SAM ALLONS
03 | 2021
Des personnes en détresse Un problème du quotidien p. 9
Quand Dieu nous étonne Confiants malgré tout p. 13
Quand la langue n’est pas une barrière Elle est un pont p. 17
envoyés!
ÉDITORIAL
SOMMAIRE
02 Éditorial
Luisa Vonarburg Responsable de la rédaction SAM Allons
Luisa Vonarburg
03 Pris sur le vif Andreas G. 04 Pas de hâte Martha G. 06 Un appel sans frontières Jürg Pfister 07 La foi dans la tempête Abel 08 De la précision suisse – à la fonctionnalité guinéenne Sämi W. 09 Des personnes en détresse – un problème du quotidien (ou pas) Luisa Vonarburg mit Tabea Oppliger 11 Réconcilié avec mes frontières Andreas Boppart 12 Recette de cuisine Beat Roggensinger 13 Quand Dieu nous étonne Naemi S. 13 Confiants malgré tout Priska M.
Il y a quelques semaines, je suis allée au supermarché du coin. Avec mon masque de protection sur la bouche et le nez, mes lunettes étaient plus un écran de buée qu’une aide visuelle. Néanmoins, j’ai remarqué une dame à l’en- trée, qui vendait des magazines en faveur des sans-abri. Puis, en faisant mes achats, j’ai réalisé à quel point j’étais bénie. Avoir des revenus suffisants ne va pas de soi, sur- tout pendant la pandémie de coronavirus. Et c’est alors que l’image brumeuse est réapparue : celle de la femme à l’entrée. Une décision Dans la vie, nous avons souvent l’occasion de prendre des décisions. Il y a le pour et le contre, ce qui est facile à choisir et ce qui l’est moins, ce qui a des limites et ce qui n’en a pas. Beaucoup de nos collaborateurs à l’étranger sont constam- ment confrontés à ces deux mondes. D’une part, les op- tions sont limitées, la pauvreté peut être accablante et il n’y a pas toujours les ressources nécessaires pour aider partout. D’autre part, la foi en un Dieu pour lequel rien n’est impossible fait disparaître les frontières. Une vue claire Pendant que je payais mes courses, ma vision s’est éclaircie. Pas à travers mes lunettes, mais dans mon cœur. J’avais la nette impression que je devais faire plaisir à cette femme et la « voir » réellement. J’ai pris la décision de remarquer l’évidence et d’agir. J’ai acheté des fleurs et je les lui ai of- fertes. Ses yeux ont brillé ! Elle n’a pas hésité et m’a don- né un de ses magazines. Bien que nous ne nous connais- sions pas et que nous venions de mondes complètement différents, nous avons toutes deux franchi une frontière et fait un pas vers l’autre. Dans les articles qui suivent, nous vous donnons l’occa- sion d’être inspiré. Inspiré par des personnes qui ont sur- monté des frontières, qui sont (pour l’instant) retenues par des limites, et par des histoires où des miracles et des percées ont déjà eu lieu.
Luisa Vonarburg, Communication
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PRIS SUR LE VIF
14 Un esprit d’ouverture et d’amour Aimée M. 15 Un programme radio qui a des effets Isac S. 16 Sans frontières ? envoyés ! Paroles de nos collaborateurs 17 Quand la langue n’est pas une barrière Cédric Ch. 18 « Ce souci ne m’appartient pas ! » Helen M. 19 #be sent Travailler chez SAM global 22 Pouls financier Peter Röthlisberger
Je suis enseignant de l’école secondaire à la retraite. J’ai passé neuf semaines à enseigner la « méthodologie géné- rale » au séminaire pédagogique de l’église évangélique du Tchad. Pendant deux semaines, j’ai pu accompagner les étudiants dans leur stage pratique, ce qui n’était pas prévu au départ mais qui s’est révélé utile, nous permet- tant une expérience commune. Voici un aperçu de mes expériences : • J’étais donc face à 19 étudiants qui avaient tous sui- vi douze ans de scolarité en français et qui le parlaient mieux que moi-même. J’ai pensé que cela allait être amu- sant, et les étudiants probablement aussi ! • J’étais censé prier au début et aussi à la fin de la leçon et je n’ai pas tardé à être réprimandé parce que j’ou- bliais souvent la prière finale. Plusieurs aspirent à trans- mettre la Bonne Nouvelle à l’école. La Bible est recon- nue comme autorité suprême. • En enseignant les mathématiques, j’ai pris conscience que mes anciens élèves de sixième en Suisse n’étaient pas si mauvais, après tout. Ici, la plupart de mes étu- diants, même bacheliers, affichaient de moins bonnes prestations. • La température de la salle de classe atteignait les 44 degrés les après-midis. Un étudiant affirmait à titre de consolation qu’elle aurait pu dépasser les 50 degrés ! • Aucun étudiant n’avait jamais utilisé de compas, aussi ont-ils apprécié que je leur en donne. Ils en ont improvi- sé un dans le sable au moyen d’une ficelle de 10 mètres de long, une idée très pratique et concrète. • On m’a demandé comment j’enseignerais une classe de 70 écoliers. J’y avais déjà réfléchi et j’ai pu leur mon- trer un concept correspondant à une classe regroupant plusieurs niveaux. Ils ont étonnamment bien accueilli mes explications. • Le plus beau moment de cet enseignement : quatre étu- diants chantent devant le groupe et moi je me mets à danser. Je ne sais pas si ma femme se serait autant ré- jouie que les étudiants. L’engagement a-t-il valu la peine ? En estimant que la moi- tié des participants en retire quelque chose, et par consé- quent aussi leurs 55 élèves (effectif moyen au Tchad), cela fait 550 enfants par année. Je trouve alors que mon travail et l’effort de surmonter des limites en valaient la peine !
Page titre : Sämi W. a travaillé comme court-terme en Guinée. Plongez dans son histoire en page 8.
Andreas G. Enseignant retraité Engagement de spécialiste au Tchad
Pour des raisons de sécurité, nous ne mentionnons pas les noms de famille de nos collaborateurs à l’étranger.
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Martha et Madame S.
Madame S. et sa mère
Madame S. dans son village
Madame S. avec son pasteur
Madame S. sur un tricycle
PAS DE HÂTE Pendant trente ans, je me suis investie pour les ma- lades de la lèpre à Macenta en Guinée. Des per- sonnes méprisées et marginalisées ont repris courage et retrouvé leur dignité. Les paroles d’un chant allemandme viennent spontanément en mémoire : « Oser marcher en comptant sur un bon chemin ». D’innombrables fois dans ma vie, cette phrase s’est avérée être une vérité digne de confiance. Quand j’osais écouter Dieu et agir selon Ses paroles, je réalisais comment les frontières que je m’étais fixées éclataient. Pendant ces trente ans àMacenta, j’ai vécu de très nombreuses situations qui m’ont amenée à m’émerveiller. Je pense en par- ticulier aux années durant lesquelles j’ai dirigé avec mes amis guinéens le projet de réinsertion des malades de la lèpre han- dicapés mais guéris. Dans mes idées limitées j’hésitais souvent à considérer les choses courageusement selon la perspective de Dieu, et d’agir en conséquence. Je suis très reconnaissante au Seigneur d’avoir mis à mes côtés des collaborateurs pleins de patience. Ensemble nous avons régulièrement vu que pour Dieu rien n’est impossible (Luc 1.37). Et cela en dépit de mes (et de nos) limites relatives à tant de choses. Dieu ne vient jamais trop tard Je m’en souviens encore très bien : Madame S. vend de pe- tits objets au marché. Pour cela, elle est assise par terre sur
une vieille natte. Comme elle est mutilée aux mains et aux pieds, elle se protège du regard des gens avec des tissus. En passant, mon collaborateur lui adresse la parole. Elle nous regarde très timidement et avec réticence. Il l’encourage à ne pas avoir peur de nous. Nous trouvons un endroit pro- tégé où nous parlons longtemps avec elle. À aucun moment elle ne nous montre ses pieds. À ses mains sans doigts nous voyons bien qu’elle a eu la lèpre. Nous lui promettons de re- venir malgré les 170 kilomètres de distance. Lors de la deuxième visite elle parvient à surmonter sa honte et nous montre ses pieds pleins de plaies : une triste vision. Une relation de confiance grandit, elle ose venir au CHRS de Macenta et rencontre d’autres personnes touchées par la lèpre. Dans les années qui suivent nous faisons la connais- sance de sa famille. Sa confiance en elle et sa joie de vivre augmentent. Nous sommes même témoins qu’elle se confie en Jésus, devient une femme rayonnante et retourne parmi les siens. La bonté de Dieu est sans limites Pour les malades de la lèpre comme madame S., la misère, la pauvreté, la souffrance, le désespoir et la peur du rejet font souvent partie du quotidien. Quelle joie quand ils découvrent que les vérités divines sont valables pour eux aussi : aide, joie, courage, espérance, bonté et bienveillance. Mais il faut sou- vent beaucoup de temps et de persévérance.
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Le chauffeur Samuel, avec lequel j’ai parcouru des milliers de kilomètres, a dit lors de ma fête d’adieu : « J’ai un autre nom pour Martha. Elle se nomme Soma – l’intrépide. Elle ose des pas où d’autres reculent. Elle dort sur des paillasses incon- fortables. Elle est inébranlable quand il s’agit de se rendre à pied chez les anciens malades dans les villages éloignés, là où aucune voiture ne peut plus aller. » Durant ces trente ans, je me suis rendu compte du fait sui- vant : « Les frontières ne peuvent parfois pas être franchies à la hâte. »
Martha G. Ancienne collaboratrice Macenta, Guinée
Patients lèpre dans la région forestière, Guinée 1982 – 2020
3500
3000
2500
Neue Patient/innen Patient/innen Ende Jahr ouveaux patients s à la fin de l’ nnée
2000
1500
1000
500
0
Année
Aperçu du travail contre la lèpre en Guinée depuis plus de 38 ans : les succès sont visibles. (source : données de SAM global – Stefan Strahm, 2021)
Madame S. fait partie des milliers de malades de la lèpre qui ont été traités grâce à l’action de SAM global, expérimentant un peu d’attention et d’amour. Les premiers collaborateurs de SAM global, arrivés fin 1981 à Macenta, ont commencé peu après le traitement de ces personnes, initialement dans le seul Centre Médical (appelé maintenant CHRS). Dès 1987, ce travail s’est étendu à toute la région forestière de Guinée, en collaboration avec le Ministère guinéen de la santé. Il en a résulté une forte augmentation des patients nouvellement diagnostiqués et de ceux enregistrés à la fin de l’année. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS)
avait prévu pour l’an 2000 « l’élimination de la lèpre en tant que problème de santé publique », ce qui a provoqué une nouvelle croissance des cas nouvellement diagnostiqués dans les années autour de 1997. Le but d’avoir moins de 1 malade de la lèpre par 10 000 habitants a été atteint fin 2002 pour la région forestière, mais on continue à trouver de nouvelles personnes atteintes, qui n’ont jamais été soignées et ont besoin de thérapie. Le travail n’est pas encore fini.
Après des débuts qui semblaient peu prometteurs, on peut discerner rétrospectivement l’action de Dieu.
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UN APPEL sans frontières sans frontières
Le verset d’Esaïe 40.12 exprime à quel point Dieu est sans limites : « Qui a mesuré les océans dans le creux de sa main ? Qui a fixé les dimensions du ciel dans une mesure… ? » Les versets qui suivent démontrent aussi que Sa grandeur et Sa puissance dépassent simplement tout ce que nous pouvons imaginer et font exploser toutes nos frontières. Mais il n’y a pas que la grandeur de Dieu qui soit sans limites. Sa force, Son autorité, Son amour, Sa bonté et Sa grâce dé- passent tout ce que nous pouvons imaginer. Pierre est pour moi un exemple impressionnant de la façon dont on peut aller au-delà de ses propres limites et dont une partie de l’amour, de la force et de la grandeur sans fron- tières de Dieu peuvent agir dans notre vie. La prédisposition à expérimenter l’ab- sence de limites de Dieu 1. Tout a commencé ainsi : « Venez, suivez-moi. » (Marc 4.18) Jésus a invité Pierre et son frère André à quitter leur boulot, à tout abandonner et à Le suivre. La déci- sion de s’attacher à Jésus est en fait la décision d’aller au-delà des limites humaines et d’expérimenter l’amour, la grâce et la force sans limites de Dieu ! Où l’on trouve des ressources illimitées 2. Dans Actes 3.6-7, Pierre dit : « Je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche ! Puis il le prit par la main droite et le fit lever. » Pierre était conscient de ses limites matérielles, mais également des ressources inépuisables de Dieu dont il pouvait bénéficier en tant que disciple ! Comment aller au-delà des limites 3. Dans Matthieu 14.26-31, nous lisons comment Pierre, le regard fixé sur Jésus, est sorti courageusement de la barque alors que tous les autres restaient assis, et a été le seul à expérimenter la marche sur l’eau ! Où sont les personnes qui quittent la barque sûre (travail, appar- tement ou maison, patrie) et osent se mettre à l’eau ?
Il vient à notre rencontre avec un amour et une patience sans limites 4. Pierre a été plus courageux que la plupart de ses collè- gues et est resté à proximité de Jésus après son arresta- tion, mais il L’a malgré tout renié trois fois. Après Sa ré- surrection, Jésus l’a rencontré, lui a demandé trois fois s’il L’aimait et lui a malgré tout redonné une mission, lui a accordé Sa confiance et l’a encouragé à continuer à Le suivre (voir Jean 21.19-22). Il nous aide à surmonter la peur 5. Pierre, rempli du Saint-Esprit, a tenu un discours puis- sant dans Actes 2 et a vaincu la limite de la peur des hommes de façon impressionnante ! Ce que tu peux faire activement 6. Pour Pierre le juif, il était inimaginable de se rendre chez les non-juifs, de manger avec eux et d’être en communion avec eux. Dans Actes 10, nous lisons comment Dieu a conduit Pierre à vaincre cette limite ! Dieu aime toutes les ethnies et n’accepte pas ces frontières ! La force, l’amour de Dieu et l’offre de réconciliation sont sans frontières. Êtes-vous prêt à vaincre vos limites comme Pierre : pour l’expérimenter dans votre vie et le rendre ac- cessible à d’autres ?
Jürg Pfister Directeur de SAM global
Louis GIGLIO : Dieu est Grand
Suggestion de vidéo :
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(Source : Screenshot youtube)
LA FOI DANS LA TEMPÊTE
La situation actuelle et la vie avec Boko Haram est une période d’horreur. Ce groupe radical s’oppose à l’éducation occidentale, mais vit dans la dépen- dance de ses produits. Sa violence a créé une crise humanitaire aiguë, le ni- veau de pauvreté et de sous-développe- ment augmente de manière alarmante. On assiste à une « bokoharamisation », c’est-à-dire une islamisation totale, di- rigée contre les « païens » : les chré- tiens et les « mauvais » musulmans. Ils doivent tous être exterminés. Aucune pitié Les gens vivent dans la peur, car les is- lamistes coupent les oreilles des gens, tuent les hommes, violent les femmes et les filles et les forcent à se convertir à l’islam. Des écoles, villages, églises et centres de santé sont détruits. Des at- tentats-suicides sont perpétrés. Les inci- dents s’accumulent alors même que les soldats tentent de repousser les groupes radicaux. Au Cameroun, la région des Monts Mandara est la plus touchée. Les conséquences sont dévastatrices : les habitants fuient et tentent de s’instal- ler dans d’autres régions. Des famines et des maladies en découlent. Les femmes et les filles violées sont abandonnées avec des grossesses non désirées. Les en- fants et les jeunes ne peuvent plus aller à l’école. Déscolarisés, ils ne reçoivent plus d’éducation. Ils risquent de deve- nir des criminels, voire de se radicaliser. La foi dans la tempête Les chrétiens souffrent également de persécutions. Mais nous entendons aus- si souvent parler de cas où Dieu est ma- nifestement intervenu pour sauver la vie de Ses enfants. En 2016, un groupe armé de Boko Haram a décidé d’ex- terminer les chrétiens de Bame-Kolo- fata. Ils en ont eu vent et ont voulu prévenir les autorités administratives. Mais le pasteur a dit : « Prions d’abord Dieu » , et il a cité le passage d’Exode 14.14 : « C’est l’Éternel qui combat-
Lorem ipsum Bildbeschriftung Omm olest pellaut esequi non corumquias dusdandis eum in nis illate labor ad eate dolo maio. Face à de tels miracles, les chrétiens prennent courage, leur foi est renfor- cée i s se ntent ri hes. Riches, pas s le sens où ils ont suffisamment de m yens financiers, au contraire, ils ont tout perdu. Mais ils ont le plus im- portant : DIEU. Depuis le début de la terreur, pas un seul pasteur de l’UEEC n’est mort à la suite d’une attaque de Boko Haram. Nous rendons gloire à Dieu et Le louons pour cela. Alléluia ! Le 18 août de la même année, des parti- sans de Boko Haram ont résolu de brû- ler l’église de Tayer-Mora. Ils ont mis en tas les bancs, les chaises et les tables, ont placé des tiges de paille au-dessus, puis ont encore attaché des tissus à la charpente. Enfin, ils ont arrosé le tout d’essence et y ont mis le feu. Ils se sont éloignés pour attendre le résultat. Mais surprise ! Seuls les tiges et les tissus ont brûlé, tout le reste est resté indemne. Espoir sans limites tra pour vous. Quant à vous, gardez le silence ! » À sept heures du soir, alors qu’ils étaient encore en train de prier, ils ont entendu des coups de feu der- rière l’église. C’étaient des soldats, qui étaient en train de battre les assaillants. Les chrétiens sont restés ensemble en prière toute la nuit, louant Dieu. Deux jours plus tard, les islamistes ont décidé d’éliminer le pasteur. Il les a en- tendus débattre devant sa maison pour savoir s’ils devaient entrer ou non. Fina- lement, ils se sont retirés les uns après les autres !
