ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 FÉVRIER 2026
ciale, accentuerait la pression sur les réserves de change et alour- dirait le déficit budgétaire via le mécanisme de compensation. Or, avec une dette publique avoi- sinant 70% du PIB, les marges budgétaires sont étroites. Une hausse des subventions éner- gétiques de 6 à 8 milliards de dirhams obligerait l’Exécutif à arbitrer entre austérité, au risque de tensions sociales, et endette- ment supplémentaire, avec une prime de risque plus élevée» , explique Mohamed Boiti. Non sans préciser que «sur le plan monétaire, Bank Al-Maghrib, qui a maintenu son taux directeur à 2,25% pour soutenir la crois- sance, pourrait être contrainte de durcir sa politique face à une inflation importée plus forte». Une décision qui, poursuit-il, «pèserait sur l’investissement privé et le crédit, avec une infla- tion pouvant atteindre 3 à 3,5% en 2026» . A cela s’ajoute une vulnérabi- lité structurelle : près de 40% de l’électricité nationale reposent encore sur le charbon importé, dont les prix suivent ceux du pétrole avec un décalage de six à neuf mois, créant un double choc énergétique, fait savoir notre source. C’est dire que si le Maroc a réalisé des avancées notables dans les énergies renouvelables, le basculement reste insuffisant pour amortir un choc brutal. «Une flambée des prix de l’éner- gie se répercuterait sur le pou- voir d’achat, notamment via le transport et l’alimentation, avec des risques de tensions sociales rappelant des épisodes passés. En cas de perturbation modé- rée du détroit d’Ormuz sur trois mois, l’inflation pourrait grimper à 3-3,5% en 2026 (contre 1,3% prévue initialement) et la crois- sance reculer autour de 3,8% (vs 4,4%). Un choc sévère de six mois ferait basculer l’économie dans un scénario bien plus déli- cat, avec une inflation dépassant 5%, une croissance inférieure à 2% et la nécessité probable d’un appui extérieur, notamment via une ligne préventive du FMI» , conclut Boiti. ◆
Le Maroc serait en première ligne face à un choc pétrolier, avec des effets directs sur l’inflation, les finances publiques et le pouvoir d’achat des ménages.
l'OCDE (2025), une hausse de 30% du coût de transport se traduirait par un bond de +1,2 à +1,8 pp d'inflation dans les 6-9 mois suivants» , fait-il savoir. Le second élément a trait à l’in- dexation implicite, d’autant que, selon notre interlocuteur, «avec la libéralisation des économies, un choc pétrolier entraîne sou- vent une hausse des prix et, par conséquent, une baisse du pouvoir d’achat. Ce qui risque de relancer les revendications salariales et donc les coûts des entreprises. Sans une interven- tion de l’État, la spirale inflation- niste s’installe dans l’économie» . Enfin, le troisième facteur qui pourrait favoriser la diffusion des pressions inflationnistes se nourrit de la fragmentation géo- graphique des marchés énergé- tiques. En effet, pour Mohamed Boiti, «l'Europe dépend désor- mais du GNL américain et qatari (dont les prix différents restent indexés sur le pétrole), alors que l'Asie reste tributaire du pétrole oriental. Cette dualité empêche
complexe que la Fed dispose de leviers plus importants que la BCE, confrontée à de fortes divergences internes, notam- ment en Italie ou en Espagne» . Dès lors, ajoute-t-il, «le scénario qui se dessine est celui d’une «stagflation light», avec crois- sance ralentie et inflation per- sistante. Un blocage partiel du détroit d’Ormuz sur moins de trois mois pourrait ainsi provo- quer une hausse de l’inflation mondiale de 150 à 250 points de base». C’est précisément ces pertur- bations de l’économie mondiale que tous les protagonistes disent vouloir éviter, tout en s’en rap- prochant à force de menaces, de calculs politiques et d’orgueil idéologique. Quid du Maroc ? Les pays émergents impor- tateurs d’énergie, à l’instar du Maroc, sont bien évidemment très exposés à un choc énergé- tique éventuel lié à un conflit au Moyen-Orient, qui pourrait créer une nouvelle vague de vulnéra- bilités économiques et sociales. Pour le Royaume, pays forte- ment dépendant des importa- tions énergétiques (près de 90% de ses besoins), l’impact serait immédiat. «Un choc pétrolier aggraverait la balance commer-
toute coordination efficace des politiques énergétiques à l'échelle mondiale et amplifie les asymétries de transmission du choc selon les régions» . C’est dire qu’au niveau mon- dial, tout choc énergétique se diffuserait rapidement aux éco- nomies avancées, qui sortent à peine de cycles de resserrement monétaire prolongés. La hausse des coûts de transport renché- rirait les prix des biens et ser- vices, tandis que l’augmentation des coûts de production dans des secteurs comme la chimie, les engrais ou les métaux exer- cerait une pression directe sur l’agroalimentaire et l’industrie. «A cela s’ajouteraient des effets de second tour via les salaires, notamment dans des marchés du travail encore tendus comme aux Etats-Unis» , souligne Boiti, précisant qu e «les Banques cen- trales se retrouveraient dans une situation paradoxale» . En effet, explique-t-il, «après des hausses de taux historiques, leurs marges de manœuvre sont réduites : relever à nouveau les taux pour contenir l’inflation risquerait de casser la croissance et d’aggra- ver le chômage. A l’inverse, tolé- rer un dépassement durable de l’objectif d’inflation entamerait leur crédibilité ». Et d’ajouter que «cette équation est d’autant plus
En cas de perturbation modérée du détroit d’Ormuz sur trois mois, l’inflation au Maroc pourrait grimper à 3-3,5% en 2026 (contre 1,3% prévue initialement) et la croissance reculer autour de 3,8% (vs 4,4%), selon Mohamed Boiti.
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