Magazine Daniel Féau et Belles Demeures de France

L es voyages d’Orlando… Le titre de leur prochaine exposition peut sembler une énigme, à moins de connaître le roman de Virginia Woolf. « C’est un compagnon imaginaire, explique Anne Corbière. Personnage aux multiples vies, tour à tour homme ou femme, évoluant à travers les époques et les pays. Avec Vincent, nous imaginons les objets et les œuvres dont il se serait entouré au cours de son histoire. L'ombre de sa présence nous permet d'explorer des univers qui, sinon, nous seraient demeurés cachés. » Le propos est original et immédiatement séduisant. Il indique aussi que ce couple de créateurs ne ressemble à aucun autre. Totalement étranger à la mode et fort de son savoir-faire, il poursuit depuis plus de vingt ans une démarche artistique unique. Il faut dire que les deux personnalités sortent de l’ordinaire : À dix-huit ans, Anne quitte son Oregon natal pour étudier la littérature française, tout d’abord à Seattle, puis à Montpellier. C’est là qu’elle fait la connaissance de Vincent. Formé chez les Compagnons du Devoir, afin d'acquérir les techniques liées au travail du bois, il fabrique des instruments de musique. Anne rentre aux États-Unis, sa licence en poche, et s’oriente vers le costume de théâtre. Elle commence à travailler dans un atelier à San Francisco, avant de s’envoler pour Londres, où elle retrouve par hasard Vincent, qui y poursuit une formation de luthier. Après quelques années, le couple décide de revenir à Paris. La jeune femme a la chance de participer à la production du Mahabharata de Peter Brook. Une ligne sur son CV qui change tout. Christian Lacroix lui demande de venir l’assister. Du théâtre, Anne passe à la haute couture. Ses choix de tissus, son expérience en matière de teinture et son goût du tissage la rendent précieuse. Très vite, Dior et Chanel font également appel à elle. De son côté, Vincent a remisé ses guitares classiques pour dessiner des meubles. Un jour de 1993, il montre ses projets à Pierre Passebon qui est aussitôt séduit. Première exposition et premières commandes. Chacun travaille encore indépendamment. Puis, en 1998, Vincent se sert d’un tissu métallique, conçu par Anne, pour en faire l’abat-jour d’une de ses lampes. Le mariage est réussi et signe le début d’un travail à quatre mains. En 2006, le duo expose des pièces de mobilier où les lignes classiques de l’ébéniste, nourri de références antiques, sont subtilement twistées par l’originalité et

Précieux à plus d’un titre L’un sculpte le bois comme un artiste antique, l’autre crée des tissus uniques, aux textures étonnantes et luxueuses. Les créations de ce couple attachant sont la plus belle expression des arts décoratifs de notre époque. Par Eric Jansen Vincent et Anne Corbière

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