Le groupe terroriste radical Boko Haram sévit dans de nombreuses régions d’Afrique. Visant une isla- misation totale, il ne connaît au- cune pitié. Les collaborateurs locaux sur le terrain nous trans- mettent des témoignages de pre- mière main sur la peur, la terreur et l’intervention de Dieu dans des moments terribles.
Abel avec sa femme, devant un bâtiment du CEFMA
Abel Directeur CEFMA
Malgré tout, les étudiantes du CEFMA plantent des jardins et des arbres
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DE LA PRÉCISION SUISSE – À LA FONCTIONNALITÉ GUINÉENNE
que le clignotant, qu’on ne mange pas du riz seulement à midi, mais également pour le petit-déjeuner et qu’on ne peut passer les postes de contrôles militaires qu’avec le bon dosage de palabre et d’humour. Ces choses-là ont également légèrement déplacé les limites de ma ca- pacité d’imagination. Si par exemple vous vous étonnez de croiser une voi- ture transportant une chèvre sur le toit, la suivante transportera sûrement une vache. En plus d’une chèvre. Rien n’est impossible Avec le temps, toutes ces impressions qui poussaient mon raisonnement suisse à ses limites sont devenues nor- males. Ce n’est que lorsque j’ai com- mencé à comprendre qu’en matière de chargement de voiture, de propreté et de bien d’autres choses, je devais être le seul dans ce pays pour lequel il exis- tait des limites, que j’ai réussi à m’y habituer. Il semblerait donc que j’aie abandon- né toutes mes frontières et que la voie soit libre pour aller sauver le monde. Mais pour cela, il manque actuellement
encore deux choses : d’une part, les routes sont beaucoup trop mauvaises pour avoir la voie libre. D’autre part, après quelques kilomètres seulement, on se trouve déjà face à la limite sui- vante à surmonter. Angles droits Je vis cela très personnellement. La grande frontière évidente et compré- hensible pour chacun de la culture inha- bituelle ne représente actuellement plus mon défi le plus important. Je constate bien davantage que dans mon travail quotidien, je me retrouve sans cesse face à des limites. C’est un grand défi pour moi que de trouver une juste mesure entre la précision suisse et la fonction- nalité guinéenne. Les sentiments décrits au début représentent tant de situations de mon quotidien dans lesquelles je me retrouve face à des limites. Il peut s’agir d’une bonne idée que je saurais parfai- tement mettre en pratique, mais soit je n’ai pas les vis nécessaires, soit elles sont déjà usées. Il manque si peu. Rien qu’une vis, mais elle manque. Les frustrations du début étaient pro- bablement nécessaires sur la route sou- vent si difficile vers le but, mais en Gui- née, on trouve une solution pour tout. La découvrir en collaboration avec de jeunes Guinéens motivés est plus im- portant pour moi que n’importe quel angle droit.
Lorsqu’on commence à rêver à des vis de qualité durant la nuit, il se pourrait bien qu’on travaille dans un atelier guinéen. Laissez-moi vous parler de limites que j’ai sur- montées avec un marteau, et pour lesquelles une chèvre est venue à mon aide. Quand j’ai vu pour la première fois la « réserve de vis » de mon nouveau lieu de travail en Guinée, j’ai su à quelle sauce j’allais être mangé. Dit honora- blement, l’assortiment est visible en un seul coup d’œil. Je m’y attendais, mais je n’avais pas imaginé qu’il puisse exis- ter une qualité aussi déplorable. Vrai- ment pas. De nombreuses vis qu’on peut obtenir ici voient exactement deux fois un outil au cours de leur vie : la pre- mière fois lorsqu’on les serre, la deu- xième fois lorsqu’on retire l’écrou du filetage usé. Avec un marteau. Et non sans violence.
Mon nouveau chez-moi Depuis quelques mois, la Guinée est mon nouveau chez-moi. Extérieure- ment, ma vie a complètement changé. Pas étonnant lorsque pour conduire une voiture, on utilise plus souvent le klaxon
Sämi W. Ancien court-terme ProTIM 2-2-2 Kissidougou, Guinée
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Le chargement : un art guinéen sans frontières
DES PERSONNES EN DÉTRESSE – UN PROBLÈME DU QUOTIDIEN (OU PAS)
les facteurs déterminants. « Si je veux savoir ce qui manque à mes enfants, je me mets à genoux, à leur hauteur, et je de- mande. C’est tout aussi simple avec des étrangers en détresse. » « Tu ne peux pas plus que ce que tu peux », ajoute-t-elle. Agir différemment Lorsque l’idée de créer une entreprise sociale a commencé à faire son chemin il y a sept ans, Tabea ne possédait qu’une petite partie du puzzle. Elle avait le choix de faire de ce puzzle une image complète, ou de le laisser en l’état. Au dé- but, la peur a pris le dessus. Mais Tabea a approfondi le su- jet toujours plus, a réuni des éléments et a refusé en toute conscience ses craintes de contact. C’est ainsi qu’elle a pu faire le premier pas. Aujourd’hui encore, Tabea désire aller là où personne d’autre ne va, pour voir ce que peu ont envie de voir. A la question de savoir comment cela est possible, elle répond : « Seule- ment si, comme Jésus, nous prenons chaque matin un temps de silence pour L’écouter. » Durant ces moments, Tabea re- çoit des « choses » dans son cœur, qu’elle emmène ensuite dans son quotidien pour les mettre en pratique autant que possible. Il est ainsi plus facile pour elle de ne pas se précipi- ter et passer à côté de personnes en détresse. Ce que beaucoup ne savent pas Il n’est pas nécessaire de connaître toutes les réponses et on peut et doit chercher de l’aide. Il est normal de s’en tenir à ses propres limites. Rencontrer des gens sans poser de condi- tions et les aimer, c’est un processus. C’est en forgeant que l’on devient forgeron. Commettre des erreurs, ce n’est pas un échec, mais un apprentissage. Tabea le sait par sa propre expérience. « Utilise tes dons, ouvre les yeux et la bouche, mais il ne s’agit pas de toi. La question est d’aimer son voi- sin ou sa voisine comme soi-même, pour dépasser les fron- tières et transformer des vies. »
