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JEUDI 8 FÉVRIER 2024 / FINANCES NEWS HEBDO
ECONOMIE
lement. «Les agriculteurs ont boudé leurs champs, les forages de puits sont devenus chers et le débit des eaux souterraines est très faible. Les eaux de surface sont per- dues, et maintenant celles de la nappe phréatique sont en voie de l’être», déplore Hafidoun. Plus en aval du barrage, plusieurs régions sont devenues sinistrées. Les agriculteurs n’arrivent plus à maintenir leurs activités. Le manque d’eau et la chaleur ont limité la poussée des plantes. S’agissant des mesures à prendre par le gouvernement pour faire face à cette situation, Hafidoun suggère «de lancer une nou- velle autoroute de l’eau venant du Nord du pays vers le bassin hydraulique d’Oum Errabii. Une telle initiative permettra à coup sûr d’atténuer les souffrances de la population locale». Le tourisme a été lui aussi forte- ment frappé par la sécheresse. Avec ses eaux scintillantes et ses paysages pittoresques, le bar- rage Al Massira était une desti- nation privilégiée des visiteurs venant de plusieurs contrées du Royaume. Cet afflux massif a créé de nombreuses activités autour du lac (tourisme, pêche fluviale, sports nautiques…). De nombreuses familles venaient pour se détendre, profiter des offres de divertissement propo- sées, notamment les balades sur le lac à bord des barques. Rachid Meliani, propriétaire d’une barque et pêcheur, témoigne : «le barrage avait une sorte de baraka. La région vivait grâce à ce lac artificiel. Tout le monde
Rachid, pêcheur sur le lac Al Massira, regarde avec consternation et amertume sa barque à l’arrêt.
trouvait du travail et la vie était agréable dans tous les douars. Avec l’assèchement, il y a eu un renversement sévère de la situa- tion. La démographie a chuté à cause de l’exode rural vers les villes. La barque m’assurait un revenu décent par rapport à ce que gagnent les autres jeunes de la région. L’embarquement des touristes, pour une tournée surtout les weekends, était très demandé. Le reste de la semaine, je pratiquais la pêche. Plusieurs touristes étrangers, amateurs de la pêche à la canne ou à la mouche, venaient souvent au site. Tous ces beaux souvenirs font partie du passé; nous espé- rons la miséricorde de Dieu et le retour des pluies» . Rachid a sollicité l’intervention
phréatique a été aussi sévère- ment impactée. Son niveau a drastiquement chuté et les exploitations se basant sur l’irri- gation sont menacées» , affirme Lakbir Al Matlouhi, agriculteur. ◆ Avec une capacité de stockage de 2,7 milliards de m 3 d’eau, le Barrage Al Massira représente 14,2% de la capacité totale de stockage en eau du Royaume. Pendant des années, c’était le premier réservoir du Royaume, avant de céder sa place à celui d’Al Wahda dans la province de Taounate. Celui-ci dispose d’une capacité de 3,8 milliards de m 3 . Implanté à 70 kilomètres au sud-est de Settat, le barrage Al Massira jouait un rôle de premier plan pour l’alimentation en eau potable de plusieurs villes, dont Casablanca, Settat, Marrakech, El Jadida et Safi. Le site produi- sait aussi de l’énergie hydroélec- trique. Au niveau agricole, il ali- mentait les périmètres irrigués des Doukkala et du Haouz. 14,2% de la capacité de stockage en eau du Royaume
Avec le stress hydrique, la pression sur cet ouvrage a nettement augmenté car c’est le principal réservoir en eau de la région.
de l’Etat pour venir en aide à sa région sinistrée. « Le chômage atteint des niveaux alarmants et les familles frôlent le seuil de pauvreté. Il faut trouver des solu- tions. Il y a urgence», affirme-t-il. La vague de sécheresse qui a sévi pendant les six dernières années a dévasté la communauté des agriculteurs, surtout les éleveurs. En effet, le barrage Al Massira est situé dans la région de Bni Meskine, connue pour l’élevage ovin, notamment la race Sardi qui est fortement demandée pour Aïd Al Adha. Ne pouvant supporter les charges, de nombreux exploi- tants ont cessé leurs activités. «Nous implorons Dieu Tout Puissant qu’il ait pitié de nous. Nous souffrons, mais nous n’avons nulle part où aller. L’élevage, qui était notre princi- pale source de trésorerie, per- mettant de stabiliser nos reve- nus durant l’année, est en forte dégringolade. Les eaux du bar- rage nous assuraient un abreu- vage facile. Actuellement, il faut parcourir des kilomètres pour atteindre la rivière. La nappe
Un écosystème naturel menacé
Considéré comme l’une des plus vastes étendues d’eau du Royaume, le lac artificiel du barrage Al Massira regroupait une faune riche et diversifiée. On dénombre de nombreuses espèces de poissons, dont majoritairement le barbeau. Il existe également le sandre, la carpe, le blue-gill et le black-bass. Toute cette faune est en voie de disparition, car il faut un certain niveau d’eau pour la renouveler. Au niveau des oiseaux, pas moins de 20 espèces sont présentes, dont notamment des échasses, des sternes et des foulques. Le site regroupe aussi des flamands, des casca- ras, des colverts, des glaréoles et gravelots, des busards des roseaux et des aigrettes gazettes. Le haut-commissariat aux Eaux et Forêts a fait du site une aire protégée.
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