FNH 1230 BD

Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

9 & 10 avril 2026 - 8 DH - N° 1230

PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC

Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli

Bourse de Casablanca

Le marché à terme entre dans le concret

Marrakech, carrefour de l’innovation technologique africaine

P. 6

P.13 à 24

P. 26/27

Pharmacies «L’ouverture du capital constitue une ligne rouge»

Droit marocain

Vieillissement démographique

La grâce royale et l’extinction de l’action publique

Le Maroc face au ralentissement silencieux de sa croissance

 Entretien avec Dr Ali Benziane, pharmacien, poète et écrivain.

P.32 à 34

P. 30/31

P. 38 à 41

Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

SOMMAIRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 9 & VENDREDI 10 AVRIL 2026

4 ACTUALITÉ

ECONOMIE

Editorial

Voyons voir : Cessez-le-feu au Moyen-Orient, le temps des compromis délicats

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Croissance : Regards croisés sur les prévisions macroéconomiques Guerre au Moyen-Orient : Désordre économique national Perspectives économiques : Le FMI valide la trajec- toire, mais alerte sur les fragilités structurelles Vieillissement démographique : Le Maroc face au ralentissement silencieux de sa croissance Entretien avec Dr. Ali Benziane : Pharmacies, «L’ouverture du capital constitue une ligne rouge» Entretien avec Houcine El Yamani : Hydrocarbures, «Le prix du gasoil pourrait évoluer dans une four- chette de 16 à 18 DH/litre au mois d’avril»

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BOURSE & FINANCES

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Bourse de Casablanca : Le marché à terme entre dans le concret OPCVM : Un premier trimestre de tri Bourse : Les entreprises cotées tournent à plein régime Taqa Morocco : Un virage multi-métier pour briser le plafond de croissance Santé : Akdital ouvre un nouveau cycle d’expansion avec l’international

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Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication

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CMT : Le retour des profits relance un dossier en pleine recomposition

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l fut un temps pas si lointain où la famille marocaine était une maison débor- dante de vie, avec plusieurs générations sous un même toit et où l’on gran- dissait et vieillissait ensemble. Puis, presque imperceptiblement, le temps a redessiné les contours de ce modèle : la famille marocaine se contracte. C’est ce que révèle l’Enquête nationale sur la famille 2025 (ENF) réalisée par le haut-commissariat au Plan. En effet, les chiffres sont sans appel. En trente ans, la taille moyenne des ménages est passée de 4,6 à 3,9 personnes. Et dans le même temps, la famille nucléaire s’est imposée comme modèle dominant, représentant désormais 73% des ménages contre 60,8% en 1995. Trois personnes, parfois quatre, rarement plus. Faut-il y voir un appauvrissement du lien social ? Pas si simple. Car derrière cette transformation, il y a une réalité que l’on préfère souvent ignorer : la famille ne s’est pas réduite par choix uniquement. Elle s’est adaptée, tant bien que mal, à la pression du coût du logement et à l’urbanisation galopante. Pour autant, même si la famille se rétrécit, elle reste sollicitée comme jamais et centrale dans sa fonction. Le chômage ? C’est la famille qui l’amortit. Les difficultés financières ? Encore elle. En 2025, 58,7% des chômeurs reçoivent une aide finan- cière d’un membre du ménage, le plus souvent des parents. I La nouvelle équation familiale Plus largement, 42,5% des ménages participent à des échanges interfamiliaux, qu’ils soient bénéficiaires, donateurs ou les deux à la fois. La famille reste donc un pilier économique silencieux, avec un système de redistribution important. Mais cette solidarité change de nature. Elle n’est plus forcément une solidarité de proximité, car on ne vit plus ensemble. On s’aide à distance, comme le montrent les chiffres. En effet, moins d’un ménage sur deux vit aujourd’hui à proximité de ses parents, avec 45,4% près du père et 46,3% près de la mère, contre des niveaux nettement plus élevés il y a trente ans. Cette proximité est ainsi entretenue par le numérique. Et pendant que cette transformation s’opère, une autre tendance s’installe, plus troublante encore : le recul du désir de mariage. Aujourd’hui, 51,7% des célibataires déclarent ne pas vouloir se marier contre 40,6% seulement qui l’envisagent. Chez les hommes, le refus atteint même 59,8%. Les raisons tiennent aux contraintes économiques, à l’instabilité professionnelle et au coût de la vie. Ce recul des mariages s’accompagne de plus de configurations nouvelles. Les couples sans enfants ont ainsi presque triplé en trente ans, passant de 3,4 à 9,4%. La monoparentalité progresse également, représentant 8,8% des ménages. Dans le même temps, les familles élargies reculent fortement, passant de 35,2 à 19,8%, tout comme la cohabitation multigénérationnelle, passée de 29 à 16,8%. Ces mutations soulèvent, tout au moins, deux interrogations : jusqu’où la famille pourra-t-elle continuer à jouer ce rôle de filet social informel ? Jusqu’à quel point pourra-t-elle compenser les fragilités économiques et sociales ? On attend beau- coup d’elle. Peut-être trop. Et c’est là que l’enjeu devient politique. Car si la famille change, les politiques publiques doivent suivre en termes de logement, d’emploi, de protection sociale et de soutien aux parents isolés… Tout doit être repensé à l’aune de ces trans- formations majeures. Chakib Benmoussa, haut-commissaire au Plan, ne dit pas autre chose. « Face à ce paysage changeant, notre responsabilité est claire : mieux observer, mieux comprendre et mieux agir. Adapter les politiques publiques à la famille contemporaine n’est pas un simple impératif social; c’est une condition de la justice sociale, de la solidarité nationale et de la préparation de l’avenir. Car en comprenant mieux la famille d’aujourd’hui, c’est la société marocaine de demain que nous préparons », résume-t-il. u

