58 JEUDI 30 JUILLET 2026
FINANCES NEWS HEBDO
Plus préoccupant encore, le chô- mage des jeunes de moins de 24 ans a progressé à 37,2%, tandis que celui des diplômés reste élevé, à 19,1%. L’économie nationale a certes créé 193.000 emplois entre 2024 et 2025, contre seulement 82.000 l’année précédente, mais cette création demeure concentrée dans les services (123.000 postes) et le BTP (64.000), alors que l’agri- culture a perdu 41.000 emplois. J’y vois trois explications structurelles. La première réside dans la dégra- dation de l’ICOR, que j’évoquais précédemment, qui traduit une intensité capitalistique croissante de la croissance marocaine. Les grands projets structurants, qu’il s’agisse de l’automobile, des phosphates ou de l’énergie, sont par nature davantage créateurs de valeur que d’emplois massifs, notamment dans un contexte de montée en gamme et d’automati- sation. La deuxième explication ressort clairement du bilan de la Charte de l’investissement. À mi-parcours, 68% de l’objectif financier ont été atteints, contre seulement 33% de l’objectif de création d’emplois. Cela montre qu’il est aujourd’hui plus facile de mobiliser des capi- taux que de les transformer en emplois stables. Enfin, il existe un problème d’adé- quation entre la formation et les besoins du marché du travail. C’est un sujet sur lequel j’insiste réguliè- rement dans vos colonnes. Il est indispensable de réaliser un dia- gnostic précis des besoins en com- pétences et de mettre en place une véritable ingénierie de formation orientée vers les métiers d’ave- nir. Les investissements les plus importants ne pourront produire pleinement leurs effets que s’ils s’appuient sur une main-d’œuvre qualifiée. F. N. H. : Le Maroc est-il aujourd’hui plus attractif pour les investisseurs qu’il y a deux décennies ? Quels sont les principaux facteurs qui expliquent cette évolu- tion ? S. T. : Je ne peux répondre que
L’industrie automobile s’est imposée comme l’un des principaux moteurs de l’économie marocaine, avec plus de 8 milliards de dollars d’exportations par an.
par l’affirmative, même si les ins- truments de mesure ont évolué au fil des années. Sur l’ancien classe- ment Doing Business de la Banque mondiale, le Maroc a gagné 75 places entre 2004 et 2020, dont 35 places entre 2007 et 2019, pour atteindre le 53e rang mondial sur 190 pays dans l’édition 2020. Il occupait alors le 3e rang dans le monde arabe et en Afrique, derrière les Émirats arabes unis (16e) et Bahreïn (43e), et devant la Tunisie (78e) et l’Égypte (114e). Le nouveau rapport Business Ready de la Banque mondiale confirme cette dynamique. Le Maroc obtient un score de 63,44 sur 100, se classant 2e en Afrique et dans le monde arabe, au-dessus de la moyenne mondiale qui est de 60,11, de la moyenne africaine de 50,87 et de la moyenne arabe de 58,31. Cette performance est éga- lement corroborée par le rapport Where to Invest in Africa 2025-2026 de Rand Merchant Bank, qui place le Royaume au 5e rang continental. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution, à savoir des infras- tructures de niveau mondial avec Tanger Med, le réseau autoroutier, la LGV et les aéroports; une diver- sification sectorielle réussie dans l’automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables, l’offshoring ou encore le tourisme; ainsi que la Charte de l’investissement qui a simplifié et harmonisé les disposi- tifs d’incitation. La base des investisseurs s’est également diversifiée. En 2024, les
Émirats arabes unis sont devenus, pour la première fois, le premier investisseur étranger au Maroc avec 3,1 milliards de dirhams, soit une hausse de 57,8%, représentant 18,9% du total des IDE, devant des partenaires historiques comme la France, l’Espagne ou l’Allemagne. Autre indicateur révélateur de son attractivité, le Maroc figure parmi les rares pays africains, aux côtés de l’Île Maurice et des Seychelles, à enregistrer un afflux net de grandes fortunes. Selon le Henley Private Wealth Migration Report 2025, le Royaume compte environ 6.800 millionnaires, devançant même l’Afrique du Sud. F. N. H. : Ces investissements ont-ils permis de réduire les disparités territoriales et de stimuler le développement des régions ? S. T. : C’est probablement sur ce point que le bilan est le plus mitigé, et il faut le dire clairement. Malgré la réduction des disparités territoriales, affichée comme l’un des neuf objectifs fondamentaux de la Charte de l’investissement, les chiffres du haut-commissariat au Plan montrent que ces écarts ne se réduisent pas; ils tendent même à s’accentuer. En 2024, trois régions seulement
concentrent près de 60% de la richesse nationale : Casablanca- Settat avec 32,3% du PIB, Rabat- Salé-Kénitra avec 15,5% et Tanger- Tétouan-Al Hoceïma avec 10,7%. Cette concentration est restée quasiment stable au cours de la dernière décennie. Plus révélateur encore, l’écart absolu moyen entre les PIB régio- naux, qui mesure la distance entre chaque région et la moyenne natio- nale, est passé de 73,3 milliards de dirhams en 2022 à 83,1 milliards en 2023, puis à 90,9 milliards en 2024. Le PIB par habitant reflète la même fracture. La moyenne nationale s’établissait à 40.508 dirhams en 2023, avec des régions comme Dakhla-Oued Eddahab, où il dépasse 89.500 dirhams, alors que des régions à dominante agricole, telles que Béni Mellal-Khénifra ou l’Oriental, affichent des niveaux nettement inférieurs, notamment en raison de leur plus forte exposition aux aléas climatiques. Cela ne signifie pas que rien n’a été entrepris. Les provinces du Sud démontrent, au contraire, qu’un développement accéléré est pos- sible lorsque des filières spécifiques sont mobilisées. En revanche, cela confirme qu’un investissement public, même massif, ne suffit pas, à lui seul, à corriger les déséqui- libres territoriaux. Sans écosystèmes productifs locaux, sans compétences de proximité et sans un tissu d’entre- prises privées solidement ancré dans les territoires, l’investisse-
Le PIB du Maroc est passé d’environ 46 mil- liards de dollars en 1999 à près de 184 mil- liards à fin 2025, reflet d’un effort d’investis- sement parmi les plus soutenus de la région.
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