FNH N° 1222

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026

Sécheresse Malgré les pluies, la prudence reste de mise L La hausse des précipitations enregistrée ces dernières semaines alimente l’idée d’une sortie de la sécheresse. Mais si les indicateurs climatiques montrent une amélioration ponctuelle, ils ne suffisent pas à conclure à un changement durable de régime hydrique. Par R. Mouhcine es précipitations cumulées enre- gistrées entre le 1er septembre et le 12 janvier (108 mm), soit un excédent de 95% par rap- port à l'année précédente et de 17,6% par rapport à la moyenne habituelle, marquent une rup- ture nette avec plusieurs années déficitaires. Sur le plan stricte- ment statistique, ces niveaux permettent de considérer que l’année en cours ne relève plus des critères d’une année sèche, comme l’a déclaré le ministre de l’Equipement et de l’Eau, Nizar Baraka, au Parlement. Pour autant, cette amélioration plu- viométrique, aussi significative soit-elle, ne signifie pas néces- sairement la fin structurelle de la sécheresse. L’analyse des données climatiques, hydrolo- giques et économiques invite au contraire à une lecture prudente de la situation actuelle. «On ne peut absolument pas qualifier aujourd’hui que c’est la fin de la sécheresse, que ce soit sur le plan scientifique ou environ- nemental» , affirme le climato- logue Mohammed Said Karrouk. Selon lui, l’année en cours doit être décrite comme «une année humide qui constitue une rup- ture de la sécheresse», et non comme un changement durable Une amélioration conjoncturelle D’un point de vue climatique, le Maroc s’inscrit dans un sys- tème global où les dynamiques locales dépendent étroitement des conditions planétaires. « Le climat du Maroc est une par- tie du climat global» , rappelle Mohammed Said Karrouk, sou- lignant que toute conclusion de régime. La distinction est fon- damentale, car elle conditionne les choix publics en matière d’investissement, d’agriculture, d’aménagement du territoire et de sécurité hydrique.

définitive suppose d’attendre la fin de l’année hydrologique et d’observer l’évolution des grands équilibres atmosphé- riques. Le retour des pluies observé depuis la mi-novembre s’ex- plique en grande partie par l’influence du phénomène La Niña. «Dès septembre, on pou- vait prévoir que l’installation de La Niña serait bénéfique pour le Maroc» , explique le clima- tologue. Les modèles interna- tionaux indiquent toutefois que cet épisode devrait s’achever à la fin de l’année hydrologique, laissant place à une phase dite neutre. «Quand on est en phase neutre, les conditions précé- dentes prédominent, et on est dans un grand doute sur la poursuite ou non des pluies» , précise-t-il. Les mois de juillet, août et septembre seront donc déterminants. Sur le plan économique, fon- der des anticipations de moyen terme sur un événement clima- tique transitoire comporte un risque évident d’erreur de pla- nification. Climat et eau L’un des points centraux sou- levés par Mohammed Said Karrouk concerne la confusion persistante entre climat et res- sources hydriques. «Il faut bien distinguer entre les indicateurs climatiques et les indicateurs hydrologiques», insiste-t-il. Une sécheresse météorologique peut s’installer sans que la pénurie d’eau ne soit immédia- tement ressentie, notamment grâce aux infrastructures de stockage. Le Maroc en a fait l’expérience récente. «La séche- resse météorologique s’est ins- tallée depuis 2018, mais l’eau est restée disponible jusqu’en décembre 2021, lorsque le bar- rage Al Massira est tombé à 5%» , rappelle le climatologue. Ce décalage a retardé la per- ception du risque et, par consé- quent, l’adaptation des poli- tiques publiques. Aujourd’hui encore, malgré l’intensité des précipitations, les réserves stra- tégiques restent extrêmement

 Malgré les pluies abondantes enregistrées au Maroc depuis novembre,

le taux de remplissage du barrage Al Massira ne dépasse guère 9%.

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