Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc
Du 5 février 2026 - 8 DH - N° 1224
PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC
Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli
Bourse de Casablanca
Matières premières
L'or, du mouvement haussier à la correction
Comprendre la dynamique actuelle du marché
P. 7
P.10/11
● Pour des pays importateurs d’énergie comme le Maroc, un conflit irano-américain se traduirait par un renchérissement immédiat de l’énergie, une pression accrue sur les équilibres budgétaires et monétaires et, in fine, un choc sur le pouvoir d’achat.
P. 14 à 16
Défaillances d’entreprises
Marché des capitaux
Les contours d’une régulation plus affirmée Conseil de la concurrence
Un risque concentré sur les 300.000 sociétés zombies
Le conseil aux émetteurs monte en puissance
Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence
P. 22/23
P. 18/19
P. 6
Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma
SOMMAIRE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 FÉVRIER 2026
Voyons voir : Affaire Epstein : Après moi, le déluge Ça se passe au Maroc 3 4 ACTUALITÉ
26 L'UNIVERS DES TPME
Editorial
Entretien avec Anass Ech Chakfi : x Page, «Notre objectif est de faire de la technologie un accéléra- teur de croissance»
BOURSE & FINANCES
POLITIQUE
Point Bourse Hebdo : Beaucoup de bruit pour peu de points Marché des capitaux : Le conseil aux émetteurs monte en puissance Entretien avec Tarik Amiar & Jérôme Boumengel : Bourse de Casablanca, Comprendre la dynamique actuelle du marché Crédit - Fonds propres - Dettes d’associés : Les équi- libres fragiles du financement des TPME Matières premières : L'or, du mouvement haussier à la correction Flambée de l’or : Les bijoutiers pris en étau entre hausse des prix et recul de la demande Informalité au Maroc : Quand la fiscalité devient un levier d’inclusion
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Sahara marocain : L’Union européenne referme le chapitre de l’ambiguïté Retrait d’Akhannouch de la présidence du RNI : Une transition plutôt qu’une rupture
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Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication
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près presque sept années de sécheresse persistante, le Maroc vit un moment que beaucoup n’osaient plus vraiment espérer. Depuis la mi-novembre 2025, les précipitations et les chutes de neige enregistrées à travers le Royaume ont profondément modi- fié la physionomie de la campagne agricole. Le ciel, longtemps avare, s’est montré généreux. Et cette générosité redessine, pour un temps au moins, les perspectives agricoles, économiques et sociales du pays. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. A début février, le cumul pluviométrique moyen atteint près de 360 mm, soit une hausse de 54% par rapport à la moyenne des trente dernières années et de 215% comparativement à la même période de la saison précédente. Une performance météorologique rare, surtout dans un contexte où le stress hydrique s’est installé comme une norme plus que comme une exception. Lundi dernier, devant les représen- tants de la nation, Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture, n’a pas caché son optimisme. Selon lui, « ces pluies ont eu un impact direct et positif sur les cultures céréalières, maraîchères et arboricoles, mais aussi sur l’état des parcours », souvent premiers sacrifiés lors des années sèches. A Ce que dit vraiment la bonne pluviométrie Cette amélioration se lit d’abord dans les barrages. Ceux à vocation agricole affichent aujourd’hui un taux de remplissage avoisinant 58% contre 25% un an auparavant. Tous barrages confondus, le stock atteint plus de 10 milliards de m³, avec un taux de remplissage de 61%, là où il frôlait à peine les 28% l’an dernier. Dans un pays où l’eau est devenue un facteur économique à part entière, ce retournement change beaucoup de choses, d’autant qu’il sécurise l’irrigation, rassure les agriculteurs et redonne de la visibilité à des filières entières. Sur le terrain, la dynamique est tout aussi parlante. La superficie labou- rée atteint 4,5 millions d’hectares, avec un taux de mécanisation de 95%. Les cultures d’automne dépassent désormais les 4 millions d’hectares, en progression de 40% par rapport à la campagne précédente. Les céréales occupent 3,7 millions d’hectares, tandis que les cultures fourragères, les légumineuses et les cultures sucrières enregistrent des hausses notables. Le semis direct, souvent présenté comme une réponse technique aux aléas climatiques, poursuit lui aussi sa montée en puissance avec plus de 215.000 hectares emblavés. Mais au-delà de l’agriculture stricto sensu, cette bonne pluviométrie renvoie à une question plus large, à savoir la dépendance structurelle de l’économie marocaine au ciel. En effet, une mauvaise campagne agricole suffit à faire plonger le PIB, comme ce fut le cas en 2022 (1,5%), tandis qu’une pluviomé- trie plus favorable permet un rebond, comme en 2023 et 2025. C’est dire que la relance de la production agricole est donc une bonne nou- velle, mais elle ne saurait masquer l’essentiel. Tant que la transformation structurelle de l’économie n’aura pas suffisamment réduit le poids de l’agricul- ture dans la formation de la croissance et de l’emploi, chaque saison restera un pari climatique. u
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ECONOMIE
30 HIGH-TECH
