SOCIÉTÉ
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026
Protection sociale «Il faut développer le débat public et politique autour de cette réforme»
régimes d’assurance maladie existants sur une population totale évaluée à 36,8 millions d’habitants, selon le recense- ment général de la population et de l'Habitat de 2024. Ce qui signifie que 13,55% de la popu- lation ne sont pas encore enre- gistrées à un régime d’assu- rance-maladie, soit environ 5 millions de personnes. Et selon les données du Conseil économique social et environ- nemental (CESE), avis 2024 sur l’AMO, il faut compter environ 3,5 millions de personnes qui sont en situation dite de «droits fermés» malgré leur immatricu- lation, et ne peuvent pas bénéfi- cier de couverture de leurs frais de soins. Au total, environ 8,5 millions de résidents ne peuvent pas accéder aux soins, soit envi- ron 23% de la population totale.l F. N. H. : Le Maroc affiche un accès minimum aux services de protection sociale de seulement 20 %, loin de la moyenne mondiale. Quelles consé- quences économiques et sociales tirez-vous de ce constat dans votre livre ? Y.G.F. : En effet, le Maroc accuse du retard pour atteindre une couverture sociale univer- selle. Seuls 20,5% de la popula- tion bénéficient d’au moins une prestation de protection sociale (hors santé), contre 33,8% en Afrique du Nord, 17,4% pour le continent africain et 46,9% au niveau mondial, ce qui met en évidence l’écart important avec les standards internationaux. La protection sociale ne doit pas être perçue uniquement comme une politique de redis- tribution, mais comme un véri- table investissement dans le facteur humain, garant d’une croissance inclusive et durable. Cependant, les défis à relever demeurent considérables tels que le financement durable du système, l’intégration effective du secteur informel, la gouver- nance unifiée des régimes de couverture, ainsi que l’amélio- ration de la qualité des services de soins rendus aux citoyens.
La généralisation de la protection sociale constitue l’un des chantiers structurants du Maroc contemporain. Dans son ouvrage «La protection sociale au Maroc», Youssef Guerraoui Filali, président du Centre marocain pour la gouvernance et le management (CMGM), analyse en profondeur cette réforme. Entretien.
Propos recueillis par Ibtissam Z.
au Maroc constitue l’une des réformes sociales les plus ambi- tieuses de l’histoire du pays. Il vise à instaurer un système approprié et durable de couver- ture sociale couvrant l’ensemble de la population, plus particuliè- rement les couches vulnérables et les travailleurs non-salariés. Selon moi, il faut développer davantage le débat public et poli- tique autour de cette réforme, raison pour laquelle j’ai pris l’initiative de publier cet ouvrage thématique. De ce fait, la refonte globale et profonde des différents cadres institutionnels de la protection sociale demeure une exigence fondamentale pour uni- fication de l’approche et atteinte des objectifs sociaux, à la lumière des standards internationaux en la matière. Quant à la gouvernance clé du sec- teur, elle est basée sur la cohérence interinstitution- nelle et la complémentarité entre les différents régimes de couverture et de pré- voyance sociales.
Finances News Hebdo : Votre livre «La Protection sociale au Maroc» sort à un moment où le débat sur la réforme sociale est très présent. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cet ouvrage maintenant et quel message principal souhaitez- vous transmettre ? Youssef Guerraoui Filali : Le chantier de la protection sociale
F. N. H. : Vous qualifiez la réforme sociale maro- caine d’ambitieuse. Selon votre analyse, quels sont les progrès les plus signi- ficatifs réalisés et quels dysfonctionnements per- sistent, notamment pour les travailleurs non-sala- riés ou ceux dont les droits sont inactifs ? Y.G.F. : Les avancées réalisées depuis 2021, qu’il s’agisse de la généralisation de l’assurance maladie obligatoire, de l’ins- tauration des allocations fami- liales ou de la mise en place du registre social unifié et du registre national de la popula- tion, témoignent d’une dyna- mique réelle et d’un engage- ment fort de l’État marocain. Par conséquent, plusieurs défis sont à relever afin de généra- liser la protection sociale au Maroc. Il s’agit essentiellement de l’intégration du secteur infor- mel, l’accès équitable aux offres de soins publics, la fiabilité du système de ciblage social, et la pérennité financière des régimes de couvertures sociales. A fin septembre 2024, 31,8 millions de personnes étaient immatriculées auprès des
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