Avec son entreprise sociale, Tabea Oppliger a don- né une deuxième chance à de nombreuses personnes. Certaines vies ont été transformées, elle a fait preuve de courage et des frontières ont été dépassées. En tant que « femme d’action », cela semble lui être venu natu- rellement. Comment il devient possible de dépasser les limites et comment nous pouvons aller à la rencontre de personnes en détresse au quotidien : entretien entre Tabea Oppliger et Luisa Vonarburg. Pour Tabea, la franchise et l’amour du prochain sont la quin- tessence du quotidien. Chez ses parents déjà, il y avait tou- jours une place à table pour l’étranger. « Il n’y avait guère de repas sans invité » dit la mère de trois enfants. L’exemple vécu d’un amour du prochain authentique a transformé de nombreuses vies. « C’était une inspiration et un privilège de grandir ainsi. J’ai reçu quelque chose et je le transmets main- tenant plus loin. » Tabea en est convaincue : « Lorsque quelqu’un débute quelque chose, beaucoup suivent l’exemple. Il faut simplement qu’une personne commence. » Pour aller au-delà des limites, il suf- fit de demander aux gens de quoi ils ont besoin. C’est déjà le premier obstacle pour beaucoup : « Les gens sont trop occupés et tellement concentrés sur eux-mêmes qu’ils ne voient pas la détresse des autres. » Pour elle, il est encourageant qu’on n’ait pas besoin de connaître quelque chose particulièrement bien ou d’avoir quelque chose pour donner aux autres. Pour aller au-delà des frontières invisibles de la misère, il faut selon elle du courage, des yeux ouverts et un ego pas trop grand pour « N’attendez pas d’être prêt, ou vous passerez le reste de votre vie à attendre. » Tabea Oppliger a grandi en Papouasie-Nouvelle-Guinée, où ses parents travaillaient. Elle a ensuite vécu en Suisse pendant vingt ans, a poursuivi sa carrière professionnelle, a épousé Matthias et est devenue mère de trois enfants. Dans son combat inlassable pour la justice et la liberté, elle a fondé l’entreprise sociale « KitePride » et « Glowba- lAct », une organisation caritative dédiée à l’abolition de l’esclavage moderne et à la lutte contre la traite des êtres humains. Elle vit à Tel Aviv avec sa famille depuis août 2014. Source : Fontis
Luisa Vonarburg Responsable de la rédaction SAM Allons
Tabea Oppliger Fondatrice
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RÉCONCILIÉ AVEC
vie d’un œil critique, moins elle est un impressionnant royaume humain, elle ressemble plutôt à un petit mini-duché d’un ordre de grandeur de celui du Lil- liput de Gulliver. Mais d’une certaine manière, c’est aussi tout à fait bien comme cela. Je suis en effet d’autant plus impressionné que le Dieu sans li- mites veuille habiter en moi et dans mon royaume, et qu’Il semble y trou- ver place quelque part. Ainsi, ma vie limitée entre en contact avec toute la charge saturée de divinité illimitée, et alors cela commence à cré- piter de manière fascinante. Mon hori- zon personnel éclate par la présence de Dieu, à qui tout est possible. Saine naïveté David Ben Gurion a dit : « Celui qui ne croit pas aux miracles n’est pas réa- liste ». C’est exactement ce que j’ai vécu
constamment toutes les frontières pour être proche de nous autres humains. Jésus le frontalier Cette caractéristique s’est aussi mani- festée intensément chez Jésus. Ainsi, Il a sans cesse défoncé les conventions culturelles dominantes pour s’appro- cher des gens. Cela se voit avec la Sa- maritaine rejetée au puits, en passant par la visite chez le collecteur d’impôts Zachée, jusqu’à l’homme malade de la lèpre qu’Il n’a pas tenu à distance mais qu’Il a touché. Jésus a dépassé chaque frontière imagi- nable pour rencontrer les gens. Il a fait éclater et défié les limites des modes de pensée prédominants de l’époque. Par Sa résurrection Il a démoli la frontière de la relation avec Dieu et le Royaume de Dieu, et rendu possible un chemin.
J’aime probablement autant les li- mites que l’absence de limites. Chez moi, le premier élan émo- tionnel va clairement à cette der- nière. « Sans frontières » éveille en moi comme une sorte de nostal- gie, amène une saveur de liberté sur le bout de ma langue et fait vi- brer une corde quelque part dans mon âme. Peut-être est-ce ainsi parce que dans la vie, à mesure qu’on avance dans ce pèlerinage fantastique, on se voit confronté à ses propres limites : tout de moi et en moi est limité. En contraste à mes limites se situe Dieu, qui est sans limites. Cela fait pourtant déjà un certain temps que j’ai laissé der- rière moi la phase de jeunesse eupho- rique de ma vie, où j’avançais en tré- buchant avec la pensée fausse que rien ne m’était impossible et tout était at- teignable. L’ensemble des expériences de ma vie me fait sentir qu’il existe des choses qui portent un écriteau « jamais » ou « plus jamais ». J’ai fait une fois ma dernière cabriole dans l’herbe, et j’ai très vraisemblablement laissé der- rière moi la période de fonder ma fa- mille. Mon petit doigt reste définiti- vement courbé après un accident de volley-ball et le nombre de mes che- veux gris a tendance à augmenter plu- tôt qu’à diminuer. Quand je considère ma vie comme un domaine dont Dieu m’a confié l’entretien, je me vois tou- jours plus confronté aux frontières de ce royaume humain. Mon corps – un miroir C’est toujours mon corps qui reflète cela en premier. Par exemple, je ne suis plus capable de faire le nombre d’appuis fa- ciaux que j’effectuais à vingt ans avec une facilité déconcertante. Je termine plutôt cet exercice avec une prière de remerciement secrète si j’arrive seule- ment à me relever. Plus je considère ma
comme en- fant lorsque les limites de mon corps, qui m’au- raient sans doute accom- pagné toute
Dieu existe aussi en de- hors de mon petit univers.
