FNH N° 1224

BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 FÉVRIER 2026

Marché des capitaux Le conseil aux émetteurs monte en puissance Le mouvement ne fait pas la Une, mais il est désormais difficile à ignorer. Depuis l’entrée en vigueur du cadre encadrant les conseillers en investissement financier (CIF), une série d’enregistrements successifs auprès de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) a vu émerger une nouvelle typologie d’acteurs. Tous partagent un point commun : ils inter- viennent sur le conseil aux émetteurs, c’est-à-dire sur le cœur du métier de la banque d’affaires. Par Y. Seddik

publics à l’épargne, conseil en introduction en Bourse, ingénierie financière, restructurations, opéra- tions de fusion-acquisition et opti- misation de la structure financière des entreprises) sans en avoir le statut réglementaire. La différence n’est pas tant dans la nature du conseil que dans son mode d’exercice. Ces conseillers n’engagent pas de bilan, ne distri- buent pas de financement et n’as- sument pas de risque de portage. Ils se positionnent comme des architectes de l’opération, laissant le financement et le placement aux banques, aux investisseurs ou aux sociétés de Bourse. Ce modèle trouve un écho par- ticulier auprès d’entreprises qui cherchent à dissocier conseil stra- tégique et relation bancaire. «Pour certaines ETI, groupes familiaux ou émetteurs de taille intermédiaire, cette séparation institutionnelle entre le conseil et toute logique de placement ou de distribution est perçue comme un gage de lisibi- lité, voire d’indépendance dans la prise de décision» , souligne notre interlocuteur. Il ne s’agit pas pour autant d’un renversement de table, puisque les grandes banques d’affaires conservent des avantages déter- minants, notamment en matière de distribution, de syndication et d’accès aux investisseurs institu- tionnels. Mais l’accumulation des agréments CIF Cat.2 traduit un glissement progressif du conseil vers des structures spécialisées, capables d’intervenir en amont des opérations, parfois bien avant que le financement ne soit mobi- lisé. Pour notre expert, le modèle n’est pas exempt de contraintes, puisque l’activité demeure relative- ment liée au cycle des marchés et à la profondeur du pipeline d’opé- rations. La question de la taille critique, de la visibilité commerciale et, à terme, de possibles mouve- ments de consolidation, se posera inévitablement. Quoi qu'il en soit, le régulateur a contribué à faire émerger un nouvel étage du conseil financier. Une banque d’affaires sans bilan, plus fragmentée, plus spécialisée, et appelée à jouer un rôle croissant à mesure que le mar- ché des capitaux se densifie. ◆

 Entre recherche d'indépendance et expertise sur-mesure, ces nouveaux «architectes» de la finance

bousculent les codes de la banque d'affaires traditionnelle.

L

e registre de l’AMMC parle de lui-même. Depuis 2023, plusieurs structures ont été enregistrées en qualité de CIF pour l’exercice d’activités relevant de la catégo- rie n°2 (Conseil aux émetteurs). C’est le cas notamment de Tessera Capital, Axiom Corp, Majorelle Capital, West Capital Partners, Wineo CIF, Burj Finance, Sud Actif Groupe Finance, AD Capital Finance, Valoris Corporate Finance, Oversee, Atlas Capital Finance, Capital Trust Finance ou encore Ascent Capital Partners. Certaines ont opté pour un péri- mètre exclusivement orienté vers les émetteurs. D’autres ont choi-

si un positionnement plus large, combinant catégorie 1 (conseil aux investisseurs) et catégorie 2, à l’image de Fineopolis Capital, IPF Advisors ou Emerge Invest. Le fil conducteur reste toutefois le même, à savoir accompagner des entreprises dans leurs opérations financières structurantes, sous un cadre désormais régulé. À ces nouvelles entités s’ajoutent des acteurs déjà bien installés sur la place, issus de groupes financiers connus, qui ont eux aussi obte- nu leur enregistrement CIF Cat.2. On cite Upline Corporate Finance, Attijari Finances Corporate, BMCE Capital Conseil, CFG Finance ou Red Med Corporate Finance. Leur présence confirme que le statut CIF ne se limite pas à des bou- tiques indépendantes, mais consti- tue un outil transversal utilisé par

l’ensemble de la chaîne du conseil financier. Cette évolution se perçoit aussi dans les pratiques, nous confie un expert du conseil financier : «ces acteurs interviennent souvent très en amont, parfois avant même que l’entreprise ne décide formellement de lancer une opération. Ce n’est pas une concurrence frontale avec les banques, mais une segmen- tation plus claire des rôles entre conseil et financement». Ce faisceau d’enregistrements montre que le conseil aux émet- teurs s’est progressivement struc- turé en marché autonome, distinct du crédit bancaire et de l’intermé- diation classique. Dans les faits, ces acteurs interviennent sur les mêmes problématiques que les banques d’affaires traditionnelles (accompagnement des appels

Ce n’est pas une concurrence frontale avec les banques, mais une segmentation plus claire des rôles entre conseil et financement.

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