Guide JEUNES - de l’enseignement supérieur à l’emploi, accompagner les jeunes LGBTQIA+ vers un avenir professionnel inclusif
Guide JEUNES - de l’enseignement supérieur à l’emploi, accompagner les jeunes LGBTQIA+ vers un avenir professionnel inclusif
Chapitre 1
Chapitre 1
1.1 Une inclusion des personnes LGBTQIA+ encore insuffisante dans l’Enseignement supérieur Au sein de L’Autre Cercle, nous sommes convaincu·es que l’inclusion commence dès les bancs de l’école et se poursuit dans les premiers pas de la vie professionnelle. Pourtant, un trop grand nombre de jeunes LGBTQIA+ continuent de se heurter à des environnements peu accueillants. Nous avons constaté que, dans les environnements d’études, l’inclusion reste fragile. Et dans un contexte mondial marqué par des tensions politiques et sociales, cela conduit 7 jeunes sur 10, qu’iels soient LGBTQIA+ ou non, à s’inquiéter du recul des droits LGBTQIA+ dans le monde (proportion qui monte à 9 sur 10 chez les personnes LGBTQIA+) 5 . Toujours d’après notre enquête, le climat des études supérieures est souvent hostile : 8 jeunes sur 10 ont déjà entendu des insultes LGBTphobes pendant leurs études ; un·e jeune LGBTQIA+ sur quatre a été victime de comportements LGBTphobes, et un·e sur deux en a été témoin, qu’il s’agisse de moqueries, de mises à l’écart, d’insultes, de menaces d’outing ou d’inégalités dans l’intégration. Entre jeunes, mais également de la part des institutions : 17 % de ces actes LGBTphobes sont le fait de professeur·es et de personnels éducatifs 6 . Un tiers des répondant·es à notre enquête jugent d’ailleurs leur établissement comme non LGBT-friendly. Ces jeunes estiment à 41 % que leur établissement n’a mis en place aucune action en faveur de l’inclusion : iels pointent l’absence d’organisation d’événements inclusifs (42 %) et l’absence de positions claires contre les discriminations (37 %) 7 . Les conditions ne semblent donc pas toujours réunies pour que les jeunes LGBTQIA+ s’autorisent à être visibles : un quart des personnes LGBTQIA+ ne se sentent pas prêtes à être visibles au cours de leurs années d’études, dont 48 % par peur du rejet ou par
d’inclusion : 75 % des jeunes y faisant leurs études considèrent leur environnement comme LGBT-friendly (contre 66 % en moyenne) tandis qu’il permet à un plus grand nombre de jeunes LGBTQIA+ d’être elleux-mêmes (80 % contre 75 % en moyenne). Pour l’ensemble des jeunes, les initiatives en faveur de la diversité et de l’inclusion sont importantes, puisqu’un·e jeune sur trois dit choisir son établissement en fonction de son engagement en faveur des personnes LGBTQIA+ 11 . Plus particulièrement pour les jeunes LGBTQIA+, c’est une condition importante qui va au-delà de la perception d’un cadre bienveillant : les risques psycho-sociaux liés à un manque d’inclusion LGBTQIA+ sont élevés pour les personnes concernées, pouvant alors engendrer du repli sur soi, ainsi qu’un risque de décrochage scolaire et d’échec dans les études 12 . À la politique de l’établissement s’ajoutent les actions des associations étudiantes et des enseignant·es, qui peuvent être perçu·es comme l’un des principaux moteurs de l’inclusion : ces deux publics sont, par ailleurs, systématiquement investis dans la démarche mise en place par L’Autre Cercle avec sa Charte d’Engagement LGBTQIA+ de l’Enseignement Supérieur, qui invite toutes les parties prenantes d’un établissement à construire un plan d’actions. L’objectif poursuivi est donc d’encourager la mise en place d’actions concrètes en faveur de l’inclusion LGBTQIA+ qui ne se cantonnent pas à des opérations de communication. Les étudiant·es, mais également les associations extérieures à l’établissement, qui restent expertes sur ces sujets, sont autant de forces vives et de ressources à mobiliser pour un engagement cohérent et efficace. Créer un cadre sécurisant et améliorer le sentiment de bien-être en permettant l’authenticité de tous·tes, cela signifie aussi : mesurer l’efficacité de ces actions. C’est l’un des points cruciaux sur lesquels les établissements doivent porter leur attention : avoir des indicateurs qui permettent de se rendre compte des progrès accomplis et de ceux qu’il reste à faire.
