FNH N° 1139

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JEUDI 8 FÉVRIER 2024 / FINANCES NEWS HEBDO

ECONOMIE

de fait disqualifiés par rapport à la demande réelle du marché. Cela crée un excédent de force de travail potentiel, mais qui s'ins- crit dans un chômage de longue durée» . Pour faire face à ce chô- mage structurel qui gravite en moyenne autour de 10%, Achachi propose de poursuivre la réforme des filières professionnelles et de l’université à travers une logique plus flexible. «Mais, malheureusement, ce type de réforme n'apporte de fruits que sur le long terme; et dans le court terme, il y a une géné- ration qui va vivre ce chômage structurel et qui n'aura pas forcé- ment les moyens et la résilience pour rebondir à travers d'autres formations ou d’autres filières» , analyste-t-il. Tout en précisant que les 3% supplémentaires de chômage enregistrés en 2023 par rapport aux 10% que le Maroc enregistre habituellement sont dus «au contexte économique actuel, c'est-à-dire l'augmenta- tion des coûts pour les entre- prises, notamment en termes de matière première, de frais mari- time, de transport de marchan- dises, d'hydrocarbures…». Cette conjonction de facteurs explique, selon lui, le fait que les entre- prises ont non seulement du mal à recruter, mais peinent aussi à soutenir leur masse salariale. Et ce, «sans parler de la hausse du taux de mortalité des TPE, qui constituent une partie importante du tissu économique et qui sont les premières à craquer en temps de crise, étant les plus fragiles», ajoute-t-il. «En combinant tous ces éléments, on se retrouve avec un taux de chômage qui peut-être même est sous-estimé» , note-t-il. Par ailleurs, les politiques écono- miques souvent incohérentes et insuffisamment ciblées n'ont pas réussi à stimuler véritablement l'investissement privé et la créa- tion d'emplois. A cela s’ajoutent les rigidités du marché du travail et les difficultés d'accès au finan- cement pour les jeunes entre- preneurs. C’est pourquoi Achachi suggère de « flexibiliser le marché du travail afin de permettre aux

 En 2023, le taux de chômage est passé de 32,7 à 35,8% parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans.

Aziz Akhannouch, avait pris 5 engagements majeurs, dont l’un des plus importants reste, sans aucun doute, la création d’un mil- lion de postes d’emploi net sur le quinquennat, soit 200.000 emplois par an. Aux affaires depuis depuis le 10 septembre 2021, soit près de deux ans et demi, c’est peu dire qu’il y a une parfaite décon- nexion entre le vernis reluisant des discours politiques et la réa- lité économique. La réponse du gouvernement face au chômage reste visible- ment timide et insuffisante, mal- gré certaines initiatives qui ont été prises, dont les programmes Awrach et Forsa. L’exécutif est à l’évidence dans l’incapacité d’in- fléchir durablement la courbe du chômage, que l’économie maro- caine traîne comme un boulet depuis trop longtemps. En effet, le chômage revêt tout d'abord une dimension structurelle qui pèse lourdement sur l'économie nationale. Cette dimension struc- turelle est le fruit d'une conjonc- tion de facteurs endogènes et exogènes qui ont façonné le pay- sage économique du Royaume. Pour l’économiste Rachid Achachi «ce chômage structurel est dû à l’inadéquation entre le niveau et la nature des formations du capital travail et les besoins de l'économie réelle. Ce qui fait que beaucoup de gens se retrouvent

Chômage

L’impasse économique

Le taux de chômage au niveau national est passé de 11,8 à 13% en 2023. La faiblesse de la croissance économique limite les opportunités d'emploi et rend difficile la création de nouveaux postes de travail. Par D. William

L

es chiffres du chômage viennent de tomber. Ils sont décevants, pour ne pas dire choquants. Selon le haut-commissariat au Plan, «entre 2022 et 2023, le nombre de chômeurs a augmenté de 138.000 personnes, passant de 1.442.000 à 1.580.000 chômeurs, ce qui cor- respond à une hausse de 10%. Cette hausse est la conséquence d’un accroissement de 98.000 chômeurs en milieu urbain et de 40.000 en milieu rural». Ainsi, le taux de chômage au niveau natio- nal est passé de 11,8 à 13% (+1,2 point). Parallèlement, le chômage des jeunes et des diplômés consti- tue une préoccupation majeure, même si la hausse du chômage en 2023 a concerné l’ensemble des catégories d’âges. Comme le montrent les chiffres du HCP, «le

taux de chômage est passé de 32,7 à 35,8% (+3,1 points) parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans, de 19,2 à 20,6% (+1,4 point) pour les personnes âgées de 25 à 34 ans, de 6,4 à 7,4% (1 point) pour celles de 35 à 44 ans, et de 3,3 à 3,7% pour celles de 45 ans et plus (+0,4 point)» . La jeunesse, pilier incontesté de l'avenir, se retrouve donc confrontée à un cycle de précarité et d'incertitude, errant sur les bancs du chômage, cher- chant désespérément une lueur d'espoir dans un horizon obscur- ci par des perspectives d'emploi chancelantes.

Quid des 1.000.000 d’emplois en 5 ans ?

Le patron du Rassemblement national des indépendants (RNI) et actuel chef de gouvernement,

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