contexte sectoriel por- teur, marqué par une dynamique touristique record au Maroc, avec près de 20 millions de tou- ristes en 2025. Elle s’inscrit éga- lement dans une nouvelle phase stratégique pour Risma, combi- nant expansion du parc hôtelier, diversification des marques et recours accru au marché des capitaux comme levier de finan- cement. Premier et unique groupe hôtelier coté à la Bourse de Casablanca, Risma cumule près de 30 ans d’expérience dans l’hôtellerie. Le groupe exploite aujourd’hui 24 hôtels et un centre commercial
dans 11 villes du Royaume, pour une capacité globale d’environ 3.700 chambres. Son portefeuille couvre l’ensemble des seg- ments, de l’économique au luxe, à travers plusieurs marques inter- nationales, dont Ibis, Novotel, Mercure, Sofitel, MGallery et Radisson Blu. En 2024, le taux d’occupation moyen s’est établi à 59%, contre environ 51% pour le marché national. Sur le plan financier, la trajec- toire post-crise sanitaire reste solide. En 2024, le chiffre d’af- faires consolidé atteint 1,264 Md de DH, tandis que l’excé- dent brut d’exploitation s’élève à 461 MDH, correspondant à une marge d’environ 36%. Le résultat
Selon le management, le choix d’une augmentation de capital sans DPS vise à élargir la base actionnariale et à améliorer la liquidité du titre.
www.fnh.ma
BOURSE & FINANCES
7
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026
Assurances Une série de chantiers désormais en phase d’exécution Au début de l’année 2026, le secteur des assurances est entré dans une phase de concrétisation. Après plusieurs exercices consacrés à la préparation des réformes, aux ajustements techniques et aux consultations avec la place, plusieurs chantiers structurants ont basculé à l’opérationnel.
libres concurrentiels. En dehors de l’automobile, le sec- teur se prépare à un changement de cadre prudentiel avec l’entrée en vigueur prochaine de la Solvabilité basée sur les risques (SBR) pour les comptes de l’exercice 2025. Les différents exercices de tests ont permis de mesurer l’impact du nou- veau modèle sur les fonds propres des entreprises. La transition se traduit par une baisse des ratios de solvabilité par rapport au modèle actuel, tout en maintenant une situation globalement confortable pour le secteur. Le nouveau cadre renforce les exigences en matière de gouvernance, de gestion des risques et de pilotage du capital. En parallèle, l’alignement progres- sif du cadre comptable marocain sur les normes IFRS constitue un chantier technique lourd. Il affecte la reconnaissance des passifs, la présentation des résultats et les systèmes d’information financière. Pour les assureurs, cette évolu- tion nécessite des investissements significatifs et une adaptation des processus internes. Sur le volet social, la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire continue de redéfinir le périmètre d’intervention du secteur. Le bas- culement prévu des assurés rele- vant de l’article 114 vers la CNSS modifie les équilibres entre assu- rance privée, mutuelles et régimes publics. Cette recomposition sou- lève des interrogations sur le rôle futur des complémentaires santé et des structures mutualistes. Enfin, une réflexion est engagée autour de l’éventuelle instauration d’une obligation d’assurance habi- tation. Le sujet s’inscrit dans un contexte marqué par l’intensifica- tion des risques climatiques et la vulnérabilité du bâti. À ce stade, aucun calendrier ni schéma définitif n’est arrêté, mais le débat traduit une évolution des attentes vis-à-vis du rôle économique et social de l’assurance. L’ensemble de ces chantiers place le secteur dans une phase de transformation simultanée, où les enjeux réglementaires, techniques et sociaux se superposent. Pour les acteurs du marché, l’année 2026 s’annonce comme une année de mise à l’épreuve. ◆
Par Y. Seddik
Début 2026, plusieurs réformes structurantes du secteur de l’assurance sont sorties du champ réglementaire pour produire leurs premiers effets opérationnels sur le marché.
