Grazia Daily Cannes 2018 J-3

DA I LY CANNES

S A M 12 mai

DOWN Une baston survenue vendredi aux toutes premières heures du matin dans le Carré d’Or, quartier des bars de Cannes, a carrément impliqué plus d’une cinquantaine de personnes, à la sortie du Chat Noir, nécessitant même un renfort des brigadiers d’Antibes. Be Natural: The Untold Story of Alice Guy-Blaché, le docu consacré à la première femme cinéaste (Cannes Classics), a été coproduit par le défunt boss de Playboy, Hugh Hefner. «On ne s’attendait pas à son soutien», a admis Pamela B. Green, la réalisatrice. UP BONNE SURPRISE En préambule au retour en grâce de Lars von Trier sur la Croisette, son associé Peter Aalbaek Jensen a annoncé à la presse qu’après avoir pincé les fesses de son staff (filles et garçons) pendant vingt ans, il y met un terme. LA MAIN AU COLLET WHITE RIOT

Cannes sans dormir JOUR 3 Par Philippe AZOURY A 10h15 le matin, quand vous errez le long de la Croisette dans un état semi-halluciné, quelque part entre le ravi de la crèche et le demeuré dos- toïevskien, l’accrédite de guingois, le sweat FUCT de traviole, les cheveux en bad hair day, saisissant le bras de la moindre lointaine connaissance pour lui dire que vous avez vu non pas un, mais deux chefs-d’œuvre à la file, est-ce que cela signifie que quelque chose, de ce Cannes-là, est en train de se passer? Quand vous oubliez vos courses (deux cocas frita, une paella froide, un pastel de nata) sur le comptoir de chez Ernest et que votre collègue de travail, d’habitude prolixe, mais cette fois infoutu d’articuler deux syllabes depuis qu’il est sorti de la salle Buñuel, rendu catatonique de la langue par ce qu’il a vu, tape deux fois de suite son code de carte bleue avant même d’avoir inséré ladite carte dans la cash machine, est-ce que ça signifie que ces deux films viennent de vous asséner les plus violents des coups dans le cœur, et qu’à cet instant vous n’êtes plus pareil, Cannes n’est plus pareil et le cinéma, bah! le cinéma n’est déjà plus pareil non plus… Ça veut dire ça, et ça veut surtout dire que quelque chose est en train d’avoir lieu dans le paysage cinéma- tographique. On pouvait déjà le pressentir à l’an- nonce il y a trois semaines des différentes sélections, chacune comportant un taux de noms nouveaux frô- lant la table rase. Mais on mentirait si on vous disait qu’on en était convaincus. Alors donc, ces deux films. Nous ne les attendions pas. Avant-hier, d’eux nous ne savions rien. Cinéastes inconnus au bataillon, projets quasi-clandestins évo- qués dans aucune fête en appart. Le grand néant. Le premier, c’est Sauvage, de Camille Vidal-Naquet, vu jeudi à 22 heures − Lefort en parlait hier, ici même. Le second, c’est Shéhérazade de Jean-BernardMarlin, déboulant dans nos veines vendredi à 8h30. Tous les deux sont à la Semaine de la Critique (bravo à elle). Ce sont deux films frères, deux films sœurs. En les voyant, on a vu la Vierge. Notre-Dame-la-Pute.

des mouchoirs étant quasi-empêchée, voire ridiculisée, par une gravité qui exhausse la tristesse et congèle la mélancolie. Toute fiction raconte la vie des morts. Ici des fantômes de la liberté d’aimer qui bon nous semble, de baiser à tour de bras, de chanter PumpUp the Volume a cappella dans un parc de Rennes, de danser comme on vit, le revolver du sida sur la tempe. Ou alors façon Proust, pleurer quand même, mais comme unemadeleine. Plaire, aimer et courir vite est une évocation faite avec délice de beau- coup de souvenirs inventés qui, du coup, mutent enmémoire collective. Ce qui évite que l’on puisse le caser avec malveillance dans la catégorie discriminante des films à pédés, comme au début de l’épidémie où on se trouvait parqué dans les fameux «groupes à risque». Tu n’as rien vu à Rennes, en 1993? D’une certaine manière oui, parce qu’il n’y avait pas grand-chose d’autre à voir que regar- der filer le temps perdu de la jeunesse ou les petits malheurs d’une homo- sexualité à l’époque moins visible qu’on imagine. Mais le temps est retrouvé quand le film vaut pour le bel aujourd’hui. Cela tient pour beaucoup à ses deux juvéniles acteurs principaux, PierreDeladonchamps et Vincent Lacoste, ce dernier se souvenant très bien de 1993 puisque c’est l’année de sa naissance. Mais cette jeunesse torrentielle est l’affluent d’un fleuve encore plus tumultueux: l’immaturité comme mode de vie, plus que jamais à toute vitesse. PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE, de Christophe Honoré (Compétition)

Entrée en compétition du premier des quatre films français en lice pour la Palme. Christophe Honoré, au plus haut de sa veine lyrique. Par Gérard LEFORT Notre film du jour Plaire, aimer et courir vite

Aplusieurs reprises, les personnages de Plaire, aimer et courir vite pleurent. Ils pleurent sur eux-mêmes quand une chanson triste d’Anne Sylvestre les tétanise, ils pleurent surtout lorsque la mort fait sonmarché parmi leurs proches. Mais à leur corps défendant qui est le cœur du film, ils pleurent aussi pour nous. Personne en per- sonne (même si on croit discerner certaines «personnalités»), mais tous ceux et toutes celles nettement plus anonymes qui ont été décimés au front du sida quand, au début des années 90, il renforça sa rage. «Que sont mes amis devenus?», est la sous- bande-son du film. Qui n’est pas pourtant à tirer les larmes, la sortie

Notre coverstar #3: Penélope Cruz, vêtue de boucles Atelier Swarovski Fine Jewelry, prochainement à l’affiche du film d’espion féminin 355.

SAMEDI 12.05.2018 - 1

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