Grazia Daily Cannes 2018 J-1

DA I LY CANNES

J E U 10 mai

C’est Carey Mulligan (Drive) qui ouvrira aujourd’hui la quatrième édition des talks Women in Motion, dans la suite Kering du Majestic. Lesquels talks permettent de réfléchir sur la place des femmes au cinéma. Plus que jamais d‘actualité. Le film de Terry Gilliam, réputé maudit, et qui clôturera le Festival le 19 mai, vient de vendre ses droits de distribution à la Chine. Une aubaine, puisqu’elle est désormais le pays le plus important pour l’exploitation des films en salle. UP LA ROUE TOURNE BONNE CONDUITE

Cannes sans dormir JOUR 1 Par Philippe AZOURY

on en est là, occidentaux, pas bril- lants à voir, quand Kena et Ziki viennent à nous. Deux filles, la vingtaine, étudiantes dans la même école de médecine de Nairobi. Bou- geant dans le même quartier, les mêmes bars, les mêmes barres d’immeubles. Dans unNairobi qui ne ressemble qu’à lui-même et qui pourtant nous semble familier. Familier parce que les sentiments y sont les mêmes qu’ici. Ou plutôt, c’est l’inverse: à Paris, à Cannes, à Londres, on s’aime comme à Nai- robi. Comme il n’y a pas d’exotisme dans ce film, juste de la parade sen- sible et superbement filmée de deux filles en feu. Car oui, il nous faut moins de vingt minutes, aussi ignares sommes-nous, pour comprendre ce que Ziki et Kena commencent à percevoir aussi : ces deux filles s’attirent. Leur amitié tourne à chaque sourire, à chaque sortie, en amour fou, irrépressible et violent. Le reste ressemblera à la vie où qu’elle tombe: un ensemble entremêlé d’emmerdes et de moments de grâce. C’est quoi alors la différence Rafiki, l’urgence Rafiki? On sait par exemple que le film de Wanuri Kahiu est interdit dans son pays, où l’homo- sexualité reste illégale. Un héritage venu…des anciennes lois coloniales. Par ailleurs, Rafiki est unmélo. Beau comme un Douglas Sirk. Avec une caméra éprise de ses personnages et nous devant, en chiale, fondus d’elles à notre tour. RAFIKI de Wanuri Kahiu avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva, Dennis Musyoka (Un certain regard).

I l devait être plus ou moins 6 heures du matin, mercredi, les derniers survivants de la fête sauvage que nous avions organisée à la maison venaient de partir. A ceux-là, on ne donnait pas cher de leur peau, dans deux heures, à la première projection de 8h30. Sophie d’After, exténuée, comatait sur le sofa qui lui sert de lit, nous à l’étage, sur la mezzanine, on cherchait le sommeil désespé- rément, fumant tout ce qui reste de comestible, chocolat, fines herbes, agrumes, dans un mélange de paresse languide et de fièvre douce. Il fallait que quelque chose se passe, là, tout de suite, sans quoi on allait en crever. C’est venu comme on s’y attendait, d’assez loin, des îles, et pile au moment où les yeux se ferment : le bruit calme d’une longue vague. Comme l’appartement donne sur la plage, on pouvait imaginer facilement cette espèce d’onde sonique s’avancer vers la ville, recouvrir d’abord le sable sur lequel, cette après-midi encore, tout ce que Cannes compte de journalistes, attachés de presse, actrices, petits producteurs, se faisaient dorer. Les uns comme les autres, nous étions arrivés lundi pour contourner la grève perlée, assurer le coup ( « J’irai au bout de mes grèves », chantait Jean-Jacques Goldman). Deux jours à la coule, avant que les hostilités ne commencent vraiment. Du jamais vu, un tel luxe à Cannes. Mais exténuant à force : quarante-huit heures que tout le Festival est là, à taper dans les réserves, à attendre que quelque chose vienne. Et c’est venu exactement quand ils sont tous allés se coucher, sur le coup des 6 heures du matin. Comme un privilège offert aux insomniaques, la vague était belle, splendide même, super sereine. Elle est sortie d’un lit d’huile et a chassé la nuit d’un coup. En une seconde, il fit jour, avec une lumière de brume. Tout semblait flotter comme sur un nuage. Voyage, voyage autour de ma chambre.

Deux filles dans Nairobi. Elles s’aiment, envers et contre tous. Rafiki, le premier film de la Kenyane Wanuri Kahiu, est un choc. Ça commence bien. Par Philippe AZOURY Notre film du jour Rafiki

C’est le premier choc, la première rencontre. L’apparition que l’on espère à tout moment dans un Festival aussi intense que Cannes. Une surprise – pour y croire, encore. Le film tombé de nulle part. Ce grand nulle part informe dans lequel nous jetons sans distinction tout pays n’ayant pas la délicatesse (en géné- ral, économique) de nous donner de ses nouvelles quatre mercredis par an. Du cinéma kényan, on ne sait rien. Par déduction, du Kenya, nous n’avons pas d’imaginaire. Et des Kényans, nous sommes ignares. Par exemple, quand ils s’aiment, ils s’aiment comme ici ? Pour eux aussi, c’est compliqué? On devrait avoir honte de cette question (on a déjà honte de cette question). Mais

ÉCHEC ET MAT

La hausse du prix des hébergements à Cannes durant le Festival aurait augmenté de 230 %. Le prix moyen de la

DOWN nuitée? 475 euros, selon les informations diffusées sur le moteur de recherche de locations Holidu. Raide.

Notre coverstar #1: Kristen Stewart en Chanel, de la Cruise à Cannes, dialogue lumineux page 6.

JEUDI 10.05.2018 - 1

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