L
’
assurance automobile concentre aujourd’hui l’essentiel des chantiers opérationnels. Le Registre national des véhicules assurés (RNVA) est désormais en production. Il per- met une centralisation des données relatives aux contrats automobiles en cours et renforce les capaci- tés de contrôle sur un segment historiquement exposé à la fraude et à la non-assurance. Pour les compagnies, cet outil modifie les pratiques de déclaration, de suivi et de résiliation des contrats, tout en offrant une meilleure visibilité au régulateur. Dans le même périmètre, la dématé- rialisation progressive de l’attesta- tion d’assurance automobile via un code QR est entrée dans une phase d’exploitation réelle. L’objectif est de simplifier les contrôles sur le ter- rain et de réduire les usages fraudu-
leux. Si le support papier demeure encore présent, il tend à perdre son rôle central. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de digitalisation des processus assu- rantiels. Le déploiement du paiement multi- canal des primes d’assurance auto- mobile répond à une logique simi- laire. En diversifiant les moyens de règlement, les assureurs cherchent à améliorer le recouvrement des primes et à limiter les ruptures de couverture, dans un portefeuille automobile structurellement sous pression sur le plan technique. Sur le plan réglementaire, l’un des dossiers les plus sensibles reste l’amendement du Dahir du 2 octobre 1984 relatif aux accidents corporels de la circulation. Ce texte, ancien, ne reflète plus ni l’évolution des montants d’indemnisation ni
les pratiques actuelles de gestion des sinistres corporels. Les travaux portent notamment sur l’actualisa- tion des barèmes, la clarification des règles d’indemnisation et la réduction des délais de règlement. Pour le marché, l’enjeu est majeur, compte tenu du poids croissant des sinistres corporels dans la sinistra- lité automobile. Dans le même temps, la responsa- bilité civile automobile fait l’objet d’une révision des critères de tarifi- cation. Le modèle actuel, largement mutualisé, montre ses limites face à l’augmentation de la fréquence et du coût des sinistres. Les nou- veaux critères visent une approche plus différenciée du risque, sans remettre en cause le caractère obli- gatoire de la couverture. Cette évo- lution devrait peser sur la structure tarifaire du marché et sur les équi-
www.fnh.ma
BOURSE & FINANCES
8
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026
Taxe sur les terrains non bâtis La réforme fiscale à l’épreuve du terrain
et ne procèdent à la démolition que le jour de début des chan- tiers ou du projet immobilier» , explique Alaoui. Pour remédier à cette situa- tion, une réforme a vu le jour à travers la loi 14-25 adop- tée le 13 mai 2025, et qui a pris effet depuis le 1 er janvier 2026. Contrairement à l’ancien barème jugé plus rigide, le nouveau est censé être pro- gressif, en prenant en consi- dération le niveau d’équipe- ment de la zone concernée (connexion aux réseaux d’eau, d’électricité, d’assainissement et de voieries). Ainsi, trois niveaux de taxation sont éta- blis. Le premier fixe une four- chette d’impôt entre 15 et 30 DH/m 2 pour les zones totale- ment équipées. Le deuxième prévoit 5 à 15 DH/m 2 pour les zones moyennement équipées et le troisième (0,5 à 5 DH/m 2 ) est destiné aux zones faible- ment équipées et qui sont le plus souvent situées dans les zones rurales ou périurbaines. «Même avec cette réforme, le texte est incohérent à plu- sieurs niveaux. Et les premiers impactés sont les contri- buables, car il est difficile de délimiter le périmètre urbain dans plusieurs localités au Maroc, particulièrement celles qui ne sont pas encore dotées de documents d’urbanisme. Les communes taxent des terrains qui sont à l’origine considérés comme étant agri- coles et adoptent systémati- quement le niveau de taxa- tion le plus élevé. Criant à l’injustice, plusieurs assujettis à la TNB se sont adressés au tribunal administratif pour réparer le préjudice subi. Ils se trouvent confrontés à une procédure judiciaire compli- quée, qui nécessite des exper- tises et des contre-expertises. Il est donc nécessaire que le législateur clarifie davantage les clauses de la loi, particuliè- rement sur le plan technique, pour éviter les litiges entre l’administration et les contri- buables», conclut Mohamed Alaoui. ◆
Pensée à l’origine pour combattre la spéculation foncière et stimuler la construction, la taxe sur les terrains non bâtis a longtemps été décriée pour son caractère jugé pénalisant pour l’investissement. La réforme entrée en vigueur en janvier 2026 introduit une taxation progressive selon le niveau d’équipement des zones.
