L'UNIVERS DES TPME
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 FÉVRIER 2026
F.N.H. : Avec un marché marocain du e-commerce qui a généré près de 1,6 milliard de dollars en 2024, comment xPage peut-elle soutenir la croissance des entreprises locales et indus- trielles dans ce contexte dynamique ? A. E. C. : Ces chiffres montrent que le Maroc n’est plus dans une phase d’adoption, mais dans une phase de structuration du e-com- merce. La demande est là, les consommateurs sont prêts, et les usages sont installés. Le véritable enjeu aujourd’hui n’est plus «faut- il aller en ligne ?», mais comment le faire efficacement. Beaucoup d’entreprises locales, y compris industrielles, font face à des freins très concrets : manque de compétences digitales internes, dépendance à des pres- tataires coûteux, délais de mise sur le marché trop longs et diffi- culté à mesurer la performance réelle. Dans un marché qui évo- lue rapidement, ces contraintes deviennent des handicaps stra- tégiques. xPage intervient précisément à ce niveau. Notre technologie per- met de réduire drastiquement le temps et les ressources néces- saires pour lancer un canal de vente performant. Cela change profondément la dynamique pour les entreprises locales, elles peuvent tester une offre, ajuster un positionnement ou lancer un nouveau produit sans engager des investissements lourds dès le départ. Pour les acteurs industriels, cela ouvre aussi de nouvelles pers- pectives. Ils peuvent explorer des canaux directs, tester des mar- chés, valider une demande avant d’industrialiser davantage. xPage devient alors un outil de validation et d’accélération, et non simple- ment un outil technique. Dans un contexte où le e-com- merce marocain continue de croître, l’agilité devient un avan- tage concurrentiel majeur. En ren- dant la technologie plus acces- sible, xPage aide les entreprises locales à mieux capter la valeur de cette croissance et à renforcer
ni comme une promesse à court terme. Une valorisation est tou- jours une conséquence, jamais un point de départ. La création de valeur repose avant tout sur des fondamentaux solides tels que l’utilité du produit, son adoption réelle par le marché, la récur- rence d’usage et la solidité de l’organisation. Les priorités sont donc claires : développer un produit réellement différenciant, atteindre une adoption large, s’in- ternationaliser progressivement et construire une organisation robuste. Notre focus reste avant tout l’utili- té. Si xPage devient un outil indis- pensable pour les commerçants, la croissance et la valorisation suivront naturellement. F.N.H. : Créée en 2023, xPage est le fruit de votre parcours entrepreneurial. Quels enseignements clés en tirez-vous, et quelles sont vos perspectives pour l’avenir ? A. E. C. : xPage est le résultat d’un parcours entrepreneurial fait de tests, d’erreurs, de remises en question et d’apprentissage continu. L’un des enseignements majeurs que j’en tire est que l’entrepreneuriat n’est jamais un exercice linéaire. Dans la techno- logie en particulier, il faut accep- ter l’incertitude permanente, l’évolution rapide des marchés et le fait que beaucoup de déci- sions se prennent avec une infor- mation incomplète. La résilience est essentielle, mais elle doit s’accompagner de lucidité. Avec xPage, j’ai appris l’importance de construire sur le long terme, en restant proche des utilisateurs et fidèle à une vision stratégique. Pour l’avenir, mon objectif est de continuer à développer une entre- prise solide, utile et ambitieuse, capable de créer une valeur durable, aussi bien au niveau local qu’à l’international. ◆
leur compétitivité, aussi bien sur le marché national qu’à l’interna- tional. F.N.H. : Quelle importance accordez-vous au finance- ment dans le développe- ment d’une startup comme xPage, et comment ces res- sources contribuent-elles à l’innovation et à la crois- sance ? A. E. C. : Le financement est un outil, pas une finalité. Il peut accé- lérer une trajectoire, mais il ne compense jamais une absence de vision, de produit ou d’exécution. Dans le cas de xPage, nous avons très tôt fait le choix de rester extrêmement pragmatiques dans notre approche du financement. Nous avons eu des échanges avec plusieurs acteurs de l’éco- système, notamment U Investors, ce qui nous a permis de mieux comprendre les attentes, les dynamiques et les exigences du capital. Mais à un moment clé, nous avons décidé de ne pas lever et de continuer à financer xPage avec des fonds person- nels. Avec le recul, cette décision a été stratégique. Elle nous a permis de conserver une liberté totale dans nos choix produits, d’ité- rer rapidement sans pression externe et de rester concentrés sur les besoins réels du marché.
Beaucoup de startups lèvent trop tôt, avant d’avoir validé leur pro- position de valeur, ce qui crée ensuite des tensions entre crois- sance affichée et réalité opéra- tionnelle. Les ressources financières sont surtout utiles lorsqu’elles servent à accélérer quelque chose qui fonctionne déjà comme le recru- tement ciblé, investissement en R&D, structuration des process. Aujourd’hui, xPage est pleine- ment opérationnelle, avec un produit éprouvé. Le financement externe, s’il intervient, on le fera dans une logique d’accélération maîtrisée, et non de survie. Cette approche nous permet d’ar- river à la table des discussions dans une position de force, avec un produit réel et une exécution déjà démontrée. F.N.H. : Vous évoquez l’am- bition de faire de xPage une future «unicorn». Quelles sont les étapes stratégiques pour atteindre cet objectif ? A. E. C. : L’ambition de bâtir une entreprise de taille «unicorn» existe, mais elle n’est jamais abor- dée comme un objectif marketing
Aujourd’hui, réussir en ligne ne dépend plus uniquement de la qualité d’un produit ou d’un service, mais de la capacité à maîtriser un ensemble complexe d’outils.
AVEC LA PARTICIPATION DE TAMWILCOM
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