VOYONS VOIR
4
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 JUILLET 2026
Emploi
Le rendez-vous manqué !
Par D. William L e Maroc affiche aujourd'hui de bons indicateurs macroécono- miques. Avec une croissance esti- mée à 4,9% en 2025, la plus éle- vée depuis près d'une décennie, une inflation ramenée à seulement 0,8%, un déficit budgétaire réduit à 3,5% du PIB et un retour dans la catégorie «Investment Grade» selon Standard & Poor's, les fonda- mentaux apparaissent solides. Pourtant, le marché du travail conti- nue de révéler les fragilités struc- turelles de l'économie marocaine, même si les chiffres témoignent d'une amélioration sensible. En 2025, près de 193.000 emplois nets ont été créés, soit plus du double
de l'année précédente. Il s'agit du quatrième meilleur résultat enre- gistré depuis 2001. Le pays a ainsi pratiquement retrouvé son niveau d'emploi d'avant la pandémie, avec une population occupée de 10,9 millions de personnes. La structure même de l'emploi évo- lue progressivement. L'économie devient davantage urbaine, tandis que la part des salariés augmente au détriment des formes d'emploi plus précaires. L'agriculture conti- nue de perdre du poids dans la population active, au profit des activités urbaines et des services. Ces évolutions traduisent les effets conjugués de la reprise
économique, des investissements massifs dans les infrastructures, notamment en préparation de la Coupe du monde 2030, ainsi que de la reprise agricole. Mais la Banque mondiale invite à dépasser les seuls chiffres de créa- tions d'emplois. Le haut-commis- sariat au Plan a profondément revu sa méthodologie d'analyse du mar- ché du travail afin de mieux reflé- ter les standards internationaux de l'Organisation internationale du travail. Cette réforme change sen- siblement la lecture de la situation. Désormais, le chômage n'est plus l'unique indicateur pertinent. Le nouveau dispositif mesure égale- ment les travailleurs découragés, le sous-emploi et les différentes formes de sous-utilisation de la main-d'œuvre. Le constat ressort ainsi plus pré- occupant. L'indicateur global de sous-utilisation atteint 22,5%, révélant un important potentiel de travail inexploité. Plus de 884.000 personnes souhaitent travailler, mais ont renoncé à rechercher activement un emploi. Le taux de chômage au sens strict s'établit à 10,8%, mais grimpe à 17,1% lorsque l'on intègre les travailleurs découragés. Pour les jeunes, cet indicateur atteint même 40,4% contre 27,9% pour les femmes. Les femmes, principal angle mort La participation des femmes demeure le point noir du marché du travail. Selon la nouvelle métho- dologie, le taux d'activité féminin ne dépasse pas 17,5%, plaçant le Maroc parmi les pays où la partici- pation des femmes au marché du travail est la plus faible au monde. Le taux d'activité global atteint seu- lement 41,8%, très en dessous de la moyenne mondiale estimée à près de 61%. Pour la Banque mondiale, plusieurs facteurs expliquent cette situation : insuffisance des services de garde d'enfants, transports publics ina- daptés, difficultés de conciliation
entre vie familiale et activité profes- sionnelle, mais aussi persistance de certains biais dans les pratiques de recrutement. Cette réalité rejoint le diagnostic récemment formulé par le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri. Dans son rapport annuel, il recon- naît l'existence d'un décalage entre les performances économiques du pays et le ressenti des citoyens. Si les indicateurs macroéconomiques témoignent d'une économie rési- liente, l'emploi demeure «le maillon faible» de la croissance. Ce sont précisément les difficultés d'accès au travail, le chômage des jeunes, le sous-emploi et les inégalités qui empêchent une large partie de la population de percevoir concrè- tement les bénéfices de la crois- sance. Autrement dit, le PIB progresse plus vite que le sentiment d'amélio- ration des conditions de vie. Pour la Banque mondiale, la réponse passe désormais par un gain durable de productivité. Le rapport identifie la transforma- tion numérique comme le princi- pal levier de cette nouvelle phase de développement. Aujourd'hui, moins d'une entreprise marocaine sur cinq utilise de manière inten- sive les technologies numériques avancées. Pourtant, les entreprises les plus digitalisées enregistrent des gains de productivité pouvant atteindre 70%, créent des emplois environ 10% plus rapidement et offrent des rémunérations supé- rieures de près de 27% en moyenne. L'enjeu est donc d’améliorer la compétitivité des entreprises afin de créer davantage d'emplois qua- lifiés, mieux rémunérés et suffi- samment attractifs pour réintégrer les travailleurs découragés dans le marché du travail. Mais, surtout de faire en sorte que la richesse produite au niveau national se tra- duise par davantage d'opportuni- tés professionnelles, une meilleure inclusion économique et une pro- gression tangible du niveau de vie des citoyens. ◆
de Paraître
Vient
A travers cet ouvrage, qui vient de paraître dans les Editions Le Matin, l’auteur a montré que les effets de l’IA ne peuvent être appréciés de la même manière dans les pays où la base contributive est plus étroite, l’informel plus présent et les infrastructures cognitives majoritairement importées. Refusant la posture de donneur de leçon, il donne un éclairage sur les possibles actions qui peuvent être entamées dès à présent, pour faire de l’IA un levier de valeur et de progrès pour nous Africains.
BIO EXPRESS
Kamal El Alami est auteur, journaliste, ingénieur d’Etat et manager. Directeur général adjoint du Groupe Le Matin, il conjugue depuis plus de trente ans une expérience de terrain dans l’industrie, les médias, la transformation organisationnelle et le management stratégique. Diplômé de l’Ecole Mohammadia d’Ingénieurs, il a construit un parcours atypique à la croisée de plusieurs disciplines. A travers ses tribunes publiées dans Le Matin, il prolonge cette démarche dans l’espace public en abordant des sujets liés au leadership, à l’entreprise, à l’intelligence artificielle, à la souveraineté économique, aux transitions organisationnelles et aux grands équilibres sociétaux.
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker