Finances News Hebdo 1243

60 JEUDI 30 JUILLET 2026

FINANCES NEWS HEBDO

L’hydrogène vert et les exportations d’éner- gies renouvelables vers l’Europe constituent un véritable facteur de différenciation face à des concurrents comme l’Égypte ou la Tunisie. Le quatrième levier, qui me paraît encore sous-exploité, est celui des grands rendez- vous sportifs. La CAN 2025, puis la Coupe du monde 2030 doivent être utilisées non seulement comme des catalyseurs d’investis- sements dans les infrastructures, mais aussi comme une vitrine internationale de l’attracti- vité du Maroc auprès des investisseurs. Le Royaume doit également consolider son rôle de plateforme vers l’Afrique en s’appuyant sur Tanger Med, Nador West Med, Dakhla Atlantique et la Zone de libre-échange conti- nentale africaine. Peu de pays concurrents, notamment en Afrique du Nord, disposent d’atouts comparables sur les plans logistique, bancaire et commercial. Enfin, un levier est encore trop souvent sous- estimé : le capital humain. Il n’y a de richesse que d’hommes et de femmes capables de por- ter les projets de leur pays. Les investisseurs internationaux ne se limitent plus à comparer le coût du foncier, les incitations fiscales ou la qualité des infrastructures. Ils évaluent égale- ment la disponibilité d’une main-d’œuvre qua- lifiée et immédiatement opérationnelle. C’est précisément sur ce terrain que se joue aujourd’hui une partie de la concurrence avec des pays comme Singapour, le Vietnam, la Pologne ou encore l’Égypte, qui ont fait de la formation professionnelle ciblée un véritable argument d’attractivité. Le Maroc dispose d’atouts réels, notamment une population jeune, un coût du travail com- pétitif et des instituts de formation en plein développement, à l’image de l’OFPPT, des Écoles d’excellence et des Cités des métiers et des compétences. Toutefois, le décalage entre les objectifs de la Charte de l’investissement en matière d’emploi et les résultats obtenus montre que l’offre de compétences ne suit pas toujours le rythme des projets approuvés. Il convient désormais de passer d’une logique réactive, consistant à former après l’implanta- tion des projets, à une logique anticipative. Il s’agit de cartographier en amont les besoins en compétences des filières prioritaires -auto- mobile, aéronautique, intelligence artificielle, énergies renouvelables ou encore tourisme -, puis de déployer une ingénierie de formation adaptée, avant même la signature des conven- tions d’investissement. C’est cette capacité à garantir un vivier de compétences immédia- tement mobilisables qui permettra demain au Maroc de se démarquer de pays offrant des conditions similaires en matière d’incitations et de renforcer durablement son attractivité. ◆

 Le Maroc concentre près de 70% des réserves mondiales de phosphate et s’impose comme le 1 er exportateur mondial d’engrais phosphatés grâce au groupe OCP.

ment continuera de se concentrer dans les régions les plus attractives.

qui créent, structurellement, le plus d’emplois par Dirham investi. Elles devraient donc deve- nir une priorité aussi affirmée que les grands projets structurants. F. N. H. : Dans un contexte de forte concurrence entre les pays pour attirer les capitaux, quels nouveaux leviers le Maroc doit-il activer pour rester une destination d’investissement compéti- tive ? S. T. : Rappelons tout d’abord que le Maroc affiche un ratio investissement-PIB de 26,1%, supérieur à la moyenne africaine qui s’établit à 23,3%. Cela étant, un long chemin reste à parcourir pour renforcer l’attractivité et la com- pétitivité du Royaume. Le premier levier consiste à poursuivre la diversification des investisseurs. Le fait que les Émirats arabes unis soient devenus, en 2024, le premier investisseur étranger au Maroc, devant la France, doit être consolidé par une prospection active auprès de nouveaux bas- sins de capitaux, notamment en Asie, en Afrique subsaharienne et auprès des fonds souverains du Golfe. Le Royaume doit éga- lement réduire sa dépendance à l’égard de ses partenaires européens, qui représentent encore près de 60% des exportations maro- caines de biens, selon l’OCDE. Le deuxième levier réside dans la capitalisation sur la dynamique du Nearshoring. Le Maroc figure, aux côtés de l’Égypte et de l’Algé- rie, parmi les destinations nord-africaines les plus compétitives, selon le Savills Nearshoring Index 2026. Cette reconnaissance doit désor- mais se traduire par le développement de filières à forte valeur ajoutée, notamment dans l’électronique et les industries technologiques. Le troisième levier concerne la montée en gamme énergétique et environnementale.

F. N. H. : Quels sont les principaux défis à relever pour faire de l’investissement un moteur encore plus puissant de croissance et d’emploi ? S. T. : Le dernier rapport de Bank Al-Maghrib est très clair à ce sujet. Il ne remet pas en cause les réalisations enregistrées, mais invite les pouvoirs publics à franchir une nouvelle étape. Le premier défi consiste à améliorer le rendement de chaque Dirham investi en matière de croissance et d’emplois, plutôt que de continuer à augmenter les volumes d’inves- tissement. Le deuxième est de faire du ratio d’emplois stables, introduit par la Charte de l’investis- sement, un véritable critère de sélection des projets, et non un simple indicateur de suivi. Le troisième défi est territorial. Sans une stra- tégie différenciée selon les régions, fondée sur le développement d’écosystèmes productifs locaux et pas uniquement sur des enveloppes budgétaires, les écarts territoriaux continue- ront de se creuser. Le quatrième défi est celui du capital humain. Le prochain gouvernement, après les élections, devra renforcer la protec- tion sociale, lutter contre l’économie informelle et améliorer l’adéquation entre la formation et les besoins de l’emploi. Enfin, le cinquième défi concerne le finance- ment des PME, qui demeure le parent pauvre de la dynamique d’investissement. Pourtant, grâce à des dispositifs comme Go Siyaha ou les mécanismes de Tamwilcom, ce sont elles

Le véritable défi n’est plus de mobiliser les capitaux, mais de les convertir en emplois durables et en valeur ajoutée pour l’économie.

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