FNH N° 1224

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 FÉVRIER 2026

Défaillances d’entreprises Un risque concentré sur les 300.000 sociétés zombies

(+31%) ou la distribution de par- fums (+29%).

F. N. H. : Comment jugez- vous les programmes lancés par le gouvernement pour accompagner les entre- prises. Ont-ils donné les effets escomptés ? A. D. : Ce que je peux dire à ce stade, c’est que les maillons «accompagnement + financement» sont essentiels pour accroître de manière substantielle le taux de survie pendant les 5 premières années. Car, concrètement, le por- teur de projet, avant la création juridique de l’entreprise, a besoin d’une revue critique de son busi- ness plan : étude concurrentielle, adéquation de son produit/ service au marché, besoin de financement (BFR, investissements). Ensuite, il a besoin d’un financement complé- mentaire à ses capitaux propres, apporté par les banques dans le cadre de programmes étatiques de soutien. On ne peut évidemment que soutenir ce type d’efforts. F. N. H. : Certains entrepre- neurs déclarent faillite pour échapper à leurs engage- ments envers les impôts et la sécurité sociale. Ce phéno- mène ne fausse-t-il pas les données sur les défaillances d’entreprises au Maroc ? A. D. : Le vrai risque n’est pas ces entreprises en faillite. Elles sont identifiées comme telles et sont «flaguées» dans nos bases de don- nées. Le risque est plutôt concentré sur les sociétés fantômes ou zom- bies, toujours actives en théorie (pas de défaillance, pas de chiffres d’affaires, paiement d’un minimum d’impôts) mais qui n’émettent pas de signaux faibles : aucun bilan déposé depuis des années, aucun événement juridique négatif. Bref, une parfaite coquille vide. La DGI en décèle plus de 300.000. Et les risques sont nombreux pour les entreprises qui contractent avec ces fantômes, notamment à travers un fort risque d’impayés. Et mine de rien, on parle de 1 entreprise active sur 3, ce qui est énorme. Il est donc important d’avoir la bonne information grâce à un data provider comme Inforisk. ◆

Ces sociétés fantômes représentent un risque élevé pour les autres entreprises, particulièrement au niveau des impayés. Entretien avec Amine Diouri, directeur produits, études et communication chez Inforisk.

Propos recueillis par C. Jaidani

Finances News Hebdo : Après plusieurs années de crois- sance, les défaillances d’en- treprises ont connu une dimi- nution en 2025. A quoi est due cette évolution ? Amine Diouri : Tout d’abord, le contexte macroéconomique maro- cain en 2025 a été particulière- ment favorable à nos entreprises. Beaucoup d’indicateurs sont au vert : croissance du produit inté- rieur brut marocain de 5%, un niveau de pluviométrie en début et en fin d’année 2025 qui a favorisé la croissance agricole, 20 millions de touristes l’année dernière qui ont porté tout le secteur touristique (hôtels, restaurants, transport, location de véhicules…), un pétrole peu cher aux alentours de 60 dol- lars. Ces indicateurs ont favorisé des secteurs comme l’industrie, le transport…, sans oublier une inflation faible à 0,8% seulement qui encourage la consommation des ménages. Ajoutons à cela des facteurs conjoncturels comme la CAN 2025 et la préparation de la Coupe du monde 2030, qui ont dopé les investissements publics et irrigué des secteurs comme le BTP. Et tout cela, indépendamment du contexte international 2025 chao- tique, avec une croissance faible de nos partenaires européens, une guerre commerciale enclenchée par les Etats-Unis avec le reste du monde... Ensuite, le climat des affaires s’est également amélioré et a participé à l’euphorie géné- rale : hausse des crédits bancaires de plus de 6%, amélioration des délais de paiement. Sur ce der- nier point et comme l’a montré

Inforisk dans son étude sur le sujet, la loi a poussé les grands don- neurs d’ordres privés à s’adapter au nouveau cadre règlementaire et à réduire les délais moyens prati- qués sur le marché. Nous en res- sentons aujourd’hui les premiers effets. F. N. H. : 2026 laisse espé- rer une bonne conjoncture économique marquée par un comportement favorable de l’agriculture sous l’effet d’une bonne pluviométrie. Ce contexte va-t-il entrai- ner la poursuite de la baisse des défaillances ? A. D. : Effectivement, pour le moment tous les clignotants sont encore très positifs pour l’écono- mie marocaine. Un PIB attendu de 6% en 2026 porté par une agricul- ture soutenue elle-même par les pluviométries récentes, les projets d’infrastructure en vue de la Coupe du monde 2030, des touristes tou- jours plus nombreux. Attention toutefois à quelques zones de risque. Un événement géopolitique pourrait avoir un effet critique sur l’économie mondiale. Par exemple, si les Américains attaquent l’Iran et détruisent ou endommagent la capacité pétrolière de ce pays, tout en perturbant la région (Arabie Saoudite, pays du Golfe), les prix du pétrole pourraient rapidement flamber et créer de nouveau une inflation, qui serait importée par nos entreprises et consommateurs finaux. Conséquences de tout cela : nous sommes raisonnable- ment optimistes pour 2026, mais nous intégrons aussi quelques risques. Pour cette raison, nous

optons pour une stabilité des défaillances cette année.

F. N. H. : Pourquoi les TPE restent les plus touchées par les faillites ? A. D. : Beaucoup de facteurs expliquent leur fragilité struc- turelle : entreprises faiblement capitalisées, difficultés à trouver les premiers clients, notamment publics (malgré les quotas instau- rés), délais de paiement élevés du fait d’un rapport de force défavo- rable, difficultés d’accès au finan- cement bancaire car faiblement capitalisées… Résultat : de nom- breuses TPE n’ont pas une santé financière suffisante pour dépasser la phase des 5 ans couramment appelée «vallée de la mort». F. N. H. : Pourquoi les faillites concernent essentiellement les secteurs du commerce, du BTP et de l’immobilier ? A. D. : Ces 3 secteurs arrivent logi- quement en tête pour une raison très simple. Ce sont les 3 secteurs les plus représentés (60%) dans l’écosystème marocain d’entre- prises. Il est donc logique de les retrouver (en volume) dans les trois premières places des secteurs défaillants. En revanche, en analy- sant les variations annuelles, on se rend compte que certaines activi- tés ont particulièrement souffert en 2025 malgré la bonne conjoncture. C’est particulièrement vrai pour les sociétés d’événementiel (+39%), pour les agences immobilières

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