Finances News Hebdo 1243

ECONOMIE

14

FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 JUILLET 2026

Dans cet entretien, Amine Mernissi, expert en immobilier, décrypte les facteurs qui freinent la reprise, évalue les premiers résultats de l’aide directe au logement et esquisse les pistes susceptibles de redonner de l'élan au secteur. Immobilier L'attentisme reflète la vulnérabilité des ménages

d’achat dû à la cherté de la vie de façon géné- rale, ce programme ne pouvait pas mieux tomber. Mais le programme montre aussi autre chose : beaucoup d’opportunités se perdent en route. Notamment la disponibilité du produit en lui-même. Et surtout du côté du 300.000 DH, principalement dans les grandes villes et même leurs périphéries. L’équation économique demeure, à ce stade, incertaine pour pour le secteur de la promotion immobi- lière. Dès lors, alors que le programme arrive à mi-parcours, il apparaît nécessaire d’en revoir certains paramètres et d’en ajuster les mécanismes afin de corriger les dysfonction- nements constatés. Un dialogue construc- tif entre l’ensemble des parties prenantes s’impose pour lever les obstacles persistants et donner à cette initiative ambitieuse toutes les chances de produire les effets attendus sur le terrain. F. N. H. : L’indivision continue de per- turber le secteur immobilier. Comment faut-il y remédier ? A. M. : L’indivision pose la question et parfois le problème des successions. Cela devient un problème qui débouche sur des situations parfois inextricables sur le plan administratif ou judiciaire, quand le défunt ou la défunte n’a pas pensé de son vivant à sa succession. Même si la loi est claire «nul n’est censé res- ter dans l’indivision», il se trouve que certains biens de par leur nature sont difficilement «divisables» entre leurs ayants droit (appar- tement ou maison familiale et même certains terrains). Par conséquent, pour dénouer cer- taines situations, il faut que les intéressés fassent preuve de réalisme et d’esprit de coopération. Autrement, cela peut conduire à une longue et fastidieuse procédure judiciaire qui connaitra son épilogue par une vente aux enchères du bien, à l’issue de laquelle tout le monde sera perdant. Pour tous les autres biens immatriculés (parce que pour les Melkia ou réquisitions d’immatriculation, c’est une autre paire de manches…), il convient d’orga- niser sa succession avec l’aide d’un notaire pour éviter des problèmes à ses ayants droit. Parmi les possibilités pour remédier à cette situation, il faudrait encourager la médiation avant tout procès, accélérer les procédures judiciaires de partage, simplifier les formalités de succession et d'immatriculation foncière, accorder des avantages fiscaux pour les sor- ties d'indivision et, surtout, mieux informer les familles et leur descendance sur les consé- quences de l'indivision. Enfin, autre corollaire du déblocage des biens en indivision, cela pourrait remettre sur le marché des milliers de logements et de terrains aujourd'hui immobili- sés, ce qui contribuerait à augmenter l'offre et à fluidifier les transactions. ◆

Propos recueillis par C Jaidani

à constater que la conjoncture demeure défa- vorable, en particulier sur le plan international, avec des répercussions directes sur l’écono- mie nationale. La persistance de l’inflation entretient un climat d’attentisme et ne laisse entrevoir, à ce stade, aucun véritable signal de sortie de crise. Les perspectives à court terme restent donc peu encourageantes. F. N. H. : On note un climat d’atten- tisme qui semble persister. Quel est votre avis ? A. M. : Oui, de l’attentisme qui traduit en fait la fragilité des ménages. Pour investir dans l’immobilier, il faut très souvent s’endetter. S’endetter parfois sur 10, 15 ou 20 ans et même au-delà. Ça signifie être en mesure d’assumer un effort financier sur le long terme. Et pour cela, la confiance et la sérénité quant à l’avenir, à son propre avenir doivent être présents. Peut-on dire aujourd’hui de façon objective que les conditions sont réu- nies compte tenu des difficultés du pouvoir d’achat d’un côté, et de la précarité socio- économique accrue de l’autre, qu’un ménage peut s’engager tête baissée pour l’achat d’un bien immobilier ? La réponse est dans la question. F. N. H. : Le programme «Daam Sakane» a-t-il atteint les objectifs escomptés ? Faut-il le reformuler pour accélérer les réalisations ? A. M. : Le programme «Daam Sakane» court jusqu’en 2028. Nous sommes donc aujourd’hui à mi-parcours. Il faudra attendre un peu avant de faire un bilan. Mais une chose est sûre : il a suscité l’adhésion des Marocains. Cet objectif a au moins été atteint et la demande est bel et bien là. Est-elle satis- faite ? C’est une autre question. Aujourd’hui, un peu plus d’un demandeur sur deux n’est pas servi. Cela montre une chose indis- cutable : l’engouement populaire pour un programme dont l’aide directe de l’Etat est de 100.000 DH pour le produit à 300.000 DH, et moins de 70.000 DH pour le produit entre 300.000 DH et 700.000 DH. Dans une période marquée par la précarité du pouvoir

Finances News Hebdo : Comment jugez-vous l’évolution du secteur immobilier au cours du premier semestre 2026 ? Amine Mernissi : Un climat de doute s’est emparé du marché. Il faut dire que la conjonc- ture économique et géopolitique tant nationale qu’internationale n’aide pas… Les chiffres de l’Indice des prix des actifs immobiliers (IPAI) au 1er trimestre 2026 sont venus confirmer cette tendance, avec notamment un plongeon du niveau des transactions immobilières par rapport au trimestre précédent de l’ordre de 40% ! Si l’on veut rester optimiste et relativiser la situation, on rappellera qu’un scénario simi- laire s’était déjà produit au premier trimestre 2025. A l’époque, le volume des transactions avait lui aussi fortement reculé (près de 35%) avant que le marché ne se redresse progres- sivement, porté par un effet de rattrapage au cours des trimestres suivants. Par consé- quent, nous avons été habitués au fil des années à la particularité erratique de l’IPAI et, de façon plus générale, du marché immobilier marocain. Le second semestre 2026 connai- tra une nouvelle impulsion avec notamment la traditionnelle demande des MRE durant la saison estivale, et qui joue un rôle impor- tant dans la redynamisation du marché. A l’inverse, une lecture moins optimiste conduit

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker