n'imaginait qu’il serait possible de construire des antennes abso- lument partout. Aujourd’hui c’est fait, et nous avons même des Il ne faut jamais dire que quelque chose est impos- sible. On peut dire que c’est difficile, qu’on ne sait pas encore comment faire, mais il est très dangereux d’affirmer que c’est impossible, parce qu’on passe pour un idiot, ensuite. connexions satellites sur les téléphones portables. Il est exact qu'une aviation à hydrogène n'est pas envisageable à grande échelle actuellement, parce qu'il n'y a pas de production d'hydrogène vert, ou très peu, qu’il n’y a quasiment pas de demande ni de technologie qui permette de faire voler de gros avions à l’hydrogène, mais je dirais que c'est justement pour cela qu'il faut commencer, donner du temps au temps. Il faut lancer cette industrie à hydrogène vert, et Climate Impulse a pour objectif de rendre l'aviation à hydrogène désirable. Cela ne signi- fie pas que nous aurons des avions à propulsés à l’hydrogène tout de suite, cela doit montrer une intention, une volonté, c'est cela le sens de Climate Impulse. Class & Relax Lifestyle Magazine : Est-ce que le monde politique réserve généralement un bon accueil à vos projets novateurs et sans perspective économique immédiate ? Faire un tour du monde avec Solar Impulse a-t-il été facile, sur le plan politique, avec les aviations civiles des nombreux pays que vous avez sur- volés ? Bertrand Piccard : Nous avons eu, avec Solar Impulse, énormé- ment de soutien des services diplomatiques suisses. La Suisse étant un pays neutre, nous étions acceptés beaucoup plus facile- ment. Notre avion avait un “permit to fly” comme on dit : ce n'est pas une certification mais un permis de vol expérimental donné par l'aviation civile suisse : il était reconnu par tous les pays que nous survolions. Je dois dire que comme c'était un projet écolo- gique et expérimental, nous avons reçu des accueils extraordi- naires. En Chine, le Président Xi Jinping a dit : « ce projet est important pour la Chine parce que nous avons besoin d'énergie solaire ». D’ailleurs la Chine commence à produire de l’hydrogè- ne vert, et la première étape, c’est d’avoir des centrales solaires partout si l’on veut produire assez d'hydrogène. On peut aussi en produire avec l'éolien, avec l'hydroélectrique : il faut disposer de beaucoup d'énergie renouvelable. L'Inde est en train de se mettre à l'hydrogène également. Mais ce sont des industries balbu- tiantes pour l'instant : c'est pour cela qu'il faut les encourager autant que possible. L'Europe a des plans de production d'hydro- gène très ambitieux, mais la réalité est très en retard sur l'inten- tion. Class & Relax Lifestyle Magazine : Un retard européen qui trou- ve ses origines dans le manque de soutien politique à cette nou- velle technologie ? Bertrand Piccard : En bonne partie, parce que cela ne sert à rien de fixer des objectifs, alors qu’on ne permet pas de les atteindre. Avant qu’une industrie soit rentable, on sait qu’elle a besoin du
politique ou l’économique qui détermine le développement du transport aérien ? Et j’aurais envie de rajouter avec vous, entre les deux, l’écologie ? Bertrand Piccard : Je vais encore rajouter un quatrième point qui est essentiel, c'est la technologie, parce qu'il faut que l’évolution soit possible. Je dirais que lorsqu’un changement est écologique- ment nécessaire et techniquement possible, s’il est économique- ment favorable, il sera adopté. Tant que ce n'est pas économi- quement rentable, on a besoin du politique, de manière à ce qu'il n'y ait pas de distorsion de concurrence entre les acteurs. Lorsqu’on a un « level playing field », comme disent les anglo- saxons, il est beaucoup plus facile de s'accorder, parce que tout le monde à les mêmes chances de réussir. C'est là que le poli- tique a un rôle important à jouer. Class & Relax Lifestyle Magazine : Votre façon d’anticiper l’ave- nir et de lui donner corps, vos exploits humains et techniques, sont difficiles à partager avec le monde de l'aérien. Avec Climate Impulse, vous envisagez de faire un tour du monde dans un aéro- nef propulsé à l'hydrogène. Lorsqu'on parle d’hydrogène aux CEOs de compagnies aériennes aujourd'hui, ils ont du mal à dire ou à imaginer qu'un jour cela puisse devenir réalité. Pourtant, il y a une révolution qui est en cours. Bertrand Piccard : Vous savez, on a eu exactement les mêmes situations par le passé. Quand on a dit aux agriculteurs qu'on allait remplacer la main-d'œuvre animale et humaine par des machines à vapeur et des tracteurs, il y avait un scepticisme total. Il y avait même la peur qu'on puisse supprimer le rôle de l'être humain : en fait, la mécanisation a permis un développe- ment de l’agriculture, qui était absolument nécessaire. Lorsqu’on est passé, pour le transport terrestre, aux moteurs à combustion, beaucoup de gens disaient qu’il était plus simple de donner du foin aux chevaux dans les auberges que d’avoir à construire des stations-service pour les voitures, les camions, et cela s’est fait. L'une des dernières révolutions en date est le télé- phone portable. On pensait que celait resterait une technologie de niche, parce que les premiers téléphones portables étaient gros comme des valises et coutaient 10 000 €. Et personne
50
~B O R N T O B E A B I R D - 2024 ~
Made with FlippingBook Digital Publishing Software