Jean-Louis Baroux : Pour moi la réponse est très tranchée, c'est le politique qui dirige le développement aérien. Ceci étant dit, si l’on prend l'histoire de l'aviation civile, elle est toujours étatique, à l’origine, mais en vitrine c’est de moins en moins le cas. Lorsque les compagnies aériennes du Golfe affirment qu'elles sont indépendantes, ce n'est pas vrai : elles sont supportées par leurs états. Même ordre d'idée pour les compagnies américaines, qui sont subventionnées. Toutes les compagnies sont-elles sub- ventionnées ? Et pourquoi pas ? La question serait plutôt de se demander pourquoi cela est dissimulé. Peut-être parce que le transport aérien est devenu la cible de l'écologie. Les États, qui surfent plus ou moins sur cette vague, mettent l’écologie en avant et dissimulent ce qui peut l’être. On ne parle bien sûr que de l’Occident, en ce qui concerne ce point, l’Europe et un peu les Etats-Unis. Sont donc concernés environ 850 millions d’habitants, sur les 8 milliards que compte la planète, 7 milliards de personnes n’ayant pas d’autre soucis que de voler et de developer leur économie ! Il n’empêche que les compagnies aériennes doivent rester rentables : la France a investit 7 milliards dans le binôme Air France-KLM, l’Allemagne a déboursé 4 milliards durant le Covid : ce sont des décisions poli- tiques.
Class & Relax Lifestyle Magazine : Vous avez la chance d’avoir une vision globale, chez APG, en tant que multinationale. Le développement économique, qui doit beaucoup à l’aérien, risque-t-il une perte de vitesse, en Europe ? Pendant ce temps, une compagnie que vous représentez, Ethiopian Airlines, se développe considérablement en Afrique et dans le monde. Jean-Louis Baroux : Sur le continent africain, il n'y a pas d'autre exemple de développement d’une compagnie aérienne compa- rable à celui d’Ethiopian Airlines. Est-ce que d'un côté, on a un très fort développement du monde et de l'autre, un ralentisse- ment ? Il est clair que l'Europe est dans une situation particulière. Le continent est petit, les distances sont faibles et l'infrastructure au sol, importante. L'Europe a développé un réseau de trains rapides qui fait largement concurrence au transport aérien. Artificiellement, d’ailleurs. Lorsqu’on veut bien y regarder de plus près, avant de prendre un avion, il faut passer par des filtres extrêmement pénibles, qui découragent les passagers. Ce n'est pas le cas lorsqu’on prend le train ; mais qu'on ne me dise pas que le train n’a jamais été la cible d'attentats : je rappelle quand même qu'à Atosha (Madrid), il y a eu près de 200 morts et 1900 blessés, en 2004. Aucun contrôle n’a été instauré pour le train,
Class & Relax Lifestyle Magazine : Sommes-nous trop gâtés, en Europe, pour accepter ce dogme d’un transport aérien polluant sans nous poser davantage de questions ? Jean-Louis Baroux : Oui, probablement. D'ailleurs, il n'y a qu'à voir nos pays. Les gens ont couvert tous leurs besoins essentiels : ils sont malheureux, ils n'ont plus de désirs. L’aérien est un moyen pour les Etats d’affirmer leur présence, leur puissance. Les réseaux des affaires étrangères établissent cette présence dans le monde, et le support c’est une compagnie aérienne.
depuis. Les passagers des avions sont-ils plus dangereux que ceux du train ? Je me pose souvent cette question. Ce sont pro- bablement les mêmes. Ils sont donc dangereux quand ils volent, mais pas lorsqu’ils se déplacent en train. Class & Relax Lifestyle Magazine : Prendre l'avion, c'est devenu une course d'obstacles. Même dans les meilleures conditions, rien n’est garanti… Jean-Louis Baroux : Souvent, c’est un calvaire : il faut d’abord arriver à l’aéroport ; puis franchir une course d’obstacles pour accéder à son avion. Une fois qu'on est dans l’avion, ça va très
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