ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026
faibles. «Le barrage Al Massira, avec toute cette pluie, ne dépasse pas 8 ou 9%» , souligne Karrouk. Ce constat invalide toute idée de retour à une situation hydrique confortable à court terme. Le changement climatique accroît l’instabilité Contrairement à une lecture simplificatrice, le changement climatique ne stabilise pas les cycles hydriques, il les rend plus extrêmes. «Les phénomènes existent depuis toujours, mais aujourd’hui ils deviennent plus intenses», explique Mohammed Said Karrouk. Les périodes de sécheresse sont plus dures et plus persistantes, en rai- son de températures élevées et d’une évaporation accrue. Inversement, le retour des pluies est souvent brutal, concentré dans le temps et dans l’es- pace. «Une atmosphère plus chaude est capable de conte- nir beaucoup plus de vapeur d’eau. Quand la condensation se produit, le relâchement est énorme», observe-t-il. Cette dynamique explique la multipli- cation des épisodes d’inonda- tions observés au Maroc et ail- leurs dans le monde, et met en évidence les limites des infras- tructures actuelles face à des événements extrêmes. Sur le plan hydrologique, la situation reste très contrastée.
Selon Nizar Baraka, ministre de l'Equipement et de l'Eau, les précipita- tions enregistrées ont permis au Maroc de dépasser le stade de la sécheresse.
Le nord du Maroc a relative- ment mieux résisté à la séche- resse, grâce à des barrages plus importants et à une pluviométrie plus favorable. En revanche, les régions du centre et du sud, notamment le Tadla, le Tensift et le Souss, affichent des nappes phréatiques très dégradées. «Ces nappes ont été utilisées à fond, et leur reconstitution prendra du temps» , explique Mohammed Said Karrouk. À cela s’ajoute un phénomène aggravant : la dégradation des sols. « Une croûte superfi- cielle s’est formée après cette
longue sécheresse, empêchant l’infiltration de l’eau vers les nappes», explique notre inter- locuteur. Résultat : des pluies parfois abondantes, mais une recharge lente et incomplète des ressources souterraines. Pour Mohammed Said Karrouk, le diagnostic est clair : « le stress hydrique n’est pas créé par la sécheresse, mais par la manière avec laquelle on utilise l’eau». Le Maroc consomme structurelle- ment plus d’eau que ce que ses ressources peuvent fournir dura- blement. «Faire des plans basés sur 200 quand on ne dispose
que de 100 conduit mécani- quement au stress» , résume-t-il. L’agriculture concentre l’essen- tiel de ce déséquilibre. Depuis le lancement du Plan Maroc Vert, la consommation d’eau agricole a plus que doublé, passant d’en- viron 5 milliards de m³ par an à des niveaux bien supérieurs. «Il est inconcevable de continuer à développer des agricultures très consommatrices d’eau là où il n’y a pas d’eau» , tranche le climatologue. Sans régulation stricte, les investisseurs restent protégés, y compris en période de sécheresse, ce qui crée un décalage entre intérêt privé et intérêt collectif. « La réglemen- tation doit s’imposer à tout un chacun» , insiste-t-il. C’est pourquoi, comme le rap- pelle Karrouk, «ce retour de la pluie ne nous donne absolu- ment pas le droit de nous relâ- cher». Les scénarios à moyen terme restent ouverts : séche- resses plus dures, alternance instable, ou épisodes pluvieux extrêmes. Dans ce contexte, l’enjeu est d’adapter durable- ment le modèle de gestion de l’eau à une réalité climatique instable. C’est à cette condition seulement que le Maroc pourra réduire sa vulnérabilité hydrique et sécuriser son développement économique. ◆
Ressources hydriques : Les barrages poursuivent leur nette remontée
Au 19 janvier 2026, le taux de remplissage national des barrages s’établit à 47,8%, avec un volume total stocké de 8,017 milliards de m³ (8.017 millions de m³), selon les don- nées officielles du ministère de l’Équipement et de l’Eau. Ce niveau, le plus élevé depuis juin 2021, reflète une progres- sion soutenue : +210 millions de m³ en trois jours (du 16 au 19 janvier) et un gain cumulé de 2,46 milliards de m³ depuis le 19 décembre 2025.
Cette amélioration spectaculaire, qui marque la sortie effec- tive d’une sécheresse de sept ans, s’explique par les pluies abondantes et les chutes de neige excédentaires (+95 % par rapport à la normale selon le ministre Nizar Baraka). Points clés par bassins : • Loukkos : 64,2% (1,227 milliard de m³), avec cinq barrages à 100 % : Oued El Makhazine, Charif El Idrissi, Chefchaouen, Nakhla et Ibn Battouta. • Sebou : 56,8% (plus de 3,157 milliards de m³), plusieurs ouvrages pleins dont Bouhouda, Bab Louta et Allal El Fassi ; Al Wahda dépasse les 2,1 milliards de m³ (frôlant 60%). • Bouregreg : 94-99%, porté par Sidi Mohammed Ben Abdellah à 99,67%. Comparé à janvier 2025 (autour de 28-38% selon les bassins), les réserves ont augmenté de près de 70 % en moyenne nationale.
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