FNH N° 1139

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JEUDI 8 FÉVRIER 2024 / FINANCES NEWS HEBDO

BOURSE & FINANCES

de se concentrer sur les ser- vices. Selon l’expert, la mise à niveau des infrastructures au Maroc nécessite une enveloppe de 90 Mds de dirhams que les 3 opérateurs devaient se parta- ger. Impossible selon lui d’être rentable dans ces conditions. D’autant plus que les opéra- teurs d’infrastructure peuvent parfaitement être lancés avec la loi actuelle régissant le sec- teur. Un manque de volonté qui, somme toute, pénalise le secteur, les consommateurs et maintient les prix à des niveaux artificiellement élevés.

Maroc Telecom - Wana Corporate

Le feuilleton judiciaire relancé Maroc Telecom a décidé de faire appel de la décision de justice la condamnant à 6,4 Mds de dirhams dans le litige l’opposant à Wana Corporate, relançant ainsi les dés dans cette affaire inédite.

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Par A. Hlimi

e feuilleton judiciaire entamé en 2018 est loin d’être ter- miné. Fin janvier, et alors que le tribunal de première instance de Rabat a condamné l’opé- rateur historique à verser 6,4 Mds de dirhams de dommage et intérêts au profit de Wana Corporate, propriétaire de la marque Inwi, Maroc Telecom a tout de suite réagi en indiquant qu’il fera appel dès qu’il sera officiellement notifié par le tri- bunal. Pour Khalid Ziani, l’un des émi-

nents experts du secteur, qui intervient notamment dans le conseil stratégique des opéra- teurs, la ligne de défense de Maroc Telecom en appel pour- rait être de s’opposer au juge- ment en indiquant qu’un tribu- nal est non compétent sur un sujet de concurrence concer- nant un secteur régulé, et que c’est à l’ANRT de se prononcer là-dessus. Quoi qu’il en soit, l’affaire repart de plus belle et les impacts financiers sur Maroc Telecom sont importants. L’amende représente une année de béné- fices, et pour l’expert financier Abderrazzak Al Maghraoui, bien que Maroc Telecom soit suffi- samment solide pour absorber cette mauvaise passe, l’im-

pact sur son dividende sera considérable, au moins pour le compte de l’année 2023. Selon lui, le jugement est supérieur aux attentes du marché qui voyait tout au plus un montant autour de 5 Mds de dirhams, ce qui explique le décrochage du titre le jour de l’annonce. Maroc Telecom avait en effet perdu 10% ce jour-là, sans doute sa pire séance de l’histoire du titre. Un marché boiteux Pour Khalid Ziani, cette affaire est venue rappeler la vraie source du problème au Maroc. Celui de l’absence d’opérateurs d’infrastructure qui mutualise- raient les investissements, per- mettant aux sociétés télécoms

Comment comptabiliser le jugement ?

La logique veut que, selon le principe de la spécialisation des exercices, l'on comptabi- lise la sanction en 2024. Mais dans ce cas, une particula- rité se présente. Les règles comptables offrent la possibi- lité de reporter à l’exercice une charge importante survenant après la clôture de l'exercice (31 décembre), mais avant la clôture des comptes, à condi- tion que la charge soit liée à des événements antérieurs à la clôture. Le cas de Maroc Telecom répond à ces 3 critères (évé- nement significatif, intervenant entre la clôture et l'arrêté des comptes et rattaché à des évé- nements antérieurs), offrant ainsi la possibilité de rattacher cette charge à l'exercice 2023. Cette décision comptable n'est pas sans conséquences. Le marché anticipe des résul- tats pour Maroc Telecom en 2023 supérieurs à 5 milliards de dirhams hors litige, et une progression en 2024 entre 7 et 10%. Si la provision est effectivement inscrite en 2023, cela pourrait rendre l'action de Maroc Telecom plus attrayante au vu de ses bénéfices futurs, malgré un impact évident sur sa capacité à distribuer des dividendes et de nombreuses questions autour des projets futurs de l'opérateur et les implications de l'appel. ◆

Maroc Telecom pourrait s’opposer au jugement en revendiquant la non compétence du tribunal de première instance dans cette affaire.

 La décision de justice correspond à une année de bénéfices

de Maroc Telecom.

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