Par C. Jaidani
Pour ne pas payer l’impôt, des assujet- tis continuent, dans certaines zones, de déclarer des terrains non bâtis comme étant agricoles pour
I
bénéficier de l’exonération.
nstitué par le dahir 1-07-195 (30 novembre 2007) dans le cadre d’une grande réforme de la fiscalité locale, la taxe sur les terrains non bâtis (TNB) avait pour objectif principal de lutter contre la spéculation foncière et la rétention de ter- rains en milieu urbain. L’objectif était d’inciter à la mobilisation de l’assiette fon- cière afin de favoriser l’acte de construire et de maîtriser les coûts des bâtiments à tra- vers la limitation de la flambée de l’immobilier, surtout dans les grandes agglomérations
à forte croissance démogra- phique et économique. Deux niveaux de taxation sont alors fixés. Le premier prévoit 4 à 20 DH/m 2 pour les zones immeubles, et le deuxième 2 à 12 DH/m 2 pour les zones villas. «En pratique, ce système a montré ses limites puisqu’il est fortement critiqué par les contribuables qui le trouvent inéquitable. Les promoteurs sont les principaux concer- nés. Ils estiment qu’il péna- lise l’investissement et consi- dèrent le foncier comme un stock assimilé aux matériaux de construction. Ils l’utilisent au gré du temps, en fonction de leurs programmes d’inves- tissement. De peur de payer de lourdes sommes de TNB cumulées au fil des ans, ils sont
obligés de construire alors que la demande ne suit pas. De ce fait, ils se trouvent confrontés à des problèmes de commer- cialisation et de trésorerie par la suite», explique Mohamed Alaoui, expert en immobilier. Et de poursuivre que «pour ne pas payer l’impôt, les assujettis à la TNB continuent, dans cer- taines zones, de déclarer des terrains non bâtis comme étant agricoles pour bénéficier de l’exonération. C’est la raison pour laquelle on trouve encore des champs de blé à l’inté- rieur du périmètre urbain. Pour contourner également la loi et échapper au contrôle de l’ad- ministration fiscale, les promo- teurs gardent, dans les zones immeubles, les villas ou les usines dans leur état d’origine
De peur de payer de lourdes sommes de TNB cumulées au fil des ans, les promoteurs sont obligés de construire alors que la demande ne suit pas.
www.fnh.ma
ECONOMIE
9
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026
Accord de pêche L’Europe revient à Rabat, filets à la main L Après l’avoir elle-même sabordé, Bruxelles veut un nouveau partenariat halieutique stratégique avec Rabat. Mais cette fois, le Maroc va négocier en position de force, fort d’un nouvel équilibre diplomatique. Par D. William étaient des navires espagnols, ce qui faisait de Madrid le premier bénéficiaire de l’accord, avec ses flottilles de Galice, d’Andalousie et des îles Canaries. Le proto- cole, expiré en 2023, prévoyait, en outre, une contrepartie financière globale de 208 millions d’euros sur quatre ans, soit 52 millions d’euros par an versés au Maroc en échange des licences et de l’accès aux zones de pêche. A l’époque, Javier Garat, président d’Europêche, l’organisation repré- sentant les pêcheurs européens, se félicitait d’ailleurs de ce parte- nariat, estimant que «l’accord
Commission européenne sait donc que les nouvelles négociations ne seront pas un simple copier-coller d’un ancien protocole. Elle devra construire un accord capable de survivre aux prétoires européens, tout en respectant les équilibres politiques d’un partenaire qui ne négocie plus en position défen- sive. Le Maroc d’aujourd’hui n’est pas celui de 2019. Il a conso- lidé ses alliances, renforcé son poids diplomatique en Afrique et en Méditerranée et engrangé des soutiens internationaux sur la question du Sahara marocain. Cette consolidation s’est notam- ment matérialisée récemment par l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a réaffirmé le cadre exclusif onusien de règlement du différend, tout en consacrant l’initiative marocaine d’autono- mie comme base sérieuse, réa- liste et crédible pour parvenir à une solution politique. Ce texte a été adopté dans un contexte où plusieurs capitales européennes et occidentales ont progressi- vement clarifié leur position en faveur du plan marocain, rédui- sant l’espace diplomatique des thèses adverses. Il en résulte un nouveau rapport de force qui fait que le Maroc aborde ses parte- nariats extérieurs à partir d’une assise politique renforcée. Pour Bruxelles, ignorer cette évolution reviendrait à négocier avec le Maroc d’hier, alors que Rabat se projette déjà dans une configura- tion stratégique nouvelle. En tout cas, après avoir laissé la CJUE jouer les trouble-fête et chahuter son partenariat avec le Maroc, l’UE doit plus que jamais sortir de sa posture ambiguë, sécuriser ses accords internatio- naux et éviter une nouvelle humi- liation judiciaire, tout en tenant compte des exigences souve- raines du Royaume. C’est ce qui peut faire qu’elle redevienne un partenaire fiable dans un voisi- nage où la confiance, une fois fissurée, demande des actes plus que des discours. Pour l’instant, l’Europe revient à Rabat filets à la main, en espérant que cette fois le poisson ne lui échappera pas. ◆
es pays membres de l’Union européenne ont autorisé la Commission à ouvrir des dis- cussions avec le Maroc afin de conclure un nouveau partenariat de pêche. C’est ce que rapporte le site français Euractiv. Cette décision est non seulement un nouvel épisode d’une longue his- toire halieutique, mais également un geste politique fort. Un aveu même. Celui que Bruxelles, après avoir laissé ses juridictions dyna- miter des accords stratégiques, tente désormais de recoller les morceaux d’une relation qu’elle a elle-même fragilisée. Coup d’œil dans le rétroviseur. En 2024, la Cour de justice de l’Union européenne invalide les accords de pêche et agricoles avec le Maroc au nom du «droit au consentement du peuple du Sahara occidental». Décision lourde de conséquences : le dernier protocole expiré en juil- let 2023 n’est pas renouvelé, les navires européens quittent les eaux marocaines et un partenariat vieux de plusieurs décennies est
brutalement mis en cale sèche. S’ensuit une période d’embarras, l’Europe étant tiraillée entre le respect scrupuleux de la déci- sion judiciaire et la nécessité de préserver une coopération stra- tégique avec un partenaire deve- nu incontournable au sud de la Méditerranée. Aujourd’hui, chan- gement de cap. Les 27 donnent mandat à la Commission pour négocier un nouvel accord de par- tenariat pour une pêche durable (APPD) et un nouveau protocole d’accès aux eaux marocaines. Autrement dit, on recommence, mais autrement. Ou du moins, on essaie. Car derrière les mots policés de Bruxelles se cache une réalité simple : l’Union a besoin du Maroc. Ses flottes, en particulier espa- gnoles, tournent au ralenti depuis l’arrêt de l’accord. En effet, le pré- cédent cadre (2019-2023), avant son extinction, n’avait rien d’anec- dotique, d’autant qu’il autorisait 128 navires issus de 10 Etats membres à pêcher dans les eaux marocaines. Sur ce contingent, 93
continuera à contribuer à l’amé- lioration de la gestion durable des ressources halieutiques dans ces riches zones de pêche et est indis- pensable à l’activité de près de 128 navires issus de 10 pays de l’UE, de 700 pêcheurs et de 3.500 travailleurs à terre». Aujourd’hui encore, Europêche revient à la charge, soulignant la nécessité d’instaurer un nouveau cadre de partenariat, et ce, rapporte Euractiv, «à un moment où les possibilités de pêche alternatives se font de plus en plus rares, que ce soit en raison de l’accès réduit aux eaux européennes ou des pratiques de pêche non durables des pays tiers». Rabat en bonne posture Rabat, lui, a beaucoup appris des péripéties judiciaires du précédent accord ainsi que des «errements juridiques» de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). En cela, le Royaume a été clair après l’arrêt de la CJUE et avait posé sa ligne rouge : aucun accord ne sera conclu s’il ne respecte l’intégrité territoriale du Maroc. La
Le précédent accord de pêche autorisait quelque 128 navires issus de 10 Etats membres à pêcher dans les eaux marocaines.