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Iran-USA : Le choc énergétique qui inquiète Rabat Comment le Maroc peut amortir la tempête géopo- litique Marché du travail : Des fragilités structurelles Défaillances d’entreprises : Baisse des faillites de 3,3% en 2025, une première depuis la période Covid Entretien avec Amine Diouri : Défaillances d’entre- prises, Un risque concentré sur les 300.000 socié- tés zombies Viande rouge : Le Ramadan ravive la fracture ali- mentaire Facturation électronique : De nouveaux enjeux pour les entreprises et l’administration fiscale Conseil de la concurrence : Les contours d’une régu- lation plus affirmée Agences régionales d’urbanisme et d’habitat : A quoi vont servir ces nouveaux bras armés de la régionalisation
Blockchain : Une infrastructure mondiale qui prend racine au Maroc
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• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal
• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL
• Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021
• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com
VOYONS VOIR
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Affaire Epstein
Après moi, le déluge
ex-ambassadeur britannique à Washington. Les documents dévoilés par le ministère américain de la Justice évoquent des conseils fiscaux donnés à Jeffrey Epstein, des flux financiers troublants et des échanges privés embarrassants. Rien n’établit une infraction pénale à ce stade, mais l’embarras politique est total. Mandelson a quitté le Parti travailliste, après avoir été démis de ses fonctions d’ambassadeur britannique aux Etats- Unis. Au Royaume-Uni, la chute est déjà consom- mée pour le prince Andrew, dont le nom reste associé aux accusations les plus graves. Déchu de ses titres, il continue de nier toute implication, tandis que de nouvelles accusations émergent et que son ex-épouse, Sarah Ferguson, se retrouve exposée par des échanges de courriels où se mêlent admiration et sollicitations financières. L’embarras ne s’arrête pas aux frontières britan- niques. En Norvège, la princesse Mette-Marit, future reine, voit son image sévèrement altérée après la publication de centaines d’échanges avec Epstein, postérieurs à sa condamnation de 2008. Elle reconnaît aujourd’hui une erreur de jugement, mais le doute s’est installé dans l’opi- nion, au point que certains s’interrogent ouverte- ment sur sa capacité à monter un jour sur le trône. La France n’est pas épargnée. Jack Lang assume ses relations passées avec Epstein, expliquant avoir fréquenté un mécène cultivé sans avoir connaissance de ses crimes. Les documents révélés vont plus loin, évoquant des discus-
sions financières, une transaction portant sur un bien immobilier à Marrakech et une société offshore liée à sa fille Caroline Lang, laquelle a démissionné de son poste de déléguée géné- rale du Syndicat de la production indépendante (SPI) suite à ces révélations. Là encore, aucune condamnation judiciaire, mais une zone grise qui nourrit interrogations et crée un profond malaise. Face à cette accumulation de noms, une ques- tion centrale s’impose. Jusqu’où la transparence peut-elle aller sans se transformer en injustice collective ? La publication de millions de documents par le United States Department of Justice a été saluée comme une victoire contre l’opacité. Mais elle a aussi provoqué un choc éthique. Des victimes ont vu leurs identités exposées et leurs vies à nouveau bouleversées, au point qu’un juge new- yorkais a été saisi pour examiner leur demande de restreindre l’accès à certains contenus. La ministre de la Justice, Pam Bondi, a reconnu des erreurs et retiré en urgence des milliers de docu- ments sensibles pouvant permettre d’identifier des victimes. Bref, l’affaire Epstein révèle surtout un monde où l’argent, le pouvoir et le sexe s’entrecroisent dangereusement. Epstein n’était pas seulement un criminel sexuel. Il était un homme de réseaux, capable d’ouvrir des portes, de financer et d’im- pressionner. Même mort, il continuer à semer le chaos. ◆ BULLETIN D’ABONNEMENT oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)
L a déflagration Epstein n’a rien d’un feuilleton people. Elle avance comme une marée noire. C’est une machine à broyer la réputation. Dans cette affaire, être cité n’est pas être coupable, mais être cité suffit souvent à être sali. Même lorsque rien d’illégal n’est établi, le fait d’avoir eu une proximité ou un simple «contact» avec ce pédocriminel notoire crée la suspicion et fissure la confiance. C’est pourquoi, aujourd’hui, ce qui anime l’opinion publique, c’est de savoir qui savait quoi et qui a fait quoi. Ce qui frappe d’abord, c’est l’ampleur géo- graphique des secousses. Longtemps perçue comme un scandale américain mêlant argent, sexe et pouvoir, l’affaire a désormais un parfum résolument mondial. Par D. William
Aux Etats-Unis, Bill Clinton et Hillary Clinton ont accepté de témoigner devant une commission d’enquête du Congrès. L’ancien président est rat- trapé par ses voyages passés à bord du jet privé d’Epstein et par une proximité qu’il a toujours minimisée. Aucune poursuite judiciaire ne le vise, mais son image est écornée. A Bruxelles, la Commission européenne s’inter- roge publiquement sur le comportement de Peter Mandelson, ancien commissaire européen et
ÇA SE PASSE AU MAROC
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Chambre des représentants
Adoption du projet de loi relatif à la transformation de l'ONHYM en société anonyme
L a Chambre des représentants a adopté, mardi en séance législative, le projet de loi n°56.24 portant transformation de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) en société anonyme. Le texte a été approuvé par 82 voix pour et 36 contre. Présentant le projet, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leïla Benali, a indiqué que cette réforme
Feuille de route 2023-2026
Le tourisme marocain change d’échelle L a feuille de route du tourisme 2023-2026 confirme son efficacité, comme en témoignent les perfor- mances enregistrées en 2024 et 2025, tant en matière d’arrivées touristiques que de recettes et de diversification de l’offre. C’est ce qu’a affirmé, lundi à la Chambre des représentants, la ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, Fatim-Zahra Ammor. Selon la ministre, le Maroc a accueilli près de 20 millions de touristes en 2025, en hausse de 14% par rapport à 2024 et de 53% compa- rativement à 2019, alors que la croissance moyenne mondiale n’a pas dépassé 4%. L e complexe portuaire de Tanger Med a clôturé l’exercice 2025 sur une performance solide, por- tée par une progression notable de ses principaux indicateurs d’activité. Toutes opérations confondues, le port a traité 161 millions de tonnes de marchandises, en hausse de 13,3% par rapport à 2024, confirmant son statut de plateforme logistique de premier plan à l’échelle méditerranéenne et africaine. L’activité conte- neurs demeure le principal moteur de cette dynamique, avec 11,1 millions d’EVP manutentionnés par les quatre terminaux, soit une progression de 8,4%. Cette Les recettes en devises générées par le secteur ont dépassé 138 milliards de dirhams, auxquelles se sont ajoutés 48 milliards de dirhams issus du tourisme interne. Ces performances, qui ont permis au Royaume de se hisser au premier rang africain, sont attribuées à la vision royale et à des investissements publics ciblés, notamment à travers la mise en œuvre de la feuille de route dotée d’un budget de plus de 6 milliards de dirhams. La stratégie repose sur une approche renou- velée de l’offre touristique, axée sur l’expérience client et structurée autour de neuf filières thématiques et de cinq filières transverses, visant une diversification ter- ritoriale. En 2025, l’axe promotion, marketing et trans- port aérien a permis de sécuriser des partenariats pour plusieurs millions de passagers, d’ouvrir de nouvelles liaisons aériennes et de renforcer l’investissement dans l’hébergement, la formation et les projets touristiques à l’échelle nationale. ■
vise à repositionner l’ONHYM comme un levier stratégique capable de faire face à la concur- rence internationale, d’améliorer sa gouvernance et ses performances et de renforcer son intégration dans la chaîne de valeur de ses activités. La transformation permettra également à l’Office de diversifier ses sources de financement et de mieux valoriser ses actifs et ressources, avec une ouverture progressive du capital au secteur privé, tout en maintenant l’État comme investisseur principal. Cette réforme, qualifiée de première réforme institutionnelle depuis 2020, intervient dans le sillage de la création de l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État (ANGSPE). Le projet prévoit aussi le renforcement des structures de gouvernance, la création éventuelle de filiales, la prise de participations, ainsi que le transfert des actifs, droits et obligations vers la nouvelle société. ■
Saison agricole
Amélioration des perspectives grâce aux précipitations A près plusieurs campagnes marquées par le stress hydrique, les récentes précipitations ont amélioré les perspectives de la saison agricole au Maroc. Les pluies et chutes de neige enregistrées depuis la mi-novembre 2025 constituent un signal favorable pour le déroulement de la campagne et la production agricole, a indiqué le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, lundi à la Chambre des représentants. Selon le ministre, ces précipitations ont eu un impact positif sur les cultures céréalières, maraîchères et arboricoles, ainsi que sur l’état des parcours, contribuant à renforcer l’approvisionnement du marché national. Au 2 février, le cumul pluviométrique moyen a atteint près de 360 mm, en hausse de 54% par rap-
port à la moyenne des trente dernières années et de 215% par rapport à la même période de la campagne précédente. Parallèlement, les barrages affichent une nette amélioration. Les retenues à vocation agricole disposent de 8,22 milliards de m³, soit un taux de rem- plissage de près de 58%, tandis que l’ensemble des barrages atteint 10,26 milliards de m³, avec un taux de 61% contre moins de 28% l’an dernier. ■
Tanger Med : Activité portuaire en nette progression en 2025
évolution s’explique notamment par la mise en ser- vice de l’extension du terminal TC4, qui a renforcé les capacités globales du complexe. Le trafic des camions TIR a également progressé, atteignant 535.203 unités (+3,6%), soutenu par la bonne tenue des exportations industrielles et agroalimentaires. Par ailleurs, l’activité passagers a poursuivi sa hausse, avec plus de 3,2 millions de voyageurs et près de 900.000 véhicules traités. Malgré des évolutions contrastées dans les vracs et les véhicules, les résultats de 2025 confirment la montée en puissance continue de Tanger Med. ■
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BOURSE & FINANCES
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Point Bourse Hebdo Beaucoup de bruit pour peu de points
O Avec un timide +0,13% sur la semaine et un mois de janvier dans le rouge (-0,95%), la Bourse de Casablanca est en phase de conso- lidation en attendant la saison des résultats. des facteurs internes. La remon- tée des rendements obligataires a remis la courbe des taux au centre des arbitrages. Le renchérissement du sans-risque a conduit les inves- tisseurs à davantage de sélectivité, avec des prises de position plus mesurées et un horizon d’investis- sement plus court. Par Y . Seddik
Evolution de l'indice Masi depuis début janvier 2025
n a fini la semaine à +0,13%, à 18.667 points. Si on ne regardait que ça, on dirait «rien à signa- ler». Sauf que sur le chemin, le marché a encore fait du yo-yo avec un rebond, puis une baisse plus sèche, puis un nouveau sur- saut… et au final, cette petite pro- gression qui masque une semaine nettement plus agitée qu’il n’y paraît. Cette dernière séquence résume bien le mois de janvier qui s’achève (-0,95%) donc sur un climat anxieux, hésitant et volatil. Dans le détail, les échanges sur le marché central actions tombent à 8,54 Mds de DH contre 12 Mds de DH le même mois, un an plus tôt. Et surtout, on ne retrouve pas la même rotation puisqu'on compte 22,4 millions de titres échangés contre 58,7 millions en janvier 2025. Trois fois moins d’actions qui changent de mains, ça ne donne pas un marché fragile… mais ça donne un marché plus sensible, où la volatilité a plus d’espace pour faire du bruit. Comme évoqué dans le précédent débrief hebdomadaire, cette confi- guration s’explique d’abord par
TOP Performances
FLOP Performances
RISMA Lesieur Cristal Sonasid
À cela s’ajoute un environnement international toujours instable, ten- sions géopolitiques, revirements de Trump et épisodes récurrents de risk-off. Sans être le déclen- cheur systématique des mouve- ments observés à la Bourse de Casablanca, ce climat contribue à limiter les initiatives et à renfor- cer les comportements prudents, en particulier dans un mois déjà nerveux. Le contraste avec janvier 2025 reste donc frappant. L’an dernier, le marché avait enregistré une pro- gression mensuelle de 10%, avec 22 secteurs sur 24 en hausse, dans un mouvement largement partagé. En janvier 2026, la situation est bien différente avec un MASI qui recule de 0,95% sur le mois, et cinq secteurs seulement qui ter-
-6,72%
+17,57% +6,71%
Minière Touissit SMI Zellidja
-6,03%
-5,58%
+6,58 %
minent dans le vert. Le leadership s’est concentré, notamment sur les mines (+33%), pendant que le reste s’est contenté de limiter les dégâts ou d’encaisser des corrections. En gros, la cartographie sectorielle confirme ainsi un changement de régime. Le marché ne se diffuse plus largement; il opère désormais un tri plus strict, avec une moindre tolérance aux dossiers dépourvus de catalyseurs visibles. Pour autant, cette phase ne remet pas en cause la tendance de fond. Comme le soulignent les stratégistes d’African Financial Investment, le marché évolue toujours dans une
configuration de consolidation à l’intérieur d’un bull market. Il s’agit davantage d’un ajustement que d’un retournement. Autrement dit, les fondamentaux restent solides. En perspective, février devrait apporter de nouveaux éléments avec le démarrage de la saison des publications trimestrielles (T4), qui remettra une partie des fondamen- taux au premier plan. La seconde partie du mois, marquée par l’ap- proche du Ramadan, pourrait en revanche maintenir un rythme plus irrégulier, dans un contexte où la volatilité demeure le principal trait du début d’année. ◆
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Marché des capitaux Le conseil aux émetteurs monte en puissance Le mouvement ne fait pas la Une, mais il est désormais difficile à ignorer. Depuis l’entrée en vigueur du cadre encadrant les conseillers en investissement financier (CIF), une série d’enregistrements successifs auprès de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) a vu émerger une nouvelle typologie d’acteurs. Tous partagent un point commun : ils inter- viennent sur le conseil aux émetteurs, c’est-à-dire sur le cœur du métier de la banque d’affaires. Par Y. Seddik
publics à l’épargne, conseil en introduction en Bourse, ingénierie financière, restructurations, opéra- tions de fusion-acquisition et opti- misation de la structure financière des entreprises) sans en avoir le statut réglementaire. La différence n’est pas tant dans la nature du conseil que dans son mode d’exercice. Ces conseillers n’engagent pas de bilan, ne distri- buent pas de financement et n’as- sument pas de risque de portage. Ils se positionnent comme des architectes de l’opération, laissant le financement et le placement aux banques, aux investisseurs ou aux sociétés de Bourse. Ce modèle trouve un écho par- ticulier auprès d’entreprises qui cherchent à dissocier conseil stra- tégique et relation bancaire. «Pour certaines ETI, groupes familiaux ou émetteurs de taille intermédiaire, cette séparation institutionnelle entre le conseil et toute logique de placement ou de distribution est perçue comme un gage de lisibi- lité, voire d’indépendance dans la prise de décision» , souligne notre interlocuteur. Il ne s’agit pas pour autant d’un renversement de table, puisque les grandes banques d’affaires conservent des avantages déter- minants, notamment en matière de distribution, de syndication et d’accès aux investisseurs institu- tionnels. Mais l’accumulation des agréments CIF Cat.2 traduit un glissement progressif du conseil vers des structures spécialisées, capables d’intervenir en amont des opérations, parfois bien avant que le financement ne soit mobi- lisé. Pour notre expert, le modèle n’est pas exempt de contraintes, puisque l’activité demeure relative- ment liée au cycle des marchés et à la profondeur du pipeline d’opé- rations. La question de la taille critique, de la visibilité commerciale et, à terme, de possibles mouve- ments de consolidation, se posera inévitablement. Quoi qu'il en soit, le régulateur a contribué à faire émerger un nouvel étage du conseil financier. Une banque d’affaires sans bilan, plus fragmentée, plus spécialisée, et appelée à jouer un rôle croissant à mesure que le mar- ché des capitaux se densifie. ◆
Entre recherche d'indépendance et expertise sur-mesure, ces nouveaux «architectes» de la finance
bousculent les codes de la banque d'affaires traditionnelle.
L
e registre de l’AMMC parle de lui-même. Depuis 2023, plusieurs structures ont été enregistrées en qualité de CIF pour l’exercice d’activités relevant de la catégo- rie n°2 (Conseil aux émetteurs). C’est le cas notamment de Tessera Capital, Axiom Corp, Majorelle Capital, West Capital Partners, Wineo CIF, Burj Finance, Sud Actif Groupe Finance, AD Capital Finance, Valoris Corporate Finance, Oversee, Atlas Capital Finance, Capital Trust Finance ou encore Ascent Capital Partners. Certaines ont opté pour un péri- mètre exclusivement orienté vers les émetteurs. D’autres ont choi-
si un positionnement plus large, combinant catégorie 1 (conseil aux investisseurs) et catégorie 2, à l’image de Fineopolis Capital, IPF Advisors ou Emerge Invest. Le fil conducteur reste toutefois le même, à savoir accompagner des entreprises dans leurs opérations financières structurantes, sous un cadre désormais régulé. À ces nouvelles entités s’ajoutent des acteurs déjà bien installés sur la place, issus de groupes financiers connus, qui ont eux aussi obte- nu leur enregistrement CIF Cat.2. On cite Upline Corporate Finance, Attijari Finances Corporate, BMCE Capital Conseil, CFG Finance ou Red Med Corporate Finance. Leur présence confirme que le statut CIF ne se limite pas à des bou- tiques indépendantes, mais consti- tue un outil transversal utilisé par
l’ensemble de la chaîne du conseil financier. Cette évolution se perçoit aussi dans les pratiques, nous confie un expert du conseil financier : «ces acteurs interviennent souvent très en amont, parfois avant même que l’entreprise ne décide formellement de lancer une opération. Ce n’est pas une concurrence frontale avec les banques, mais une segmen- tation plus claire des rôles entre conseil et financement». Ce faisceau d’enregistrements montre que le conseil aux émet- teurs s’est progressivement struc- turé en marché autonome, distinct du crédit bancaire et de l’intermé- diation classique. Dans les faits, ces acteurs interviennent sur les mêmes problématiques que les banques d’affaires traditionnelles (accompagnement des appels
Ce n’est pas une concurrence frontale avec les banques, mais une segmentation plus claire des rôles entre conseil et financement.
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Bourse de Casablanca Comprendre la dynamique actuelle du marché
nomique encore favorable et une bonne visibilité sur les résultats des entreprises. F. N. H. : Qu’en est-il des valorisations après le rallye de 2025 ? J. B. : Les valorisations s’étaient tendues en fin d’année, avec un P/E prospectif proche de 22 fois les bénéfices attendus. Avec la conso- lidation récente, ce ratio est revenu autour de 19 fois, un niveau plus en ligne avec la moyenne historique du marché marocain. Il n’est pas exclu que les multiples se contractent encore légèrement, vers 18, voire 17,5 fois, dans un mouvement de normalisation. Cela ne remet pas en cause la tendance de fond haussière, mais traduit simplement une phase de diges- tion après un cycle particulièrement puissant. F. N. H. : Cette consolidation remet-elle en cause le bull market ? J. B. : Non. Nous restons claire- ment dans un bull market de fond. Les indicateurs de risque montrent simplement que l’appétit pour les actions était devenu excessif à l’été dernier et qu’il est en train de se normaliser. C’est un processus sain : après une forte accélération, le marché respire avant de repartir. F. N. H. : Qu’en est-il des matières premières, notam- ment l’or et le pétrole ? T. A. : L’or évolue toujours dans une tendance haussière de long terme, soutenue par les achats massifs des Banques centrales (environ 800 tonnes attendues en 2026) et par un climat géopolitique tendu. Après une phase de surachat, une cor- rection était techniquement atten- due. Une fois cette phase de prise de bénéfices terminée, l’or pourrait viser de nouveaux sommets. Concernant le pétrole, le contexte est plus contrasté. Les fonda- mentaux restent globalement bien orientés du côté de l’offre, avec un marché correctement approvision- né. En revanche, la configuration technique s’est améliorée récem- ment, et le baril pourrait poursuivre son rebond tant que les tensions géopolitiques persistent, notam- ment au Moyen-Orient. ◆
Après une année 2025 marquée par un rallye historique, le marché actions marocain évolue depuis plusieurs mois dans une phase plus technique. Volatilité, prudence et arbitrages ont pris le pas sur l’euphorie de l’an dernier. Jérôme Boumengel et Tarik Amiar, associés-gérants d’African Financial Investment, livrent leur lecture du MASI, des taux, des fondamentaux et des matières premières.
Propos recueillis par Y. Seddik
Jérôme Boumengel
Tarik Amiar
F. N. H. : Justement, que disent les volumes sur cette phase de marché ? T. A. : Les volumes confirment cette lecture. En fin d’année der- nière, nous avions observé une nette contraction de l’activité. La moyenne mobile 20 séances était tombée autour de 236 millions de dirhams début décembre, contre environ 500 millions de dirhams à la mi-année. Avec le regain d’acti- vité observé fin décembre et début janvier, les volumes sont temporai- rement remontés vers les 500 mil- lions de dirhams, avant de retom- ber plus récemment autour de 350 millions. Pour qu’un mouvement haussier se relance durablement, il faudra une reprise franche des volumes au-delà de ces niveaux. F. N. H. : Comment expli- quez-vous cette consolida- tion ? Est-elle liée à des facteurs locaux ou interna- tionaux ? T. A. : Les deux jouent un rôle. Sur le plan domestique, nous assistons à une remontée des taux obliga- taires, en particulier sur les maturi- tés 2 à 5 ans. Cette hausse pousse certains investisseurs à revoir leur allocation d’actifs et crée mécani- quement une pression vendeuse sur le marché actions. À l’international, le contexte géo- politique reste un facteur majeur
d’incertitude. L’imprévisibilité de la politique extérieure améri- caine, les tensions autour de l’Iran, les annonces successives sur le Groenland ou encore les reposi- tionnements stratégiques entre grandes puissances entretiennent un climat de prudence. Or, en Bourse, l’incertitude est rarement appréciée des investisseurs et se traduit souvent par une hausse de la volatilité. F. N. H. : Si l’on met de côté le bruit de marché, que disent aujourd’hui les fonda- mentaux ? Jérôme Boumengel : Deux grands moteurs structurent les marchés actions : les taux d’intérêt et les perspectives de bénéfices. Sur les taux, nous observons depuis septembre-octobre une remontée du rendement du 10 ans maro- cain, liée notamment aux besoins de financement du Trésor. Cette hausse constitue un facteur moins favorable à court terme pour les actions, et explique en partie la consolidation engagée depuis l’automne. En revanche, le second moteur reste très solide. Les pré- visions de croissance des béné- fices sur les douze prochains mois sont de l’ordre de +20%, un niveau nettement supérieur à la moyenne historique, située autour de 7%. Cela reflète une dynamique éco-
Finances News Hebdo: En début d’année, vous évo- quiez déjà un scénario de consolidation au sein d’un bull market. Est-il aujourd’hui confirmé ? Tarik Amiar : Oui, clairement. Si l’on remet les choses en perspec- tive, au 30 janvier 2025, le MASI affichait déjà une performance de plus de +10% depuis le début de l’année. Aujourd’hui, nous sommes autour de 0% en per- formance YTD. Cet écart est un premier signal de consolidation. Mais il est important de préciser que cette consolidation n’a pas débuté en janvier. Elle a com- mencé dès la fin de l’été dernier, autour du mois de septembre 2025. Depuis cette période, le marché a évolué dans une phase de respiration qui a progressive- ment pris la forme d’une consoli- dation plus structurée. Sur le plan technique, cette phase se matérialise par un triangle symétrique en données hebdomadaires, une figure char- tiste qui traduit l’indécision du marché. Historiquement, dans près de 60% des cas, ce type de configuration débouche sur une continuation de la tendance pré- cédente, en l’occurrence haus- sière, à condition que la sortie s’accompagne de volumes suf- fisants.
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encore attendre l’aval des direc- tions régionales». «Mais étant donné le désinves- tissement actuel du nombre d’agences construites en dur (Brick and mortar) au niveau national, il semblerait que l’on soit en train de vivre des plans sociaux et des restructurations dans l’ensemble des agences du Royaume», rajoute-t-il. Une proximité insuffisante des agences bancaires couplée à la faible décentralisation du pouvoir de décision en matière d’octroi de financement, freinerait donc l’élan de l’accès au crédit et la couverture plus large des TPME existantes. Une offre d'accompagnement à étoffer pour les TPME Différents programmes ont été mis en place pour accompagner le développement des TPME. C’est le cas du programme Ana Moukawil, qui accompagne les unités informelles, les TPE et les autoentrepreneurs dans leur for- malisation et leur gestion, princi- palement à travers des services en ligne. Il y a aussi le programme Nawat, qui soutient les TPE et autoentrepreneurs en matière de montage de projets et d’encadre- ment technique. Le programme Intelaka a, pour sa part, permis de financer 58.368 projets pour un montant de 39 milliards de dirhams, tandis que Forsa a finan- cé 11.200 projets en 2023. «L’expérience marocaine en matière de garanties publiques doit également être évoquée et saluée, car depuis que le gouver- nement a renforcé le système de garanties de crédits bancaires, nous avons constaté une aug- mentation significative des finan- cements accordés aux TPME, à hauteur de 40 à 45% du total des crédits octroyés à l’ensemble des banques marocaines» , note Doumou. Pour autant, le rapport 2025 du Conseil économique, social et environnemental (CESE) souligne certaines limites structurelles qui entravent l’efficacité des dispo- sitifs et programmes d’appui mis en place. Il mentionne notamment la fragmentation des structures
Une charte pour un écosystème plus
performant dédiée aux TPE a été mise en place.
Crédit - Fonds propres - Dettes d’associés Les équilibres fragiles du financement des TPME L La dette auprès des associés et les fonds propres arrivent en tête des sources de financement de la TPME en 2024, avec des parts respectives de 30,7% et 28,7%. Par J. M. ’
accès au financement est un enjeu majeur pour la pérennité et la compétitivité des entreprises, et plus encore pour les petites structures. Selon les données de l'Observatoire marocain de la TPME (OMTPME), 380.230 entre- prises personnes morales actives (EPMA) ont été enregistrées en 2024, dont 329.242 microentre- prises, 28.247 TPE et 16.951 PE. La répartition des sources de financement des TPE a montré que la dette auprès des asso- ciés vient en tête pour la période allant de 2017 à 2024. Elle aurait représenté 30,7% de leur passif en 2024, en hausse de 0,9 point par rapport à 2023. Vient ensuite le financement par fonds propres avec une part estimée à 28,7%.
