ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 FÉVRIER 2026
Pour autant, le texte maintient des méca- nismes de gouvernance et de contrôle, notamment à travers les conseils d’ad- ministration et la tutelle de l’État. Les groupes de l’opposition ont d’ailleurs appelé à veiller à ce que les agences ne soient pas «surchargées de missions relevant d’autres secteurs» . Pour Youssef El Idrissi, «tout dépendra de l’équilibre entre efficacité et gouver- nance. Trop de concentration des pou- voirs peut poser problème, mais l’immo- bilisme administratif l’est tout autant. Le texte cherche un point d’équilibre, reste à voir comment il sera appliqué» . Sur le fond, la réforme fait largement
consensus. Majorité et opposition s’accordent sur le fait que la création des Agences régionales d’urbanisme et d’habitat constitue un outil central pour promouvoir un développement plus équilibré et renforcer la justice territo- riale. Reste désormais l’enjeu décisif de la mise en œuvre. À terme, ces agences pourraient devenir l’un des piliers silen- cieux de la transformation territoriale du Maroc. Un outil à fort potentiel, dont l’impact réel se mesurera moins à l’ambition du texte qu’à sa capacité à produire, sur le terrain, des décisions plus rapides, plus lisibles et plus cohé- rentes. ◆
change pas de méthode, est de conti- nuer à concentrer l’effort public sur les métropoles» , avertit Youssef El Idrissi, notant qu’ «une agence régionale bien dotée peut, au contraire, devenir un levier de rééquilibrage territorial, notam- ment dans les zones rurales et périur- baines souvent laissées en marge» . L’autre évolution notable est la montée en puissance de l’ingénierie publique régionale. Le projet de loi consacre les agences comme de véritables pôles d’expertise, chargés de produire des études, des analyses et des outils d’aide à la décision. Les groupes parlementaires de la majo- rité ont d’ailleurs insisté sur ce point, estimant que la réforme permettra de «rehausser les agences afin d’en faire des pôles d’expertise» , capables d’ac- compagner les mutations économiques et sociales que connaissent les régions. « L’enjeu n’est pas seulement institution- nel, il est technique », rappelle l’urba- niste. «Sans ingénierie solide, sans don- nées territoriales fiables et sans capacité d’analyse, la régionalisation reste un slo-
gan. Ces agences peuvent combler ce déficit si elles disposent réellement des compétences et des moyens annon- cés» , poursuit-il. Un pilotage plus exécutif, mais sous contrôle Le projet de loi n°64.23 renforce égale- ment les attributions du Directeur géné- ral de l’Agence régionale, afin d’assu- rer, selon les termes d’Adib Benbrahim, «l’efficacité et la célérité dans le traite- ment des dossiers» . Un choix assumé, qui vise à sortir d’une logique purement procédurale pour aller vers une gestion plus opérationnelle.
Une réforme dans le sillage du discours royal
La création des Agences régionales d’urbanisme et d’habitat s’inscrit dans une orientation déjà tracée au plus haut niveau de l’État. À plu- sieurs reprises, le Roi Mohammed VI a appelé à une refonte de l’action territoriale, fondée sur la régionali- sation avancée, la déconcentration administrative et l’efficacité de l’ac- tion publique au niveau local. Le Roi a notamment souligné, lors du discours du Trône du 29 juillet 2020, la nécessité d’une «réforme profonde» du secteur public afin de corriger les dysfonctionnements des établissements et entreprises publics, assurer la complémentarité entre leurs missions et renforcer leur efficacité économique et sociale. Le projet de loi n°64.23 s’inscrit dans cette logique. En dotant chaque région d’une agence disposant de la personnalité morale et de l’auto- nomie financière, le texte traduit concrètement l’appel royal à un État stratège, moins centralisateur, mais plus efficace dans l’exécution. Une architecture institutionnelle pensée pour accompagner les mutations économiques et sociales du pays, tout en renforçant la responsabilité territoriale.
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