la vie, ont disparu par les prières de mes parents, de manière inexplicable même pour les médecins. Il est probable que c’est pour cela que je porte en moi une si grande fascination pour la nature sans limites de Dieu. Cependant, j’ai décidé de ne pas faire dépendre ma foi de ces miracles, de ce que Dieu fait ou ne fait pas. Je transformerais donc la phrase de M. Ben Gurion en la complétant ainsi : « Celui qui croit seulement sur la base des miracles est un opportuniste. » Cela est alors de nouveau presque une ab- surdité, car ainsi la grandeur de Dieu fluctue continuellement dans ma foi. Pourtant Sa dimension ne dépend pas de mes expériences. Dieu existe aussi en dehors de mon petit univers et devient un « frontalier » quand Il outrepasse
Une promesse qui a des suites Il est probable que si je suis tellement fasciné par l’absence de limites c’est parce qu’elle est offerte par Dieu à nous autres humains. Cependant, au quo- tidien nous ressentons cette tension, peut-être quelquefois désagréable à soutenir, qui apparaît toujours là où la divinité rencontre l’humanité. Dans la vie, être là où le « déjà là » du fu- tur Royaume des cieux se heurte et se mélange à la réalité du « pas encore », la tension est prévisible. A l’époque, ma mère était aussi confrontée à une tension, c’est pour cela qu’elle a prié : « Seigneur, si tu ne guéris pas mon fils je l’accepterai à partir de maintenant.
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MES FRONTIÈRES Par contre si tu le guéris, toute sa vie t’appartiendra. » Une prière qui a don- né à ma vie un important changement de direction, mais une prière qui révèle aussi la tension et la question qui lui est liée : quand est-ce que j’assiège le trône de Dieu, et quand est-ce que j’ac- cepte les choses comme elles sont et es- saie d’en tirer le meilleur étant donné les circonstances ? Sans cesse solliciter Dieu et croire que pendant cette vie tout doit être encore transformé par Lui, comporte deux faces. D’une part cela semble montrer une foi forte, mais cela peut être aussi juste de l’ignorance em- ballée dans des rengaines pieuses. C’est méconnaître l’histoire des croyants qui ont vécu avant nous et dont les prières n’ont pas été exaucées sans restrictions, depuis les disciples jusqu’aux innom- brables martyrs anonymes. Développement à travers les limites bâtir une co- h a b i t a t i o n saine et vivre des relations équi l ibrées . Même dans les plus petites choses comme le sommeil j’ai besoin de frontières ; j’aime par exemple sentir la limite de mon matelas. L’âme humaine et notre personnalité ne peuvent se développer sainement qu’à l’intérieur de limites saines.
où je restais fixé avec an- xiété ou lé- thargie dans des limites bri- colées moi- même, tan- dis que dehors un nouveau champ plein de vie m’atten-
dait pourtant. Ensemencer et cultiver mon champ ne porte souvent pas de fruit, c’est pourquoi il est écrit : « Dé- frichez-vous un champ nouveau et ne semez pas parmi les ronces ! » (Jr 4.3) Je peux apprendre à respecter joyeu- sement les limites que Dieu a fixées à mon royaume humain et à m’y établir. En même temps, je peux courageuse- ment me mettre en route pour étendre ou même abattre mes barrières dans des domaines précis de ma vie, à élar- gir mon horizon, à suivre Jésus là où Il m’a déjà précédé. Ma tendance in- térieure ne m’attire plus comme autre- fois dans la direction de vivre sans li- mites. Mon désir est de vivre réconcilié sans limites.
Notre préférence personnelle pour l’ab- sence de limites ou pour leur existence, est probablement fortement due à notre histoire individuelle et notre profil de personnalité. Réfléchir honnêtement aux limites qui me sont données consti- tue une clé essentielle pour une vie de contentement et de plénitude. Je fais bien de me mettre à la recherche des li- mites que Dieu a mises à mon domaine et de m’orienter selon ce cadre. Mais je devrais aussi découvrir où Il me pousse et m’encourage à me mettre en route vers de nouveaux horizons. Dans ma vie, j’ai rencontré deux dynamiques : l’une où je voulais des choses que Dieu ne m’avait pas du tout destinées, l’autre
En fin de compte, les limites ne sont pas uniquement mauvaises. Je crois que l’âme humaine et notre personnalité ne peuvent se développer sainement qu’à l’intérieur de limites saines. Les limites sont nécessaires afin que nous puissions
Andreas Boppart
Andreas « Boppi» Boppart, master en théologie pratique et enseignant secon- daire math-sciences, a grandi dans la vallée du Rhin, près de St-Gall (Suisse) et vit actuellement à Wil (Zurich). Marié à Tamara, ils ont quatre enfants. Depuis novembre 2013, il dirige le mouvement indépendant de mission et de formation Campus pour Christ en Suisse allemande, basé à Zurich.
Andreas Boppart aime travailler avec d’autres personnes pour apporter l’amour de Dieu de manière holistique dans le monde, afin que les gens puissent Le rencontrer et faire l’expérience de Son pouvoir de transformation. Source : www.cfc.ch
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RECETTE DE CUISINE
FEIJOADA une recette de Beat Roggensinger, ancien collaborateur au Brésil
Au Brésil, on mange de la viande sous toutes ses variantes et si possible aux trois repas principaux. Elle est relativement bon marché, même très peu coûteuse par rapport à l’Europe. Le plat préféré s’appelle « churrasco » (prononcer « chouhaascou »). Il s’agit en fait de viande grillée servie en brochettes. À l’occasion d’une fête, on se rend dans une churrascaria (un gril) afin d’y manger à discrétion de la viande, pour environ EUR/CHF 10.–
Faire tremper les haricots pendant env. 12 heures (ou la veille)
Mais le plat national, c’est la feijoada, un peu à la manière de la fondue en Suisse.
