POLITIQUE
28
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 FÉVRIER 2026
Sahara marocain
avec toutes les parties concer- nées afin de clarifier les modalités de ce plan d’autonomie et d’ex- pliciter comment une autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine se déclinerait». Cette phrase, lourde de sens, marque une reconnaissance implicite de la centralité du plan marocain et de sa crédibilité politique. Cette clarification n’est pas ano- dine pour l’avenir de l’Accord d’association. Elle redonne de la cohérence à un partenariat qua- lifié de «stratégique, ancien, riche et multidimensionnel», mais par- fois fragilisé par des dissonances politiques. En adoptant une posi- tion commune, l’Europe cesse d’être un agrégat de voix natio- nales plus ou moins alignées sur Rabat et défend une parole col- lective. Ce consensus renforce la lisibilité de l’UE, tout en confortant le Maroc dans son choix de faire de l’Europe un allié stratégique et non un simple voisin. Au-delà du dossier du Sahara marocain, ce repositionnement rejaillit sur l’ensemble de la rela- tion bilatérale. Il crédibilise l’ambi- tion affichée d’élever le partenariat à un niveau supérieur, fondé sur l’égalité et la confiance. Il donne aussi une portée politique accrue aux milliards d’euros d’investisse- ments, aux coopérations sécuri- taires et aux initiatives conjointes en Méditerranée, en Afrique et au Sahel. En clair, l’Europe reconnaît que le Maroc n’est pas seulement un partenaire opérationnel, mais un acteur politique central dans son voisinage sud. Reste désor- mais à transformer cette avan- cée diplomatique en dynamique durable. Pour Rabat, il s’agira de continuer à expliciter les contours de l’autonomie et à démontrer, sur le terrain, sa pertinence politique, économique et institutionnelle. Pour l’Union européenne, l’enjeu est de traduire cette position com- mune en actes cohérents, sans retours en arrière ni ambiguïtés juridiques ou politiques. A trente ans, l’Accord d’associa- tion entre le Maroc et l’UE entre ainsi dans un âge de maturité : celui où la clarté politique devient la condition d’un partenariat plei- nement consolidé. ◆
L’Union européenne referme le chapitre de l’ambiguïté En s’alignant explicitement sur le plan d’autonomie proposé par Rabat et sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité, Bruxelles acte un tournant politique qui redonne cohérence et lisibilité à son partenariat stratégique avec le Royaume.
Par F. Ouriaghli
Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, et Kaja Kallas, haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité.
T
rente ans après la signature de l’Accord d’association Maroc– Union européenne, le quinzième Conseil d’Association marque un tournant politique que Bruxelles aurait, il y a encore quelques années, soigneusement évité. Longtemps arc-boutée sur une posture de prudence, parfois assi- milable à une neutralité de confort, l’UE acte désormais une position commune sur le Sahara marocain en reconnaissant qu’ «une autono- mie véritable pourrait représenter une solution des plus réalisables». Derrière la formule diplomatique, l’évolution est profonde, d’autant que pour la première fois, les 27 s’alignent explicitement sur le cadre proposé par Rabat et consacré par la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Ce basculement ne relève ni d’un
hasard ni d’un simple ajustement sémantique. Il est le produit d’un long travail diplomatique, puisque le Royaume n’a cessé de rappeler que le partenariat euro-marocain ne pouvait durablement prospé- rer sur un malentendu politique majeur. Coopérer étroitement en matière de sécurité, de migration, d’énergie, de commerce ou de stabilité régionale tout en esqui- vant la question de l’intégrité terri- toriale du Royaume relevait d’une contradiction devenue intenable. L’Union européenne l’a manifes- tement compris. Le communiqué conjoint signé à Bruxelles par la haute représen- tante de l’UE, Kaja Kallas, et le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, consacre cette prise de conscience. L’Europe y reprend à son compte l’appel du
Conseil de sécurité en deman- dant aux parties «de participer aux discussions sans condi- tions préalables et sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc afin de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable» . En saluant la résolution 2797 et en se réappropriant cette formulation onusienne, l’UE sort du registre incantatoire pour entrer dans une logique politique claire. Elle reconnaît implicitement que le statu quo n’est plus une option et que l’autonomie sous souveraine- té marocaine constitue aujourd’hui l’unique cadre réaliste pour un règlement durable du différend régional. Dans ce cadre, elle salue ouvertement l’attitude de Rabat, se félicitant «de la volonté du Maroc de s’engager de bonne foi
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker