FNH N° 1224

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 FÉVRIER 2026

Marché du travail Des fragilités structurelles

tion de sous-emploi contre 1,08 million un an plus tôt. Le taux correspondant passe de 10,1% à 10,9%, touchant davantage le milieu rural (12,2 à 13,2%), mais gagnant aussi du terrain en zone urbaine (8,9 à 9,6%). Cette hausse concerne aussi bien le sous-emploi lié à la durée du travail que celui résultant de l’insuffisance des revenus ou de l’inadéquation entre formation et emploi. Tous les secteurs sont concernés, avec une intensité particulière dans les BTP (19,6 à 21,7%), où plus d’un actif occupé sur cinq est en situation de sous- emploi. Ces chiffres montrent que la création d’emplois ne rime pas systématiquement avec améliora- tion de la qualité du travail. Au-delà des indicateurs conjonc- turels, la structure de l’emploi demeure fragile. Au total, 46,4% des actifs occupés n’ont aucun diplôme, plus de 12% exercent un emploi occasionnel ou saisonnier et moins d’un tiers bénéficient d’une couverture médicale liée à l’emploi. La contractualisation reste limitée, notamment dans l’agriculture et les BTP, où le tra- vail informel demeure largement dominant. La géographie du chômage révèle, elle aussi, des déséqui- libres persistants. Certaines régions, comme l’Oriental ou les provinces du Sud, affichent des taux de chômage supérieurs à 22%, tandis que d’autres, telles que Marrakech-Safi (8,1%) ou Drâa-Tafilalet (8,4%), s’en sortent mieux. Au final, les chiffres de 2025 montrent un marché du travail marocain en légère amélioration sur le plan quantitatif, mais tou- jours fragile sur le plan qualitatif. La baisse du chômage, réelle mais modeste, ne suffit pas à compen- ser la montée du sous-emploi, la persistance du chômage des jeunes et la faiblesse relative de l’intégration des femmes au mar- ché du travail. L’enjeu est désormais de créer des emplois stables, décents et productifs, capables d’absorber une jeunesse de plus en plus nombreuse à vouloir intégrer le monde professionnel. ◆

Le taux de chômage est passé de 13,3 à 13% au niveau national entre 2024 et 2025. Mais derrière cette amélioration, se cache une réalité plus contrastée marquée par des fragilités structurelles persistantes, un chômage des jeunes qui s’aggrave et une montée préoccupante du sous-emploi.

Par D. William

 Le BTP a contribué à la création de 64.000 postes d’emploi en 2025.

A

première vue, les chiffres du mar- ché du travail au Maroc en 2025 pourraient prêter à l’optimisme. En effet, selon le haut-commissa- riat au Plan, le taux de chômage recule légèrement, passant de 13,3 à 13% à l’échelle nationale. Le nombre de chômeurs diminue de 17.000 personnes pour s’éta- blir à 1,62 million. L’économie nationale a, dans le même temps, créé 193.000 emplois nets, un résultat nettement supérieur à celui de l’année précédente. Mais cette création nette de postes est essentiellement urbaine. Les villes concentrent à elles seules 203.000 nouveaux emplois, tan- dis que le milieu rural continue de perdre des postes (-10.000). Cette dichotomie illustre une fois de plus la vulnérabilité de l’em- ploi rural, fortement dépendant de l’agriculture, un secteur qui a détruit 41.000 emplois sur un an,

notamment en raison des aléas climatiques et de la persistance du stress hydrique. Les secteurs moteurs de l’em- ploi sont clairement identifiés : les services arrivent en tête avec 123.000 créations, suivis des BTP (64.000) et de l’industrie (46.000). Cette configuration confirme l’orientation progressive de l’éco- nomie marocaine vers des activi- tés urbaines, marchandes et rela- tivement plus formelles, mais elle accentue aussi le décrochage du monde rural, où l’emploi demeure précaire et faiblement productif. Par ailleurs, la baisse globale du taux de chômage masque de fortes disparités. Les hommes bénéficient d’un recul sensible du chômage (11,6 à 10,8%), tan- dis que la situation des femmes se dégrade nettement. Leur taux de chômage grimpe de 19,4% à 20,5%, confirmant les difficultés persistantes d’insertion profes- sionnelle féminine, en particulier en milieu urbain. Plus préoccupant encore, le chômage des jeunes âgés de 15

à 24 ans poursuit sa progres- sion, passant de 36,7% à 37,2%. Autrement dit, plus d’un jeune actif sur trois est sans emploi. Cette évolution tranche avec l’amélioration observée chez les autres tranches d’âge et sou- ligne l’ampleur du décalage entre le système de formation et les besoins réels du marché du tra- vail. Chez les diplômés, le chômage recule légèrement, mais demeure à un niveau élevé (19,1%). Cette persistance confirme que le diplôme, s’il protège davantage que l’absence de qualification, ne constitue plus une garantie suffi- sante contre le chômage, notam- ment pour les primo-demandeurs d’emploi, dont la part avoisine désormais 53% des chômeurs. Le sous-emploi, l’angle mort des statistiques Si le chômage recule margina- lement, le sous-emploi, lui, pro- gresse de manière significative. En 2025, près de 1,19 million de personnes se trouvent en situa-

Plus préoccupant encore, le chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans poursuit sa progression, passant de 36,7% à 37,2%.

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