www.fnh.ma
ECONOMIE
10
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026
Sécheresse Malgré les pluies, la prudence reste de mise L La hausse des précipitations enregistrée ces dernières semaines alimente l’idée d’une sortie de la sécheresse. Mais si les indicateurs climatiques montrent une amélioration ponctuelle, ils ne suffisent pas à conclure à un changement durable de régime hydrique. Par R. Mouhcine es précipitations cumulées enre- gistrées entre le 1er septembre et le 12 janvier (108 mm), soit un excédent de 95% par rap- port à l'année précédente et de 17,6% par rapport à la moyenne habituelle, marquent une rup- ture nette avec plusieurs années déficitaires. Sur le plan stricte- ment statistique, ces niveaux permettent de considérer que l’année en cours ne relève plus des critères d’une année sèche, comme l’a déclaré le ministre de l’Equipement et de l’Eau, Nizar Baraka, au Parlement. Pour autant, cette amélioration plu- viométrique, aussi significative soit-elle, ne signifie pas néces- sairement la fin structurelle de la sécheresse. L’analyse des données climatiques, hydrolo- giques et économiques invite au contraire à une lecture prudente de la situation actuelle. «On ne peut absolument pas qualifier aujourd’hui que c’est la fin de la sécheresse, que ce soit sur le plan scientifique ou environ- nemental» , affirme le climato- logue Mohammed Said Karrouk. Selon lui, l’année en cours doit être décrite comme «une année humide qui constitue une rup- ture de la sécheresse», et non comme un changement durable Une amélioration conjoncturelle D’un point de vue climatique, le Maroc s’inscrit dans un sys- tème global où les dynamiques locales dépendent étroitement des conditions planétaires. « Le climat du Maroc est une par- tie du climat global» , rappelle Mohammed Said Karrouk, sou- lignant que toute conclusion de régime. La distinction est fon- damentale, car elle conditionne les choix publics en matière d’investissement, d’agriculture, d’aménagement du territoire et de sécurité hydrique.
définitive suppose d’attendre la fin de l’année hydrologique et d’observer l’évolution des grands équilibres atmosphé- riques. Le retour des pluies observé depuis la mi-novembre s’ex- plique en grande partie par l’influence du phénomène La Niña. «Dès septembre, on pou- vait prévoir que l’installation de La Niña serait bénéfique pour le Maroc» , explique le clima- tologue. Les modèles interna- tionaux indiquent toutefois que cet épisode devrait s’achever à la fin de l’année hydrologique, laissant place à une phase dite neutre. «Quand on est en phase neutre, les conditions précé- dentes prédominent, et on est dans un grand doute sur la poursuite ou non des pluies» , précise-t-il. Les mois de juillet, août et septembre seront donc déterminants. Sur le plan économique, fon- der des anticipations de moyen terme sur un événement clima- tique transitoire comporte un risque évident d’erreur de pla- nification. Climat et eau L’un des points centraux sou- levés par Mohammed Said Karrouk concerne la confusion persistante entre climat et res- sources hydriques. «Il faut bien distinguer entre les indicateurs climatiques et les indicateurs hydrologiques», insiste-t-il. Une sécheresse météorologique peut s’installer sans que la pénurie d’eau ne soit immédia- tement ressentie, notamment grâce aux infrastructures de stockage. Le Maroc en a fait l’expérience récente. «La séche- resse météorologique s’est ins- tallée depuis 2018, mais l’eau est restée disponible jusqu’en décembre 2021, lorsque le bar- rage Al Massira est tombé à 5%» , rappelle le climatologue. Ce décalage a retardé la per- ception du risque et, par consé- quent, l’adaptation des poli- tiques publiques. Aujourd’hui encore, malgré l’intensité des précipitations, les réserves stra- tégiques restent extrêmement
Malgré les pluies abondantes enregistrées au Maroc depuis novembre,
le taux de remplissage du barrage Al Massira ne dépasse guère 9%.
www.fnh.ma
Page 1 Page 2 Page 3 Page 4 Page 5 Page 6 Page 7 Page 8 Page 9 Page 10 Page 11 Page 12 Page 13 Page 14 Page 15 Page 16 Page 17 Page 18 Page 19 Page 20 Page 21 Page 22 Page 23 Page 24 Page 25 Page 26 Page 27 Page 28 Page 29 Page 30Made with FlippingBook flipbook maker