La feijoada (féïjoada) est un ragoût de haricots, de porc ou de bœuf et de nombreux autres ingrédients : haricots noirs avec charque (viande séchée), saucissons fumés, langue, oreilles et pieds de porc*), clou de girofle, feuille de laurier, poivre en grains, ail et oignon, le tout garni de riz, farofa (farine de manioc gril- lée dans du beurre), blette ou chou (vert, frisé) étuvé, morceaux d’oranges. Ce plat a été inventé par des esclaves qui pouvaient garder le glanage des haricots.
Comment faire : 1. Chauffer l’huile dans une poêle. 2. Faire suer l’oignon et l’ail. 3. Ajouter les haricots et les faire cuire briève- ment. 4. Verser l’eau et assaisonner. 5. Rajouter la viande et faire cuire le tout 1,5 heure sur feu doux. 6. Le ragoût peut être servi dans un bol. 7. Servir aussi le riz, les tranches ou quarts d’oranges, le chou et la farine de manioc grillée. Autres possibilités : saupoudrer généreusement la farine par-dessus, ou en mettre une ou deux cuil- lères dans un coin de l’assiette et la mélanger peu à peu avec la nourriture. Bon appétit !
*autres viandes, voir recette
Ingrédients pour 4 personnes 175g haricots noirs du Brésil 0.5 CS huile à rôtir 1 oignon 1 gousse d’ail pressée 1 feuille de laurier 1.5dl eau sel, poivre à volonté
250g côtelette de porc précuite, fumée 175g lard paysan fumé 175g saucisse corsée 200g jambon 125g riz longs grains 2-4 oranges coupées en quatre
Illustrations de Robert Steiner
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WENN GOTT VERWUN- DERT ActionVIVRE fonde des écoles maternelles dans le nord de la Guinée. C’est ainsi que des relations se forment et que les joies et les peines sont par- tagées. Cela inclut également des visites aux ma- lades. Comme les possibilités de soins médicaux sont faibles, le seul espoir est souvent un miracle. L’année dernière, nos écoles sont restées fermées pendant des mois en raison de la pandémie de coronavirus et des élections présidentielles. Nous avons entendu qu’une des filles de la maternelle du village était tombée gravement malade pendant cette période. Durant cinq mois, Dian- kemba est restée au lit et a fini par ne plus pouvoir se lever et marcher. Ma collègue Elian et moi avons décidé d’aller voir par nous-mêmes et nous nous sommes ren- dues au village. La fille avait l’air perdue et triste. Elle ne pouvait s’asseoir que courbée, son visage se déformant à chaque mouvement. Ce n’était plus l’enfant joyeuse que j’avais connue à la maternelle. Dès que nous nous sommes assises, un marabout du village nous a deman- dé de prier pour elle, ce que nous avons fait avec plaisir. Survivra-t-elle ? Par la suite, j’ai pris contact avec une collègue d’une autre ville qui a de l’expérience en matière de physio/ kinésithérapie. Elle ne m’a pas donné beaucoup d’espoir de guérison et m’a dit que cela pourrait prendre beau- coup de temps avant de voir des progrès. Nous doutions que la fille survive. J’ai décidé de montrer quand même les exercices de mouvement à la famille. Cela devait au moins donner à l’enfant le sentiment que quelqu’un se souciait d’elle. Une semaine plus tard, j’ai été surprise de constater que Diankemba avait déjà meilleure mine. Était-ce possible ou l’avais-je juste imaginé ? Chaque semaine qui passait, j’étais de plus en plus étonnée par les énormes progrès qu’elle faisait. Lorsqu’elle a marché vers moi au bout d’un mois environ, encore un peu chancelante, j’étais convaincue que Dieu avait fait un miracle. QUAND DIEU NOUS ÉTONNE
CONFIANTS MALGRÉ TOUT Nous sommes partis en famille en Guinée pour servir avec nos capacités et nos connaissances. Nous voulions transmettre très pratiquement l’amour de Dieu et en parler aux gens s’ils étaient intéressés. Nous avons vécu beaucoup de hauts et de bas, des événements réjouissants, mais avons aussi eu beau- coup de difficultés à surmonter. Nous étions toujours conscients que ce n’était pas Dieu qui posait ces défis sur notre chemin. Dieu est notre espérance et notre providence. Il y avait déjà le danger des animaux venimeux comme les serpents et les scorpions. Avec des petits enfants, cela fait particulièrement peur. Ensuite il y a aussi eu des cambriolages dans la cour, de l’agi- tation et des troubles en ville, mais également des décès au pays, ce qui n’était pas simple à gérer à distance. Et finalement, nos enfants ont été de plus en plus malades, jusqu’à ce que notre fille d’un an et demi ne pèse plus que 6 kg durant une longue phase de maladie ! Malgré tout, nous nous sommes raccrochés à Dieu et à Sa parole et avions confiance en Sa fidélité. Cela ne peut pas continuer ainsi Ensuite c’est moi qui suis tombée de plus en plus malade. Des symp- tômes inexpliqués m’empêchaient de dormir et j’avais également des problèmes respiratoires durant la journée, qui m’empêchaient presque de quitter la maison. Une nuit, j’ai pensé que j’allais mourir. Ma tête menaçait d’exploser et je n’arrivais pratiquement plus à respirer. Nor- malement je ne me laisse pas facilement déstabiliser, mais cette nuit-là, j’ai réveillé mon mari et lui ai demandé de prier pour moi. Le lende- main matin, une amie de Suisse qui prie régulièrement pour moi m’a écrit en me demandant si tout allait bien. Elle s’était réveillée durant la nuit et s’était sentie poussée à intercéder. Oui nous avions survécu à cette nuit, mais les symptômes ne disparaissaient pas. Malgré tout, je savais une chose : Jésus est mon bon berger, Il répond aux prières ! Mais le moment est venu où nous ne voyions plus comment pour- suivre notre tâche ici en Guinée. Nous nous sommes donc décidés le cœur lourd à rentrer en Suisse. De retour au pays, les symptômes ont quasiment complètement dis- paru au début, mais ils revenaient ensuite de temps en temps de ma- nière atténuée. Les médecins ne savaient pas quoi dire. Cela continue Cela fait maintenant quelque temps que nous vivons de nouveau en Suisse et je n’ai toujours pas de réponses. Je les cherche dans la Bible. Ainsi j’avance et j’ai le courage d’imposer les mains aux malades (se- lon Marc 16.18). J’ai déjà vécu plusieurs guérisons ! En moi égale- ment j’ai pu voir beaucoup de guérisons. Je veux continuer à faire en- tièrement confiance à Dieu et aux promesses de Sa Parole.
