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JEUDI 8 FÉVRIER 2024 / FINANCES NEWS HEBDO
ECONOMIE
Assèchement du barrage Al Massira Un désastre écologique, économique et surtout social
sage ressemble à celui du Far West. Excepté quelques champs de culture vivrière, irrigués par pompage des eaux de la nappe phréatique, l’absence de verdure est totale. La sécheresse a tout dévasté. En plus de l’agriculture en berne, d’autres activités exercées aux alentours du lac et axées sur la pêche, le tourisme et les loi- sirs ont disparu. Les témoi- gnages recueillis sur place sont un mélange d’amertume et de désarroi. «Ce scénario catastrophe était inimaginable il y a quelques années. Maintenant, c’est une réalité amère qu’il faut accep- ter. Il y avait des signes pré- curseurs de ce désastre éco- logique, économique et social. L’assèchement du barrage s’est fait sur plusieurs années. Il a été accentué par la surexploitation de ses réserves. Tout le monde misait sur un retour à la normale avec l’arrivée des pluies, mais l’aridité n’a fait que perdurer et avec plus d’intensité» , déplore le militant associatif Mohamed Hafidoun, un habitant de la com-
mune Oulad Aissa, relevant de la province de Settat. Jadis flo- rissante, cette collectivité terri- toriale limitrophe du barrage a payé chèrement l’assèchement du barrage. «Une bonne partie de la popu- lation est au chômage. Les perspectives d’avenir sont très sombres. Les jeunes cherchent à tout prix à quitter les lieux, soit en émigrant à l’étranger ou en cher- chant de nouvelles opportunités dans les villes. La plupart des petits commerces ont fermé. Les familles luttent avec de maigres moyens pour vivre », explique-t-il. Il faut rappeler que le barrage Al Massira approvisionnait de nombreuses régions et locali- tés, soit en eau potable ou pour les besoins agricoles ou indus- triels. Avec le stress hydrique, la pression sur cet ouvrage a nettement augmenté, car c’est le principal réservoir en eau de la région. Conséquence : les stocks hydriques ont commencé à chuter sans être remplacés, car les apports pluviométriques ont diminué ces dernières années, au point qu’il n’y a plus rien actuel-
Le taux de remplissage affiche 1% seulement. Un scénario catastrophe inimaginable il y a quelques années. La région est devenue sinistrée, et les riverains sont dans le désarroi total.
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Par C.. Jaidani
a situation du Barrage Al Massira, dans la région de Settat, est pire que celle de Oued El Maleh (Benslimane). Asséché, il est devenu l’ombre de lui-même. Un édifice qui ressemble par endroit à un site historique ou à une mine abandonnée. Ce projet représentait jadis le Maroc moderne tourné vers le développement et le succès. Son nom n’a pas été choisi par hasard : il incarne la Marche verte, un événement historique qui a permis au Royaume de retrouver son intégrité territoriale sur les provinces du sud. Ce gigantesque ouvrage est un levier important de l’agriculture nationale et de l’économie du pays. Lors de son inauguration à la fin des années 70, la situa- tion hydrique du Royaume était
équilibrée et satisfaisante. Et il n’a pas fallu beaucoup de temps au site pour se remplir, au point que lors de la saison des pluies, l’on déversait l’eau par-dessus l’ouvrage. Même au cours de la vague de sécheresse des années 80, il affichait des réserves dépassant 50% de sa capacité. A cette date, il avait permis à la population locale de faire face au manque d’eau. Mais ces dernières années, le taux de remplissage n’a cessé de reculer pour atteindre seu- lement 1% le mercredi 7 février 2024. C’est le tarissement quasi total, un fait rarissime et inédit au Maroc. Le barrage n’assure pour le moment aucune de ses missions. Nous nous y sommes rendus le 31 janvier dernier. Le pay-
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