ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 JANVIER 2026
Accord de pêche L’Europe revient à Rabat, filets à la main L Après l’avoir elle-même sabordé, Bruxelles veut un nouveau partenariat halieutique stratégique avec Rabat. Mais cette fois, le Maroc va négocier en position de force, fort d’un nouvel équilibre diplomatique. Par D. William étaient des navires espagnols, ce qui faisait de Madrid le premier bénéficiaire de l’accord, avec ses flottilles de Galice, d’Andalousie et des îles Canaries. Le proto- cole, expiré en 2023, prévoyait, en outre, une contrepartie financière globale de 208 millions d’euros sur quatre ans, soit 52 millions d’euros par an versés au Maroc en échange des licences et de l’accès aux zones de pêche. A l’époque, Javier Garat, président d’Europêche, l’organisation repré- sentant les pêcheurs européens, se félicitait d’ailleurs de ce parte- nariat, estimant que «l’accord
Commission européenne sait donc que les nouvelles négociations ne seront pas un simple copier-coller d’un ancien protocole. Elle devra construire un accord capable de survivre aux prétoires européens, tout en respectant les équilibres politiques d’un partenaire qui ne négocie plus en position défen- sive. Le Maroc d’aujourd’hui n’est pas celui de 2019. Il a conso- lidé ses alliances, renforcé son poids diplomatique en Afrique et en Méditerranée et engrangé des soutiens internationaux sur la question du Sahara marocain. Cette consolidation s’est notam- ment matérialisée récemment par l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a réaffirmé le cadre exclusif onusien de règlement du différend, tout en consacrant l’initiative marocaine d’autono- mie comme base sérieuse, réa- liste et crédible pour parvenir à une solution politique. Ce texte a été adopté dans un contexte où plusieurs capitales européennes et occidentales ont progressi- vement clarifié leur position en faveur du plan marocain, rédui- sant l’espace diplomatique des thèses adverses. Il en résulte un nouveau rapport de force qui fait que le Maroc aborde ses parte- nariats extérieurs à partir d’une assise politique renforcée. Pour Bruxelles, ignorer cette évolution reviendrait à négocier avec le Maroc d’hier, alors que Rabat se projette déjà dans une configura- tion stratégique nouvelle. En tout cas, après avoir laissé la CJUE jouer les trouble-fête et chahuter son partenariat avec le Maroc, l’UE doit plus que jamais sortir de sa posture ambiguë, sécuriser ses accords internatio- naux et éviter une nouvelle humi- liation judiciaire, tout en tenant compte des exigences souve- raines du Royaume. C’est ce qui peut faire qu’elle redevienne un partenaire fiable dans un voisi- nage où la confiance, une fois fissurée, demande des actes plus que des discours. Pour l’instant, l’Europe revient à Rabat filets à la main, en espérant que cette fois le poisson ne lui échappera pas. ◆
es pays membres de l’Union européenne ont autorisé la Commission à ouvrir des dis- cussions avec le Maroc afin de conclure un nouveau partenariat de pêche. C’est ce que rapporte le site français Euractiv. Cette décision est non seulement un nouvel épisode d’une longue his- toire halieutique, mais également un geste politique fort. Un aveu même. Celui que Bruxelles, après avoir laissé ses juridictions dyna- miter des accords stratégiques, tente désormais de recoller les morceaux d’une relation qu’elle a elle-même fragilisée. Coup d’œil dans le rétroviseur. En 2024, la Cour de justice de l’Union européenne invalide les accords de pêche et agricoles avec le Maroc au nom du «droit au consentement du peuple du Sahara occidental». Décision lourde de conséquences : le dernier protocole expiré en juil- let 2023 n’est pas renouvelé, les navires européens quittent les eaux marocaines et un partenariat vieux de plusieurs décennies est
brutalement mis en cale sèche. S’ensuit une période d’embarras, l’Europe étant tiraillée entre le respect scrupuleux de la déci- sion judiciaire et la nécessité de préserver une coopération stra- tégique avec un partenaire deve- nu incontournable au sud de la Méditerranée. Aujourd’hui, chan- gement de cap. Les 27 donnent mandat à la Commission pour négocier un nouvel accord de par- tenariat pour une pêche durable (APPD) et un nouveau protocole d’accès aux eaux marocaines. Autrement dit, on recommence, mais autrement. Ou du moins, on essaie. Car derrière les mots policés de Bruxelles se cache une réalité simple : l’Union a besoin du Maroc. Ses flottes, en particulier espa- gnoles, tournent au ralenti depuis l’arrêt de l’accord. En effet, le pré- cédent cadre (2019-2023), avant son extinction, n’avait rien d’anec- dotique, d’autant qu’il autorisait 128 navires issus de 10 Etats membres à pêcher dans les eaux marocaines. Sur ce contingent, 93
continuera à contribuer à l’amé- lioration de la gestion durable des ressources halieutiques dans ces riches zones de pêche et est indis- pensable à l’activité de près de 128 navires issus de 10 pays de l’UE, de 700 pêcheurs et de 3.500 travailleurs à terre». Aujourd’hui encore, Europêche revient à la charge, soulignant la nécessité d’instaurer un nouveau cadre de partenariat, et ce, rapporte Euractiv, «à un moment où les possibilités de pêche alternatives se font de plus en plus rares, que ce soit en raison de l’accès réduit aux eaux européennes ou des pratiques de pêche non durables des pays tiers». Rabat en bonne posture Rabat, lui, a beaucoup appris des péripéties judiciaires du précédent accord ainsi que des «errements juridiques» de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). En cela, le Royaume a été clair après l’arrêt de la CJUE et avait posé sa ligne rouge : aucun accord ne sera conclu s’il ne respecte l’intégrité territoriale du Maroc. La
Le précédent accord de pêche autorisait quelque 128 navires issus de 10 Etats membres à pêcher dans les eaux marocaines.
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