FNH N° 1222

ECONOMIE

16

FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026

Exportations de sardines congelées «La suspension menace un pilier industriel entier sans résoudre le problème de fond»

directs et indirects, de plus de 4 milliards de dirhams d’investissements cumulés et d’un chiffre d’affaires à l’export avoisinant 4 milliards de dirhams lors d’années de captures normales. F. N. H. : Vous évoquez un risque de faillites en chaîne. N’est-ce pas excessif ? H. S. E. I. : Malheureusement non. La sardine congelée repré- sente le principal débouché de ces entreprises. La suspension de l’exportation équivaut à un arrêt brutal de l’activité. Les conséquences seraient immé- diates : pertes massives d’em- plois, faillites d’entreprises, déséquilibre socioéconomique de villes entières, sans parler des contentieux bancaires et des créances compromises. Une interdiction même tem- poraire peut provoquer des dégâts irréversibles. Le gouver- nement mise sur une réorientation vers la conserve nationale. Est- ce une alternative cré- dible ? F. N. H. : H. S. E. I. : Cette intégration existe déjà. Depuis les discus- sions engagées à l’automne dernier, plusieurs dizaines de milliers de tonnes de sardine congelée ont été commer- cialisées auprès des conser- veries nationales. La filière de la congélation a fait des efforts réels. Mais il faut être lucide: cette option ne peut pas constituer un débouché exclusif ou total. Les conser- veries privilégient la matière fraîche à la reprise de la pêche et ne recourent au congelé qu’en fin de saison, souvent 7 à 8 mois plus tard. Durant cette période, la congélation serait privée de tout débouché significatif. F. N. H. : Existe-t-il aussi des limites techniques ? H. S. E. I. : Oui, très clairement. Seules environ 5% des conser- veries utilisent aujourd’hui

Alors que le gouvernement envisage de suspendre l’exportation de la sardine congelée pour une durée d’un an, la Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (FENIP) tire la sonnette d’alarme. Son président, Hassan Sentissi El Idrissi, estime que cette décision, prise sans concertation suffisante, risque de fragiliser durablement l’économie des provinces du Sud sans améliorer ni la disponibilité ni les prix de la sardine pour le consommateur marocain.

Propos recueillis par R. Mouhcine

Finances News Hebdo: Le gouvernement justifie la suspension de l’export par un objectif de sécuri- té alimentaire. Partagez- vous ce diagnostic ? Hassan Sentissi El Idrissi : Nous partageons pleinement les objectifs de protection durable de la ressource halieutique et de priorité à la consommation de bouche. C’est un principe acté et largement partagé par l’ensemble des professionnels, y compris la filière de la congéla- tion. En revanche, nous contes- tons l’idée selon laquelle la sus- pension de l’exportation de la sardine congelée permettrait d’atteindre cet objectif. Cette mesure ne traite pas la problé- matique à la racine et risque de créer un déséquilibre profond au sein de la filière. F. N. H. : Pourquoi esti- mez-vous que cette mesure est inefficace sur le marché local ? H. S. E. I. : Parce que la sar-

dine destinée à la consomma- tion locale provient essentiel- lement des ports du centre et du nord du Royaume (Larache, Casablanca, Safi, Essaouira, Agadir, Sidi Ifni), où l’orienta- tion vers le marché national est historiquement établie. Or, ces ports ne sont pas les zones d’approvisionnement des uni- tés de congélation visées par la mesure. Autrement dit, sus- pendre l’export de la sardine congelée n’aura aucun impact concret sur la disponibilité ou le prix de la sardine pour le consommateur marocain. Il convient également de pré- ciser que si une tension devait apparaître sur la disponibilité de la sardine, l’approvisionne- ment du marché national en sardine destinée à la consom- mation de bouche demeure strictement prioritaire pour

l’ensemble des ports du Royaume. Cette règle est pleinement intégrée par tous les opé- rateurs de la filière et s’im- pose en toutes circonstances comme un principe intangible de gestion de la ressource. F. N. H. : En revanche, les effets sur les pro- vinces du Sud seraient, selon vous, majeurs… H. S. E. I. : Absolument. Les unités de congélation concernées sont majoritaire- ment implantées à Laâyoune, Dakhla et Boujdour. Dans ces régions, la congélation péla- gique constitue le principal, et parfois l’unique tissu industriel structuré. On parle de plus de 120 unités industrielles, dont 35 importantes à Laâyoune, de près de 50.000 emplois

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker