BOURSE & FINANCES
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 FÉVRIER 2026
Informalité au Maroc Quand la fiscalité devient un levier d’inclusion iscalité et économie informelle au
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et accentuer la défiance vis-à-vis de l’administration fiscale. Autrement dit, accroître la pression fiscale ne signifie pas nécessairement améliorer l’effica- cité de la collecte des recettes. Pourquoi la formalisation reste peu attractive ? Si l’économie informelle persiste, ce n’est pas uniquement par rejet de l’im- pôt. La formalisation est souvent perçue comme un processus coûteux, complexe et risqué. Pour un petit commerçant ou un travailleur indépendant, entrer dans le secteur formel implique de s’acquitter de la TVA, de déclarer ses revenus à l’impôt sur le revenu, de gérer des obli- gations comptables et de supporter des charges sociales supplémentaires. Or, dans la pratique, moins de 20% des tra- vailleurs informels bénéficient effective- ment d’une couverture sociale. Tant que la formalisation ne s’accompagne pas de contreparties tangibles — telles que la protection sociale, l’accès au crédit ou une plus grande stabilité juridique — elle reste peu attractive pour une large partie des acteurs concernés. TVA, IR et sentiment d’injustice fiscale La fiscalité indirecte, notamment la TVA, cristallise une grande partie des ten- sions. Au Maroc, la TVA représente près de 30% des recettes fiscales, mais une part importante des transactions informelles échappe totalement à ce prélèvement. Résultat : les entreprises formelles sup- portent une charge fiscale plus lourde, ce qui crée une distorsion de concur- rence. Du côté de l’impôt sur le revenu, l’asy- métrie est tout aussi marquée. Les sala- riés, prélevés à la source, contribuent de manière visible, tandis que de nombreux indépendants restent hors du champ fiscal. Cette situation alimente un sen- timent d’injustice fiscale, qui fragilise l’acceptabilité de l’impôt et la confiance
Maroc : taxer plus ou intégrer mieux ? Au Maroc, l’économie informelle n’est pas un phénomène marginal. Elle consti- tue une réalité économique et sociale majeure, à la fois source de revenus pour des millions de personnes et défi structurel pour les finances publiques. Selon les estimations, l’économie infor- melle représenterait entre 20% et 30% du PIB et concernerait plus de 60% de l’emploi non agricole. Face à ce poids considérable, une ques- tion centrale s’impose : faut-il renforcer la pression fiscale ou repenser l’inté- gration de ces acteurs dans le système formel ? Fiscalité coercitive : une efficacité limitée sur le terrain Pour l’État, l’enjeu est clair : élargir l’as- siette fiscale afin de sécuriser les recettes publiques. Aujourd’hui, moins de 30% de la population active contribuent régu- lièrement à l’impôt sur le revenu, tandis qu’une grande partie de l’activité écono- mique échappe à toute taxation. La réponse la plus immédiate face à l’am- pleur de l’économie informelle consiste souvent à renforcer les contrôles et les sanctions fiscales. Toutefois, cette
Par Houda Zouirchi, Professeure à HEC Rabat Business School, affiliée au Centre de recherche en sciences de l’économie et de gestion CReSC.
approche révèle rapidement ses limites. Dans la réalité, près de 80% des uni- tés informelles correspondent à de très petites activités, souvent familiales, caractérisées par des revenus instables et une faible capacité contributive. Leur imposer brutalement des obligations fis- cales peut entraîner la disparition pure et simple de certaines activités, pous- ser d’autres acteurs à se replier vers une informalité encore plus opaque,
Au Maroc, la TVA représente près de 30% des recettes fiscales.
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