Avec un passif du bilan principale- ment composé de fonds propres et de dettes auprès des asso- ciés, la mobilisation du capital demeure un réel enjeu de crois- sance. En effet, bien que moins contraignantes, ces ressources financières présentent des limites du fait de leur faible volume et de leur durée limitée dans le temps. Parallèlement, les données de l’Observatoire présentent un encours de crédit bancaire octroyé aux EPMA réparti à 15,7% pour la microentreprise, 4,3% pour la TPE, 10,8% pour la PE et 10,4% pour la ME en 2024, soit un total de 41,2%. Les grandes entreprises concentrent la part la plus importante avec un taux de 58,8%.
La répartition géographique de l’encours du crédit octroyé montre, pour sa part, que les entreprises opérant dans la région de Casablanca-Settat, représentant 38,7% de l’effec- tif total des entreprises étudiées, ont bénéficié en 2024 de 60,2% de l’encours total des crédits alloués. Celles situées dans la région de Rabat-Salé-Kénitra, représentant 14,8% de cet effec- tif, ont bénéficié quant à elles de 20,6% de cet encours contre 19% en 2023. Selon l’économiste Khalid Doumou, «le financement bancaire de la TPME marocaine est insuffisamment décentralisé, ce qui alourdit les délais de prise de décision lorsque les dossiers retenus au niveau local doivent
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de demande de financement, accompagnement durant tout le cycle de vie, y compris la phase pré-création, et financement des besoins de fonctionnement et d’investissement sera proposée pour la très petite entreprise. L’offre de garantie, quant à elle, sera étoffée par Tamwilcom qui s’engage à mettre à la disposition des établissements de crédit et des IMF une offre diversifiée et adaptée aux besoins de finance- ment des TPE, tout en fluidifiant davantage son utilisation. Un scoring national du crédit dédié à ce segment sera mis en place dès début 2026. L’ensemble de ces engagements seront suivis et évalués par un comité TPE institué par la charte. Ce comi- té aura la charge d’assurer la coordination entre les différentes parties prenantes et de produire un reporting régulier des réalisa- tions. ◆
concernées et la priorité donnée à la création plutôt qu’au suivi post-création. De plus, l’accès au financement peut s’avérer inégal, en raison de critères d’éligibilité restrictifs et d’un taux de rejet élevé des dossiers, en particulier pour les auto-entrepreneurs, les artisans et les microentreprises. Les établissements de crédit auraient également tendance à concentrer les services spé- cialisés au niveau des grandes entreprises, avec notamment des conseils d’experts, négligeant ainsi le rôle crucial que peut avoir cette offre pour les TPME. «Vous avez sûrement entendu parler de la clientèle grands comptes qui reçoit tous les égards, et une large panoplie de services et de conseils d’experts desti- nés à maximiser les processus de croissance interne ou externe des grands groupes marocains, au travers de banques d’affaires
spécialisées dans les études de marchés et la prospective. Par contre, la PME marocaine navigue souvent à vue, et ne bénéficie pas de suffisamment d’insights pour faire de bons choix opérationnels ou stratégiques à moyen et long terme», explique Doumou. Toutefois, la poursuite du chantier d’accompagnement et d’amélio- ration du tissu productif national a franchi une nouvelle étape tout récemment, avec la charte rela- tive au financement et à l’accom- pagnement des TPE qui donne ainsi le ton pour l’instauration d'un écosystème mieux pensé. Elle a été signée en décembre dernier entre le ministère de l’Economie et des Finances, le ministère de l’Investissement, de la Convergence et de l’Evaluation des politiques publiques, Bank Al-Maghrib, Tamwilcom, Maroc PME, le Groupement profes- sionnel des banques du Maroc
Selon le CESE, l’accès au financement peut s’avérer inégal, en raison de critères d’éligibilité restrictifs et d’un taux de rejet élevé des dossiers, en particulier pour les auto-entrepreneurs, les artisans et les microentreprises.
GPBM), la Fédération nationale des associations de microcrédit (FNAM), la Confédération géné- rale des entreprises du Maroc (CGEM) et la Fondation maro- caine pour l’éducation financière (FMEF). Cette charte prévoit des efforts concrets des banques, des ins- titutions de microfinance et Tamwilcom pour renforcer l’offre de crédit et de garantie adaptée aux besoins spécifiques de la TPE. Une approche intégrée com- binant digitalisation du parcours
Les recommandations de l’économiste Khalid Doumou
Pour répondre aux allégations sou- vent mentionnées de mauvaise foi de certains emprunteurs malintention- nés, Doumou préconise que «le suivi des dossiers qualifiés par un système d’octroi de crédits à taux préférentiels et d’un d’accompagnement entrepre- neurial structuré sur le moyen terme, soit adossé à un système de sanctions, en cas de fraude ou de manquement flagrant aux responsabilités contrac- tuelles des emprunteurs. Aussi, il faudrait créer plus de banques de proximité capables d’évaluer la soli- dité financière des TPME en demande
de financement de croissance interne, grâce à des mécanismes de prises de décision au niveau local, car les banques virtuelles de dernière généra- tion sont moins bien armées que les banques traditionnelles en matière d’analyse des demandes de crédit et d’évaluation des risques encourus par les organismes prêteurs. Il est également très important de pouvoir s’adresser à des conseillers bancaires aguerris et perspicaces. D’autre part, pour que les TPME puissent surperformer au niveau infra- national (régions, préfectures, provinces et communes), il faut que celles- ci puissent disposer de mécanismes de financement et de taxation sur-mesure, au moins pendant le délai de démarrage réel de l’activité de l’entreprise. Les PME prometteuses trouvent les moyens de se financer par le biais de levées de fonds, mais beaucoup de PME familiales ne dis- posent pas de l’expertise financière nécessaire à leur mise à l’échelle, par des montées en charge, en gamme et en cadence. Par ailleurs, il existe une forme de financement qui intéresse de nom- breuses entreprises : le debt investing ou financement de la dette, qui per- met de retourner la situation d’entreprises en difficulté mais continuant d’exercer dans un environnement concurrentiel favorable. Enfin, les entreprises clientes des banques doivent faire jouer la concur- rence bancaire pour pouvoir bénéficier des meilleurs taux du marché».
