ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 FÉVRIER 2026
Iran-USA Le choc énergétique qui inquiète Rabat
La répression sanglante de la contestation sociale en Iran a replacé Téhéran au centre des tensions internationales. Acculé par une crise de légitimité sans précédent depuis 1979, le régime des mollahs durcit son discours, accuse l’étranger et agite la menace d’un embrasement régional. Face à lui, Washington brandit la dissuasion militaire et appelle à la négociation. Pour des pays importateurs d’énergie comme le Maroc, très dépendants des marchés internationaux, un conflit irano-améri- cain se traduirait par un renchérissement immédiat de l’énergie, une pression accrue sur les équilibres budgétaires et monétaires et, in fine, un choc sur le pouvoir d’achat, ravivant des vulnérabilités économiques et sociales déjà sensibles.
L
Par D. William
a répression sanglante du mou- vement de contestation de jan- vier a remis l’Iran au centre du jeu international. Internet coupé, arrestations massives et des mil- liers de morts selon les ONG : le régime des mollahs a répondu à une colère sociale née du coût de la vie par les balles. A Téhéran, la contestation est désormais assimilée à un «coup d’Etat», les manifestants à des agents de l’étranger et toute critique occidentale à une agression. Le guide suprême Ali Khamenei n’a laissé aucune ambiguïté en fus- tigeant les protestataires et en accusant les Etats-Unis et Israël d’orchestrer les troubles. Cette rhétorique s’est durcie depuis que le régime, confronté à une crise de légitimité interne sans
précédent depuis 1979, est sorti affaibli de la guerre de juin 2025. La brutalité du régime a ravivé les tensions avec Washington, déjà latentes depuis des décen- nies, et accéléré un engrenage diplomatique et militaire aux répercussions bien au-delà des frontières iraniennes. Face aux Etats-Unis, Téhéran joue un double jeu. D’un côté, menaces de «guerre régionale», exercices navals dans le détroit d’Ormuz et mise en alerte maxi- male des forces armées. De l’autre, messages transmis par des médiateurs régionaux, décla- rations sur la possibilité d’un cadre de négociations et gestes ponctuels comme la libération sous caution d’Erfan Soltani, symbole de la révolte iranienne. Cette stratégie est le signe d’un pouvoir coincé entre la peur de la confrontation directe et le besoin de se montrer inflexible aux yeux de ses soutiens et de ses bases idéologiques. A Washington, Donald Trump alterne lui aussi menace et ouver-
ture, avec un déploiement naval massif dans le Golfe, des aver- tissements répétés, mais égale- ment un discours insistant sur la recherche d’un accord. Cette posture du président américain vise autant à dissuader qu’à tes- ter la solidité du régime iranien. Les Etats-Unis exigent, entre autres, un arrêt du programme nucléaire et des concessions sur les missiles balistiques, alors que Téhéran refuse toute discussion sur ces points. Le fossé reste béant. Par ailleurs, sur le plan diploma- tique, les mollahs se retrouvent de plus en plus isolés. L’alignement de l’UE sur la position améri- caine concernant les Gardiens de la Révolution, considérés désormais comme organisation terroriste, marque un tournant. En réponse, l’Iran a convoqué lundi dernier les ambassadeurs européens en poste à Téhéran, déclaré les armées de l’UE comme «groupes terroristes» et multiplié les slogans hostiles au Parlement.
Même des pays traditionnel- lement prudents réclament désormais des «concessions majeures» et un changement de posture. Cette pression exté- rieure nourrit la paranoïa du pou- voir, mais elle réduit aussi ses marges de manœuvre.
Economie mondiale sous tension
Les marchés restent évidem- ment sensibles à ces tensions géopolitiques. Il faut rappeler que le détroit d’Ormuz demeure l’un des points névralgiques de l’économie mondiale. En effet, ce couloir maritime stratégique, situé entre l’Iran et le sultanat d’Oman, fait le lien entre les pro- ducteurs d’hydrocarbures du Moyen-Orient et les marchés asiatique, européen et américain. Selon les derniers chiffres de l’AIE, y transitent environ 21 mil- lions de barils de pétrole par jour, soit l’équivalent de presque 20% de la consommation mondiale de liquides pétroliers. De même, environ un tiers du commerce
Selon les derniers chiffres de l’AIE, environ 21 millions de barils de pétrole transitent par jour par le détroit d’Ormuz, soit l’équivalent de presque 20% de la consom- mation mondiale de liquides pétroliers.
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