FNH N° 1224

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 FÉVRIER 2026

Comment le Maroc peut amortir la tempête géopolitique Très exposé à une flambée des prix de l’énergie en cas d’escalade entre Washington et Téhéran, le Maroc dispose de leviers pour en limiter l’impact, mais ses marges de manœuvre sont réduites.

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ace au risque d’un choc pétrolier provoqué par une escalade entre Washington et Téhéran, le Maroc

n’est pas totalement dému- ni, mais ses marges de réaction restent étroites. La première ligne de défense passe par l’énergie. De l’avis de Mohamed Boiti, «accélérer la diversification du mix énergétique appa- raît comme une priorité, notamment à travers la fina- lisation des interconnexions électriques avec l’Europe et l’Afrique de l’Ouest. Ces

iranien. Khamenei l’a dit sans détour. «Les Etats-Unis doivent savoir que s’ils lancent une guerre contre l’Iran, cette guerre sera régionale» , a-t-il déclaré. Les alliés et proxies de l’Iran, du Liban au Yémen, deviendraient des acteurs indirects du conflit. Les bases américaines, les voies maritimes et les Etats du Golfe seraient exposés. La stabilité relative retrouvée après des années de crises successives serait balayée. Un conflit USA-Iran aura ainsi for- cément un coût humain et éco- nomique considérable, redessi- nerait les alliances et pèserait durablement sur l’économie mondiale. A ce titre, Mohamed Boiti identifie trois facteurs qui risquent d’amplifier la transmis- sion inflationniste. Le premier concerne la sensibilité accrue des chaînes logistiques. « Les chaînes d'approvisionne- ment mondiales sont extrême- ment sensibles aux coûts élevés du transport maritime et logis- tique. Selon les estimations de  Le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce énergétique mondial, reste au cœur des inquiétudes en cas d’escalade militaire au Moyen-Orient.

 Les tensions entre l’Iran et les USA font de nouveau craindre un choc pétrolier majeur.

mondial de GNL transite par le détroit. Un conflit ouvert USA-Iran, ou même une escalade limitée, perturberait immédiatement les flux énergétiques, renchérirait les coûts de transport et ravi- verait l’inflation dans des éco- nomies déjà fragilisées. « Toute perturbation du transit, même temporaire, se traduirait par un choc immédiat sur l’offre et les prix. En effet, lors de tensions passées (menaces iraniennes, attaques de pétroliers), les prix ont souvent bondi de 15 à 30% en quelques jours. Aujourd’hui, avec des réserves stratégiques réduites (après les releases post- Ukraine) et une demande mon- diale toujours robuste, l’ampli- tude pourrait être plus forte», analyse Mohamed Boiti, doc- teur en sciences de gestion et expert en transition énergétique et décarbonation. Au-delà de l’énergie, c’est l’en- semble du Moyen-Orient qui serait entraîné dans une spirale en cas de conflit américano-

projets permettraient de mutualiser les pics de demande» et de réduire la vulné- rabilité du pays aux soubresauts des mar- chés internationaux. Encore faut-il trouver des solutions opérationnelles, notamment pour relancer certains projets en suspens, à l’image de Xlinks, suggère-t-il. Dans le même esprit, il évoque la mise en place d’un «fonds de stabilisation éner- gétique». Inspiré de modèles existants (norvégien en l’occurrence), ce méca- nisme permettrait, selon lui, de « capi- taliser sur les réserves actuelles afin d’amortir les chocs pétroliers futurs» . Une telle approche offrirait à l’Etat un coussin financier, évitant des ajustements budgé- taires brutaux à chaque crise énergétique. La gestion des importations constitue un autre levier. «Le recours à des contrats à terme sur le pétrole, assortis de clauses d’ajustement progressif, permettrait de lisser les variations de prix et de réduire l’exposition aux hausses soudaines» , recommande Boiti, tout en précisant que, parallèlement, la réforme des subventions demeure incontournable. «Le passage de mécanismes généralisés, comme ceux liés au butane, à des transferts moné- taires ciblés offrirait une meilleure pro- tection aux ménages vulnérables tout

en allégeant la pression sur les finances publiques» , note-t-il. Enfin, sur le plan financier, il préconise l’activation des clauses de sauvegarde dans les accords avec le FMI afin de débloquer rapidement des financements d’urgence en cas de choc pétrolier majeur. Au-delà du cas marocain, conclut Boiti, «un conflit USA-Iran, même limité, crée- rait un choc stagflationniste mondial, met- tant fin prématurément aux cycles de resserrement monétaire et forçant les Banques centrales à un périlleux exercice d’équilibre. Pour le Maroc, les marges de manœuvre existent, mais elles sont étroites et coû- teuses. Le pays devra prioriser la protec- tion sociale et l’accélération de sa souve- raineté énergétique pour éviter une crise socioéconomique. La transition vers les renouvelables (52% d'ici 2030) n'est plus un objectif environnemental, mais une condition de souveraineté économique face aux chocs exogènes. La communauté internationale, notam- ment l’UE, aurait intérêt à soutenir finan- cièrement les partenaires stables comme le Maroc pour préserver la sécurité régio- nale et éviter une contagion des instabi- lités». ◆

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