Finances News Hebdo 1243

62 JEUDI 30 JUILLET 2026

FINANCES NEWS HEBDO

Le nouveau pari de la croissance Le Maroc a, ces dernières années, bâti sa compétitivité par les routes, les ports, les zones industrielles et l’énergie. Une nouvelle étape s’ouvre. L’intelligence artificielle, le cloud, la recherche et les compétences deviennent à leur tour des infrastructures stratégiques. Par K. A. IA - Innovation - Capital humain

pour améliorer leurs services et développer de nouveaux produits.

L’intelligence artificielle change d’échelle L’IA devient le cœur du prochain cycle. La feuille de route AI Made in Morocco 2030 vise à faire émerger des solutions fiables, souveraines et adaptées aux réalités locales. À l’ONU, Amal El Fallah Seghrouchni a insisté sur une idée centrale : les pays ne doivent pas se contenter «d’adopter les technologies existantes». Ils doivent aussi développer leurs compétences, leurs données, leurs infrastructures et leurs règles de gouvernance. Pour le Maroc, l’enjeu est double. Il faut inté- grer l’IA dans l’industrie, la santé, l’éducation, l’agriculture ou les services publics. Mais il faut aussi créer des technologies marocaines capables de prendre en compte l’arabe, la darija, l’amazigh et les besoins propres aux ter- ritoires. C’est à cette condition que l’IA pourra devenir un outil de productivité et non une simple technologie importée. Par ailleurs, la bataille décisive se jouera sur le capital humain. Universités, écoles d’ingé- nieurs, centres de recherche et programmes de reconversion doivent répondre à une demande croissante en compétences liées à la data, au cloud, à la cybersécurité et à l’intelligence artificielle. Cette priorité rejoint une orientation royale plus actuelle que jamais. Dans un message adressé aux participants à la première Journée nationale de l’industrie, le Roi Mohammed VI avait souligné que «l’ambition industrielle ne peut être portée que par un capital humain aux capacités et aux compétences renforcées» . Le Souverain avait aussi appelé à rapprocher les entreprises, les universités et les centres de recherche pour faire de l’innovation un moteur de croissance. Le Maroc dispose désormais d’une straté- gie, d’infrastructures et d’un écosystème en construction. La prochaine étape sera plus difficile : transformer ces actifs en entreprises solides, en brevets, en exportations et en emplois qualifiés. Le succès ne se mesurera pas seulement au nombre de centres de données, de formations ou de startups créées. Il dépendra de la capa- cité du pays à faire circuler la recherche vers l’entreprise, à financer la croissance des jeunes pousses et à donner aux PME les moyens d’adopter les nouvelles technologies. Les infrastructures ont préparé le terrain. Mais elles ne créent pas, à elles seules, la richesse. Le Maroc de demain se jouera dans sa capa- cité à former, innover et produire ses propres solutions. C’est là que se trouve désormais le véritable seuil de compétitivité. ◆

 Le Maroc de demain se jouera dans sa capacité à former, innover et produire ses propres solutions.

A

vec Digital Morocco 2030, le numérique n’est plus traité comme un secteur isolé. Il devient un outil de transformation de l’administration, de l’entreprise et de l’emploi. Les investissements publics dédiés au digital sont passés de 11 millions de dirhams en 2021 à plus de 1,7 mil- liard en 2024. À Agadir, Aziz Akhannouch, chef du gouvernement, a présenté le numérique comme «un levier de croissance économique, et un moyen de créer des emplois qualifiés pour la jeunesse» . Cette ambition se mesure désormais à l’exécu- tion. Services publics en ligne, accompagne- ment des entreprises, formation et soutien aux startups doivent produire des effets concrets sur la productivité. Une stratégie numérique ne vaut pas par le nombre de plateformes lancées, mais par le temps qu’elle fait gagner, les coûts qu’elle réduit et les activités qu’elle permet de créer. Le pari des infrastructures L’ouverture de la région Oracle Cloud à Casablanca en 2026 marque un changement

d’échelle. Entreprises et organismes publics disposent d’un accès local à des services avancés de cloud et d’intelligence artificielle, avec un hébergement des données au Maroc. Une deuxième région est prévue à Settat, tandis que les centres de recherche et déve- loppement d’Oracle à Casablanca et Agadir renforcent le lien entre infrastructures, ingénie- rie et formation. Cette évolution touche directement la souve- raineté économique. Sans capacités locales de stockage, de calcul et de traitement, l’ambition numérique reste dépendante de plateformes extérieures. Mais l’infrastructure ne suffit pas. Elle doit être utilisée par les administrations, les industriels, les banques, les PME et les startups

Après les infrastructures, le Maroc joue désormais sa prochaine bataille : celle de l’intelligence artificielle, de l’innovation et des compétences.

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