combien c'est fondamental. En fait, tout change en permanence, sauf les fondamentaux. Et qu'est-ce qui fait l'humanité ?
pourra jamais être ramené au terme de commodité. J'en sais quelque chose depuis que nous avons propre compagnie aérien- ne, APG Airlines. Nous venons de renouveler le certificat IOSA (IATA Operational Safety Audit) : c'est compliqué. Le transport aérien n’a rien d’une “commodité”. Le jour où un pays se ferme, on s’en rend compte aussi. A une époque, tout le monde allait à Caracas, au Vénézuela, c'était ten- dance. Je crois que même le Concorde allait à Caracas. Lorsque les compagnies aériennes cessent de voler vers un pays, c'est dramatique ! Je ne comprends même pas que les Européens ne veuillent pas voir cela ! D'ailleurs, il y a toujours eu des transhumances, des flots de migration. Les gens migrent et bougent, et heureusement qu'ils peuvent le faire. Avec la pandémie, tous auraient dû mieux se rendre compte de ce que signifie ne pas avoir le droit de bouger. On dirait qu’aujourd’hui les gens sont trop gâtés, qu’ils ne com- prennent plus l'importance de ce qui s'est passé grâce à l’aérien. On prend l’avion, le train ? Qu'est-ce qu'on choisit ? C'est perma- nent et naturel. On considère que c'est un dû, alors qu'en fait, c'est une formidable liberté. Quand on ne peut plus se connecter les uns aux autres, que les frontières se ferment, c’est un vrai drame ! La volonté politique est donc essentielle, dans ce business.
Class & Relax Lifestyle Magazine : Nous vivons une période com- pliquée, sur le plan géopolitique. Comment une multinationale comme APG gère-t-elle son business, lié, qui plus est, au secteur sensible et incontournable qu’est l’aérien, dans un monde instable ? Sandrine de Saint Sauveur : La véritable inconnue, c'est la géo- politique. Elle nous fait jongler, en fonction de ce qui se passe dans le monde. Lorsque l'Iran s'ouvre et que ses compagnies aériennes arrivent en France, nous prenons ce marché énorme, puis du jour au lendemain, tout se ferme, nous sommes obligés d'abandonner, de fermer notre bureau en Iran : on n'a pas le choix. Quand il y a un problème en Argentine, à cause d’une déva- luation, et que nous avons des millions bloqués, on se demande comment faire sortir l’argent du pays. C'est quelque chose de très complexe et de récurrent. Class & Relax Lifestyle Magazine : Vous me tendez la perche pour évoquer la thématique du World Connect by APG de cette année… Le moteur du transport aérien, est-ce le politique ou l’économique ?
Sandrine de Saint Sauveur : Je pense que c'est plus que jamais une combinaison des deux. A l’origine, il y a une question de pou-
voir, qu'on le veuille ou non, parce que cela permet de désencla- ver. C’est d’autant plus évident pour les îliens : on peut évoquer les îles Féroé, avec Atlantic Airways, ou la Corse avec Air Corsica, ou encore Malte avec KM Malta Airlines, ou l’Ile Maurice avec Air Mauritius. Les exemples sont nombreux où la compagnie aérien- ne est la clé du désenclavement d’un pays. On dit alors que l’aérien est devenu une commodité, c’est d’après moi une erreur fondmentale de vocabulaire.
Je me hérisse contre tout dogme. Accepter un dogme, c'est perdre son libre arbitre. On dit ça, donc c'est ainsi ! Non ! Allons chercher la véritable information. Je pense qu’il faut toujours conserver précieusement son libre arbitre. Comment ? En lisant, en s’instruisant, en connaissant l'histoire, la géographie, ce que les gens ont vécu. Récemment, j’étais avec un ami Chypriote : je lui ai fait raconter son histoire, parce que cela m'intéresse. Il va y avoir une meilleure compréhension de l’autre, à l’issue de cette discussion. Lorsqu’on ne se tourne pas vers les autres, on s’oppose. Dans mon métier, il est important d'essayer de comprendre autrui, de désamorcer les frustrations, de dire les choses. Il n'y a rien de pire
D'abord, parce que tout est extrêmement complexe, dans l’aé- rien : faire partir un avion à l'heure en toute sécurité, cela ne
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