Regardez les progrès de Dian- kemba en vidéo :
Priska M. Ancienne collaboratrice en Guinée
Naemi S. École maternelle ActionVIVRE Nord, Guinée
UN ESPRIT D’OUVERTURE ET D’AMOUR
Aurais-tu un conseil pour nous sur comment montrer plus d’amour à des personnes étrangères ? Mon premier conseil est la prière. Nous pouvons demander à Dieu qu’Il nous donne l’amour pour des personnes étrangères. Quand nous avons de la peine avec des étranger, nous pouvons essayer de nous représenter avec quels yeux Dieu voit la personne qui est de- vant nous. Même si elle nous énerve, nous fâche ou se met en travers de notre chemin, Dieu l’aime ni plus ni moins que nous-mêmes. Par ailleurs, être étranger est relatif. Pour Dieu, aucune personne n’est étrangère. Nous-mêmes n’avons qu’à franchir une frontière et voilà nous sommes déjà des étrangers. Que signifie l’amour sans limite de Dieu pour toi personnellement et pour tes re- lations avec d’autres personnes ? L’amour inconditionnel de Dieu me li- bère de la pression de devoir tout faire juste. Son amour sans condition me li- bère de la tâche apparemment impos- sible d’aimer sans limite et la rend pos- sible. Cela me rappelle combien j’ai besoin de Dieu. Cela me motive, m’ins- pire et me guide. Tu viens de lire une version courte de cet entre- tien. Tu trouveras sur notreblogd’autrespensées d’Aimée, passionnantes et qui donnent matière à réflexion. Cela en vaut vraiment la peine ! (scannez le code QR)
lais, j’ai été confrontée dès mon plus jeune âge à ce thème. Je ne ressemble ni à ma mère, ni à ma sœur, ni à mon père, je suis donc étrangère à ma propre famille. Comment perçois-tu les limites en ma- tière d’amour face à des étrangers ? Notre première réaction naturelle en tant qu’humains par rapport à ce qui nous est étranger est la défense. Car ce qui est étranger est inconnu et ce qui est inconnu nous fait souvent peur. Par contre, là où règne l’amour, il n’y a pas de place pour la peur et la méfiance. C’est justement là que se situe le défi ou la limite à mon avis. Mettre de côté le premier réflexe, la réaction naturelle, et aller vers son vis-à-vis avec un esprit d’ouverture et d’amour. Est-ce que cela te coûte beaucoup d’ef- forts de surmonter les barrières vers des personnes différentes, inconnues, peut- être aussi peu sympathiques ou encore qui ont d’autres opinions ? Cela dépend de la situation. Fonda- mentalement, je crois que la discus- sion et l’échange avec des personnes qui pensent différemment de soi est es- sentiel. Cela me motive à rencontrer de manière active des gens qui me sont étrangers ou même pas sympathiques. Ne tenir des discussions qu’avec des personnes qui ont exactement la même opinion, nous conforte dans nos points de vue mais n’apporte rien de nouveau et ne donne pas d’espace pour grandir. Pratiquement, cela n’est pas toujours aussi facile. J’ai de la peine avec ceux qui estiment que les autres ont moins de valeur qu’eux-mêmes, pour des rai- sons de revenus, d’origine ou de ma- nière de vivre. Mais je me sur- prends régulièrement moi aussi dans ce genre d’attitude néga- tive. Alors oui, parfois cela me demande beaucoup de force.
Aimée est en Guinée depuis oc- tobre 2020, en tant que court- terme. Voici un extrait d’une inter- view sur les limites, les couleurs de peaux et l’amour sans conditions. Comment as-tu atterri en Guinée ? Il semble que Dieu ait voulu mettre mes visions de l’engagement interculturel sens dessus dessous. De tous les côtés, j’étais confrontée au thème de l’engage- ment. En parallèle, j’ai fait la connais- sance d’un bon ami qui est musulman et qui m’a fait entrer en contact avec l’islam au travers de longues discus- sions. Après coup, je vois comment Dieu m’avait déjà préparée depuis long- temps à cet engagement ici dans une région musulmane. Je le sais mainte-
Annet, Aimée, Véronique ; de nouvelles amitiés se tissent
nant : cheminer avec Dieu signifie vivre l’amour divin et partager, il n’y a pas de place pour la pression ou la contrainte. L’amour est le produit naturel d’une vie avec Christ, pour laquelle nous sommes appelés. L’amour ne laisse pas de place à la manipulation, le calcul ou l’avidi- té, mais au contraire il libère. Tu travailles maintenant avec des étran- gers, t’es-tu des fois sentie étrangère toi-même ? Oui très souvent. C’est probablement de là que me vient ma compassion pour ceux qui se sentent étrangers. En tant que personne culturellement mélangée, enfant de mère suisse et de père congo-
Aimée M. Ancienne court-terme ActionVIVRE Sud, Guinée
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