FNH N° 1224

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 FÉVRIER 2026

Facturation électronique De nouveaux enjeux pour les entreprises et l’administration fiscale La disposition devrait entrer en vigueur cette année. Présentée comme un outil de modernisation et de lutte contre la fraude fiscale, elle va obliger l’Administration et les entreprises à s’adapter à de nouvelles exigences techniques et organisationnelles.

équipes. Il faudra également que les outils utilisés soient capables de générer des factures électro- niques conformes aux exigences de la DGI, ce qui suppose un minimum de préparation et d’ac- compagnement. Et au-delà du logiciel, il y aura un vrai change- ment d’habitudes, avec de nou- veaux processus internes de vali- dation et de contrôle, le temps que tout le monde s’adapte. Tout ceci a un coût» , explique Slaoui. Au niveau de l’administration fiscale, Slaoui note que «l’en- jeu est encore plus important, puisqu’elle devra mettre en place et piloter tout le dispositif. Cela suppose des investissements conséquents, une infrastructure fiable et stable, une vraie garan- tie sur la sécurité et la confiden- tialité des données, et surtout la capacité d’accompagner les entreprises dans cette transition, en particulier les TPE et PME». Par ailleurs, la facturation élec- tronique génère de nouveaux enjeux pour les professionnels, notamment les comptables, les experts-comptables, les contrô- leurs de gestion et les auditeurs. «Elle va donner accès à une infor- mation plus fiable et plus rapide, ce qui permettra aux contrôleurs de gestion un pilotage plus pré- cis de l’activité, et surtout en temps réel, notamment sur le chiffre d’affaires, les marges et les coûts. L'automatisation de la collecte de données libérera le contrô- leur de gestion des tâches de récolte d’informations. Il pourra consacrer davantage de temps à l'interprétation des données et au conseil stratégique. Pour les experts-comptables, c’est une nouvelle évolution importante dans le métier. On va passer encore moins de temps sur la collecte des pièces comptables et la mise à jour comptable, pour aller vers une approche davantage orientée analyse des données et accom- pagnement des dirigeants. C’est donc un défi en termes d’outils et de process, mais aussi une vraie opportunité de ren- forcer notre rôle de conseil» , conclut Slaoui. ◆

D

Par C. Jaidani

ans le cadre de sa stratégie de transformation numérique, le Maroc a engagé plusieurs chan- tiers structurants, parmi lesquels figure la dématérialisation des services publics. Cette dyna- mique a touché de nombreuses administrations, notamment la sécurité sociale, la conservation foncière, les douanes ou encore l’administration fiscale. Toutefois, la digitalisation s’est jusqu’ici concentrée principalement sur les déclarations et les paiements. Une nouvelle étape doit être

franchie à partir de 2026 avec l’introduction de la facturation électronique. Prévue par l’article 145-9 de la Loi de Finances 2018, cette réforme attend encore son décret d’application. En amont de cette échéance, la Direction générale des impôts (DGI) envi- sage la mise en place d’un dis- positif progressif, pensé pour répondre à la fois aux besoins de l’administration fiscale et à ceux des entreprises. «A mon sens, au vu du peu de communication qu’on a eu jusqu’ici au Maroc, et en compa- rant avec ce qui se fait en France, j’ai tendance à penser que le pre- mier bénéficiaire est clairement

l’administration fiscale. C’est une avancée technologique et un outil de contrôle beaucoup plus puissant, notamment pour lutter contre la fraude fiscale, en particulier les fausses factures» , souligne Aziz Slaoui, expert- comptable à Casablanca. Et d’ajouter que «si le système est bien déployé, les entreprises peuvent également y trouver un intérêt concret : moins de sai- sie manuelle, moins d’erreurs, plus d’automatisation, et à terme une simplification des proces- sus administratifs. C’est peut- être encore tôt pour le mesurer, mais à mon avis cela devrait se traduire par un gain de produc- tivité et, indirectement, un gain financier pour les entreprises. Je dirais : un intérêt fiscal en prio- rité, et un intérêt organisation- nel ensuite, à condition que les entreprises soient bien outillées». Toutefois, il faut noter que le déploiement de la factura- tion électronique générera des contraintes techniques et régle- mentaires majeures que les par- ties concernées doivent prendre en considération. «Les contraintes, surtout au démarrage, seront au moins d’ordre technologique, organi- sationnel et financier. Pour les entreprises, il faudra prévoir un budget pour l’acquisition ou la mise à niveau des outils : logi- ciel de facturation, ERP, paramé- trage, mais aussi formation des

L'automatisation de la collecte de données libérera le contrôleur de gestion des tâches de récolte d’informations.

 Grâce à la célérité de traitement des données, la DGI sera plus performante en matière de contrôle et de lutte contre la fraude fiscale.

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