Grazia Daily Cannes Jour 8

DA I LY CANNES

J E U 17 mai

DOWN en l’occurrence sur Arte… Grandeur et décadence d’un commerce de cinéma. Le Danois Lars von Trier s’est déclaré heureux que tant de spectateurs aient fui, écœurés, la projection de son film The House That Jack Built – l’odyssée d’un maniaque massacrant tout. Il a ajouté: «Si vous tuez un enfant à l’écran, ça doit quand même être perturbant.» C’est la grande affaire du Festival 2018: Catherine Deneuve, en ce moment, est brune. D’un brun que certains qualifient déjà de corbeau. C’est, à coup sûr, pour les besoins (urgents) d’un film d’André Téchiné, actuellement en tournage. Mis à l’index cette année à Cannes, les boss de Netflix vont rire jaune en apprenant que Le Livre d’image de Jean-Luc Godard ne sortira pas en salle, mais sera diffusé via le petit écran, UP POINT RÉGÉCOLOR RUN, RUN, RUN HÉLAS POUR MOI!

Cannes sans dormir JOUR 8 Par Philippe AZOURY O n ne s’y habituera jamais, à ce ventre mou du mardi. L’impression que le Festival est déjà un peu fini. Une sensation de descente col- lective amplifiée par les seins de glace qui cette an- née frappent fort comme dans un vieux Russ Meyer : il fait chaque jour plus froid. Cela donne des scènes étranges, des images flottantes, comme hier vers 5 heures du matin dans les rues vides du Suquet : il était enfin possible de s’asseoir en terrasse du Mac- Kebab du port, où nous devions être cinq en tout, là où dimanche encore il y avait foule. On grillait clope sur clope en silence, engoncés dans le grand imper beige, à écouter les conversations d’after hour, les plus belles, les plus nues. Une fille portait une robe courte couleur Maya l’abeille et un diadème de guingois, ça lui donnait un air innocent, mais des innocents, il y a un bail qu’à cette heure-ci, on n’en a plus rencontrés. «Tu y as déjà touché, toi, plus jeune?», lui demandait sa copine. Tiens, on ne dit jamais j’ai touché du ski, ou j’ai touché du judo. On ne touche qu’aux choses interdites. Qui, en retour, nous touchent ? On remontait, dubitatifs, vers la maison, admirer l’aube. Romain voyait les minutes qui le séparaient de la projo de 8h30 se réduire à peau de chagrin. A mi-parcours, une grande fille, le genre biker écossaise, nous barra la route, à l’endroit même où se cache le bar clandestin. Les bras croisés et les jambes en équerre, en mode karatéka. Une entraîneuse? Non, une abandonnée de 5 heures. Ces deux amis l’avaient plantée à la porte, super pressés qu’ils étaient d’aller voir ce qui se passe par- delà ce grand mur noir. Elle s’est fait tèje, le door- man jugeant que ce n’était pas exactement un en- droit pour une femme. Elle nous demanda ce qui se passerait si, en représailles, elle décidait de foutre le scooter du videur à la flotte. On lui conseilla d’aller dormir (c’est l’hôpital qui se fout de la charité), et alors qu’elle s’éloignait colère, on repensait à Fritz Lang et à Barbe-Bleue, au Secret derrière la porte…

Mitchell avait déconstruit quelques mythologies américaines, celles que la jeunesse entretient avec le cinéma, et s’était placé très vite pour un public de geeks exigeants comme l’esthète du popcorn movie. Under The Silver Lake n’est plus vraiment un film de genre, à moins qu’on considère le film sur Los Angeles comme une catégorie en soi. Il ambi- tionne d’embarquer la pop culture plus généralement (de la musique aux jeux vidéo) dans sa petiteméca- nique d’analyse fun et postmoderne. Sam est un loser dans une ville où tout le monde veut réussir. Il habite Silver Lake, le quartier hipster de L.A. Il ne fout pas grand-chose de ses journées, alors quand sa bimbo de voisine disparaît, il se lance dans une enquête type chasse au trésor. Under The Silver Lake a la douceur et la candeur de la Californie. Le film ressemble à un épisode de Scoo- by-Doo (Sam, interprété par Andrew Garfield, a des airs de Sammy) auquel il manque parfois un peu de chien (d’ailleurs, il y est question d’un mystérieux assassin de canidés). C’est un filmpour adultes qui refusent de grandir, d’enfants qui aiment se faire peur ou se rassurer avec des théories complotistes. C’est un film où Los Angeles est le personnage principal, omniprésent. Le filmd’une ville qui refuse de voir ses enfants grandir et serait prête à tout pour les en empê- cher, leur faire rejoindre une secte, les pousser au crime et, dans le meilleur des cas, faire des films. UNDER THE SIVER LAKE de David Robert Mitchell (Compétition).

Los Angeles, entre glande et pop culture: David Robert Mitchell grandit sans changer ses obsessions. Un film cool pour un festival cool. Par Romain CHARBON Notre film du jour Under The Silver Lake

Alors que la compétition s’enlisait, que les sélections parallèles nous offraient leur lot de films puissants, on avait l’impression que, du côté des marches pour la Palme, rien ne s’était passé depuis Leto qu’une suite de films pas vraiment attendus et accueillis avec juste la politesse de rigueur. Le nouveau film de David Robert Mitchell était de ceux que guettait avec ferveur une partie de la cinéphilie biberonnée au cinéma américain contemporain, et qui avaient déjà fait de ce réalisateur le héraut d’une génération. Avec deux films de genre, le teen movie The Myth of The American Sleepover et le slasher It Follows,

Notre coverstar #8: Léa Seydoux, membre du jury et toujours belle personne, en robe Vuitton et bijoux Boucheron.

JEUDI 17.05.2018 - 1

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