LGBTQIA+ dans l’Enseignement supérieur 9 , démontre que la majorité de ces attaques sont réalisées de manière anonyme, via les outils numériques, et prennent la forme de menaces, d’incitations à la haine ou de propos haineux, plutôt que des attaques physiques. « Ce décalage souligne l’urgence de créer des milieux d’études et de vie où l’authenticité n’est plus un risque, mais une norme acceptée » selon Catherine Tripon, Porte-parole & co-responsable du pôle Employeurs de L’Autre Cercle. Il est également important de tenir compte des comportements qui peuvent se révéler hostiles pour les personnes LGBTQIA+, même s’ils sont parfois involontaires. Bien qu’il s’agisse souvent de la conséquence d’un manque de sensibilisation aux enjeux LGBTQIA+, nous sommes toutes et tous concerné·es par nos biais cognitifs. Nous reproduisons parfois inconsciemment des stéréotypes de genre et des préjugés, et pouvons également adopter un comportement inapproprié ou maladroit par manque d’information. Cependant, ceci peut s’avérer être très violent ou blessant pour les personnes concernées. À noter également qu’en moyenne, seulement 2 % des jeunes que nous avons interrogé·es se disent « opposé·es » à l’inclusion des personnes LGBTQIA+ 10 . L’importance d’agir Compte tenu de ces statistiques et éléments de contexte, comment parvenir à créer dans les établissements un cadre de vie assurant respect et bienveillance, qui constituent les deux marqueurs les plus souvent cités d’un « établissement LGBTQIA+ friendly » ? Lorsqu’un établissement met en place des actions concrètes, comme la possibilité d’utiliser un prénom d’usage, l’organisation de sessions de sensibilisation régulières, l’existence d’un dispositif de signalement efficace, etc., l’effet se ressent sur le sentiment
sentiment d’illégitimité. Parmi les 75 % de jeunes LGBTQIA+ qui se rendent visibles, 81 % le font auprès de leurs camarades. Il est également à noter de grandes disparités : à la fois entre les régions (iels sont 91 % en Occitanie, 54 % en Normandie à s’autoriser à être elles- mêmes ou eux-mêmes, mais aussi entre les filières (93 % en filière santé / paramédical contre 44 % en filière économie / gestion) 8 . L’inclusion LGBTQIA+ au sein des établissements de l’Enseignement supérieur reste donc très hétérogène et dépend de la culture propre à chaque établissement, tout comme de l’implication de la direction, qui détient une réelle responsabilité en la matière. Par exemple, deux établissements peuvent proposer un cadre complètement différent, alors qu’ils occupent le même campus : « Dans deux écoles qui partagaient les mêmes locaux, j’ai constaté que l’une des deux était très ouverte à tout ce qui est lutte contre les VSS (violences sexistes et sexuelles) et contre la LGBTphobie, souhaitant élaborer et diffuser un livret avec des règles pour accompagner les étudiant·es. Cependant, l’administration de l’autre école a refusé la mise en place de cet outil dans un contexte assez tendu. Même si ça s’est amélioré ces deux dernières années, il est compliqué pour les étudiant·es LGBTQIA+ d’être « out » et de vivre leur vie pleinement, » témoigne Matéo Brel, Président du CAELIF . Sans prétendre en faire une règle générale, les observations recueillies montrent que les dynamiques d’inclusion tendent à être plus affirmées dans les contextes marqués par une plus grande mixité de genre. À l’inverse, plusieurs témoignages adressés à L’Autre Cercle soulignent l’existence de climats hostiles, caractérisés notamment par des remarques ou moqueries, notamment dans des établissements à dominante masculine. De son côté, le groupe de travail de la Conférence Permanente des chargé·es de mission Égalité Diversité (CPED), qui avait pour sujet de travail les attaques anti-
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