ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026
plus vulnérables. L’intelligence artificielle ne détruit ni l’éduca- tion ni l’emploi par nature; elle redistribue les rôles, transforme les compétences et impose un impératif majeur: investir massi- vement dans la formation, l’es- prit critique et l’apprentissage permanent. F. N. H. : Comment les entreprises peuvent-elles déployer l’IA pour déve- lopper les compétences de leurs employés ? R. Gh. : Je dirais que les entre- prises peuvent aujourd’hui utiliser l’intelligence artificielle comme un véritable levier stra- tégique pour développer les compétences de leurs colla- borateurs. À mon sens, cela repose essentiellement sur quatre axes complémentaires. D’abord, il y a la personna- lisation de la formation. L’IA permet de mieux comprendre les profils, les besoins et les rythmes d’apprentissage de chacun, pour proposer des par- cours sur- mesure, beaucoup plus pertinents et efficaces. Le deuxième axe concerne l’apprentissage continu direc- tement intégré au travail. Grâce aux assistants intelligents, aux simulateurs ou aux plateformes adaptatives, les collaborateurs apprennent en temps réel, au fil de leurs missions, et non plus uniquement dans des cadres de formation classiques. Troisièmement, l’IA joue un rôle clé dans l’anticipation des compétences. En croisant les données internes et les évolu- tions du marché, elle aide les entreprises à identifier les com- pétences émergentes, à éviter l’obsolescence des métiers et surtout à orienter les plans de formation de manière proac- tive. Enfin (le dernier axe), il y a tout l’enjeu de l’évaluation et du pilotage des talents. Les outils d’IA facilitent le suivi des progrès, une évaluation plus objective des compétences et une meilleure valorisation des talents, sur la base de données fiables et des bases éthiques.
L’IA peut améliorer sensiblement les capacités d’apprentissage.
F. N. H. : Le Maroc peut- il se positionner comme plateforme émergente pour le développement d’entreprises spéciali- sées dans l’IA ? Quelles sont les conditions néces- saires pour relever un tel défi ? R. Gh. : Sous l’impulsion du leadership visionnaire de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le glorifie, le Maroc dispose aujourd’hui de nom- breux atouts pour s’affirmer comme un hub émergent de l’intelligence artificielle, en par- ticulier en Afrique du Nord. Cette ambition s’inscrit dans une dynamique déjà bien engagée, portée par la straté- gie nationale Digital Morocco 2030, qui érige l’innovation numérique, le développement des compétences et la création d’emplois à forte valeur ajou- tée en priorités stratégiques. Elle est également soutenue par l’essor progressif d’écosys- tèmes de recherche, de pôles d’innovation et de startups spé- cialisées en intelligence arti- ficielle, comme le souligne le rapport Manufacture Avancée Maroc 2026. Ce potentiel repose sur plu- sieurs leviers structurants, au premier rang desquels figure une volonté politique claire-
ment affirmée de faire de l’intel- ligence artificielle un moteur de transformation économique et sociale. Il s’appuie également sur la présence d’universités et de centres de recherche de référence, à l’image de l’Université Mohammed VI Polytechnique, ainsi que sur l’intérêt croissant du secteur privé pour les technologies fon- dées sur le machine learning et l’automatisation. Toutefois, la concrétisation de cette ambition nécessite la réu- nion de conditions essentielles. Il convient, en premier lieu, de renforcer le cadre réglemen- taire et l’accès aux données publiques, en instaurant des règles claires, éthiques et adap- tées aux spécificités de l’intelli- gence artificielle, afin de sécu- riser l’innovation et d’attirer les investissements. Le déve- loppement des compétences locales constitue également un enjeu majeur, appelant à des investissements soutenus dans la formation initiale et continue pour répondre à la pénurie de talents spécialisés. Par ailleurs,
le financement des entreprises d’IA, notamment en phase de croissance, doit être encoura- gé à travers des mécanismes dédiés, des incitations fiscales et des partenariats public-pri- vé. Le renforcement des infras- tructures numériques, incluant des réseaux performants et des capacités de calcul adaptées, s’avère tout aussi indispensable pour permettre le déploiement à grande échelle des solutions d’intelligence artificielle. Enfin, une meilleure articulation entre la recherche, l’industrie et l’ad- ministration permettra d’aligner l’innovation technologique sur les besoins réels de l’économie et d’accélérer la transforma- tion numérique des secteurs stratégiques, conformément aux orientations du rapport Manufacture Avancée Maroc 2026. Je suis pleinement convain- cue que le Maroc dispose aujourd’hui de bases solides pour s’imposer comme un acteur émergent de l’intelli- gence artificielle, à condition d’inscrire cette ambition dans une démarche stratégique, cohérente et durable, fondée sur l’investissement, le déve- loppement des compétences, une gouvernance adaptée et la mobilisation de l’ensemble de l’écosystème. ◆
Les entreprises peuvent aujourd’hui utiliser l’IA comme un véritable levier stratégique pour développer les compétences de leurs collaborateurs.
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