FNH N° 1222

SOCIÉTÉ

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026

Paris sportifs illégaux Quand la riposte change de dimension

et des questions de respon- sabilité liées à la neutralité du réseau. Le dossier glisse ainsi vers un affrontement plus com- plexe, où la régulation des jeux croise désormais les enjeux de gouvernance d’Internet et de responsabilités des intermé- diaires techniques. Pour Nasr Adil, expert en régula- tion numérique, «pendant long- temps, les autorités ont surtout travaillé avec les outils juridiques classiques, en attaquant les pla- teformes sur le principe de l’illé- galité. Mais face à des acteurs installés à l’étranger, ça reste souvent lent et peu dissuasif. Le fait de passer aujourd’hui par le blocage via les opérateurs télé- coms montre qu’on est entré dans une logique beaucoup plus concrète, beaucoup plus opérationnelle. On ne parle plus seulement de droit, on parle d’accès réel aux services, et ça change complètement la dyna- mique du rapport de force». Derrière ces batailles procé- durales, les montants en jeu expliquent largement la fer- meté affichée par les autorités. Plusieurs milliards de dirhams de mises transiteraient chaque année vers des plateformes étrangères, uniquement pour les paris sportifs, privant le Fonds national de développe- ment du sport de ressources substantielles et le Trésor public de recettes fiscales significa- tives. Dans un contexte budgé- taire tendu, cette fuite de valeur devient un sujet macroécono- mique autant que réglementaire. Influenceurs, devises et nouvelles lignes rouges Le dossier a d’ailleurs rapide- ment quitté le seul champ judi- ciaire pour s’inviter au débat politique. Lors des discussions budgétaires, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a dénoncé publiquement les pratiques de sociétés étran- gères opérant sans présence juridique ni fiscalité locale, tout en drainant des flux importants de devises. Il a rappelé que le secteur des jeux est strictement encadré au Maroc et réservé à

Longtemps cantonnée aux alertes institutionnelles, la lutte contre les plateformes étrangères de paris sportifs illégaux est en train de changer de nature au Maroc.

Par K. A.

 La MDJS obtient des décisions de justice inédites, tandis que la riposte s’élargit aux infrastructures techniques et aux circuits financiers.

C

e qui relevait hier d’un conten- tieux sectoriel entre un opé- rateur public et des sites off- shore s’installe désormais au cœur d’un dossier judiciaire, financier et numérique d’am- pleur, impliquant à la fois la police judiciaire, l’Office des changes, la justice commer- ciale et, fait nouveau, les opé- rateurs télécoms eux-mêmes. Le signal est clair : la bataille ne se joue plus uniquement dans les textes, mais sur les infras- tructures, les flux d’argent et les canaux d’influence. Au centre du dispositif légal, la Marocaine des jeux et des sports (MDJS) reste, à ce jour, le seul opérateur habilité à organiser et exploiter les paris sportifs sur le territoire natio- nal. Pourtant, depuis plusieurs années, des plateformes opé- rant depuis l’étranger ciblent directement les parieurs marocains à travers des sites accessibles localement, des applications mobiles et surtout

des campagnes massives sur les réseaux sociaux. La pro- motion passe de plus en plus par des influenceurs, devenus des relais commerciaux à part entière, avec des contenus sponsorisés, des codes de parrainage et des liens directs vers des services pourtant interdits sur le marché national. Face à cette mécanique bien huilée, la MDJS a choisi de sortir de la seule logique défensive. Une plainte dépo- sée auprès de la présidence du ministère Public a conduit à l’ouverture d’une enquête par la Brigade nationale de la police judiciaire, qui s’in- téresse non seulement aux contenus promotionnels, mais aussi aux circuits financiers associés. L’objectif est d’iden- tifier les schémas de parte- nariat, d’évaluer les montants générés et de déterminer s’il existe une organisation struc- turée entre plateformes étran- gères et relais locaux.

Du monopole juridique au blocage technique

C’est toutefois sur le terrain civil que la riposte a connu, ces der- niers jours, un tournant décisif. Saisie en référé, la juridiction commerciale de Casablanca a ordonné aux opérateurs télé- coms de bloquer l’accès à plu- sieurs dizaines de plateformes de paris opérant sans autorisa- tion, parmi les plus visibles du marché offshore. La décision prévoit des mesures de blocage au niveau des infrastructures réseau, assorties d’astreintes financières en cas de non-exé- cution. Pour la première fois, le monopole légal de la MDJS ne se limite plus à un prin- cipe, mais se traduit par une contrainte technique imposée aux circuits de diffusion. Cette évolution n’est pas sans provoquer de nouvelles ten- sions. Les opérateurs télé- coms ont engagé des recours, invoquant des difficultés tech- niques, des risques de blocage

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