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donc moins à mettre au crédit d’un renversement de tendance, que plus à une correction tech- nique et une modification des anticipations monétaires. Des voyants toujours au vert en 2026 Pour de nombreux analystes, l’année 2026 devrait voir le prix de l’or s’inscrire dans une ten- dance haussière, mais dans des proportions moins specta- culaires que l’année 2025. La Banque mondiale tablait déjà, dans son édition du Commodity Markets Outlook d’octobre der- nier, sur une hausse de 5% du prix de l’once en 2026, sachant que le prix à fin décembre 2025 avait atteint les 4.500$. Plus récemment, les analystes de JPMorgan ont relevé leur pré- vision du prix de l’or pour fin 2026 à 6.300 dollars l’once, et ce malgré la chute observée en fin janvier. «À ce stade, les fondamentaux de long terme ne plaident pas en faveur d’une rupture structu- relle. La demande des Banques centrales reste soutenue, la diversification des réserves hors Dollar se poursuit et l’or conserve son rôle de valeur refuge dans un environnement géopolitique toujours instable. Plusieurs grandes institutions financières maintiennent d’ail- leurs des scénarios haussiers à moyen terme, avec des projec- tions supérieures à 6.000 dollars l’once à l’horizon 2026, malgré la correction actuelle» , analyse Benchekroun. En effet, les quantités d’or ache- tées par les Banques centrales ont atteint des sommets. Depuis 2022, les achats d’or dépassent les 1.000 tonnes par an, soit plus du double de la moyenne de la décennie précédente. Et dans cette stratégie de diversifi- cation des réserves de change, l’argent et certaines devises internationales complètent le panier de valeurs refuges accu- mulé par les Banques centrales. C’est le cas notamment du Franc suisse et du Yen japonais qui se sont appréciés ces der- niers mois. ◆
L'or a subi un revers important après des sommets historiques.
Matières premières L'or, du mouvement haussier à la correction
En un an, le cours du métal jaune est passé de 2.700$ à près de 5.400$ l’once, avant de décrocher fin janvier. Pour de nombreux spécialistes, l’or pourrait dépasser la barre des 6.000$ l’once en 2026. Par J. M.
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or n’est pas à son premier coup d’éclat. Après la crise de 2008, son cours avait déjà atteint des niveaux record. Puis, pendant la crise sanitaire, il a franchi un nouveau palier, atteignant les 2.000$ l’once. Les différentes guerres, l’inflation et l’arrivée de Donald Trump aux affaires et ses taxes commerciales ont nourri l’incertitude régnante dans l’activité économique et financière mondiale. Le prix de l’once d’or est passé de 2.700$ à près de 5.400$ en l’espace d’un an. Cependant, le métal jaune a subi un revers important cette fin du mois de janvier. Après
des accélérations rapides vers des niveaux record, l’once a perdu près de 9% de sa valo- risation. Une chute brutale qui a vu le cours repasser sous les 4.800$. Il s’agirait de la baisse la plus importante observée depuis plusieurs décennies sur un laps de temps aussi court. Selon Mohammed Benchekroun, économiste et professeur universitaire, « cette correction s’inscrit d’abord dans un contexte de marché devenu excessivement tendu. La hausse de l’or ces derniers mois avait pris une trajectoire quasi parabolique, nourrie par des anticipations très favorables sur les taux, la géopolitique et la demande institutionnelle. Une telle dynamique rend le marché vulnérable au moindre choc. La révision des anticipations de
politique monétaire américaine, perçue comme moins accom- modante que prévu, a renforcé le Dollar et provoqué un réa- justement brutal des positions spéculatives sur les métaux pré- cieux». Et de préciser qu’« à ce facteur macroéconomique s’est ajou- tée une dimension purement technique. L’augmentation des appels de marge sur les mar- chés à terme a contraint de nombreux opérateurs à liqui- der leurs positions, accentuant mécaniquement la pression vendeuse. Le mouvement s’est alors auto-alimenté, transfor- mant une prise de bénéfices classique en correction violente, dans un climat de forte volatilité et de faible profondeur de mar- ché». La baisse enregistrée serait
Les analystes de JPMorgan ont relevé leur prévision du prix de l’or pour fin 2026 à 6.300 dollars l’once, et ce malgré la chute observée en fin janvier
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