FOCUS GITEX

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GITEX Africa 2026 : Marrakech, carrefour de l’inno- vation technologique africaine Numérique : L’UE et le Maroc accélèrent leur partenariat Maroc Telecom : L’opérateur déploie sa stratégie tech tous azimuts Entretien avec Younes El Himdy : Distribution IT, «Disty Technologies a franchi un nouveau palier de croissance» Banque : Crédit du Maroc multiplie les annonces et muscle son jeu dans le digital Entretiena vec Youssef Berrada : Crédit du Maroc- S2M, Les enjeux d’un partenariat tourné vers l’usage instantané GITEX Africa : Tamwilcom renforce son soutien aux startups et à la fintech IA – Cloud - 5G : Orange Maroc déploie sa vision d’une tech souveraine Entretien avec Nouhade Mechkour : Orange Maroc, «L’IA est un levier de transformation interne et de création de valeur pour nos clients» Usages digitaux : CIH Bank et Visa structurent un pont entre banques et fintechs

36 L'UNIVERS DES TPME

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Entretien avec Youssra Akeddane : Skoolino, «Notre vision est de créer un tuteur intelligent accessible à tous»

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38 TRIBUNE LIBRE

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La grâce royale et l’extinction de l’action publique en droit marocain

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Semi-conducteurs : Un marché au sommet sous tension géopolitique

• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal

• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL

• Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021

• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com

VOYONS VOIR

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Cessez-le-feu au Moyen-Orient Le temps des compromis délicats

Par D. William A la suite de discussions avec le Premier ministre Shehbaz Sharif et le maré- chal Asim Munir, du Pakistan, au cours desquelles ils m'ont demandé de sus- pendre l'intervention militaire prévue ce soir contre l'Iran, et sous réserve que la République islamique d'Iran accepte l'ouverture totale, immédiate et sécu- risée du détroit d'Ormuz, j'accepte de suspendre les bombardements et les attaques contre l'Iran pour une période de deux semaines» . C’est en ces termes que le président américain a annoncé, mardi, sur sa plateforme Truth Social, le cessez-le-feu au Moyen-Orient, arraché à une heure du chaos précédemment annoncé par Donald Trump. ’’

ture était une menace systémique. Pour preuve, en quelques heures, les marchés ont rappelé à tous la hiérarchie des prio- rités, d’autant que le pétrole a décroché sous les 100 dollars et que les Bourses ont bondi. La géopolitique s’est inclinée ainsi devant l’économie. Mais pour com- bien de temps ? Ne l’oublions pas, ce cessez-le-feu n’est pas un accord définitif, mais plutôt une parenthèse conditionnelle. Il repose sur une ouverture maritime surveillée, des négociations à venir et une confiance inexistante entre Téhéran et Washington. Par ailleurs, reste une donnée majeure. Que contiennent réellement les dix points proposés par l’Iran ? Selon les médias d’Etat iraniens, ce plan comprend : • la garantie du respect par les Etats-

Unis du principe de non-agression; • le maintien du contrôle de l’Iran sur le détroit d’Ormuz; • l’acceptation de l’enrichissement de l’uranium; • la levée de toutes les sanctions initiales; • la levée de toutes les sanctions secon- daires; • l’abrogation des résolutions contre la République islamique votées par le Conseil de sécurité de l'ONU; • l’abrogation des résolutions contre la République islamique votées par le conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA); • le versement à l'Iran de compensations; • le retrait des forces militaires améri- caines de la région; • et la cessation de la guerre sur tous les fronts, y compris contre le Hezbollah au Liban. Si ce plan constitue, selon Trump, une «base de négociation viable», difficile d’imaginer cependant que les Etats-Unis vont l’accepter en l’état, surtout que des zones d’ombre subsistent. En effet, la question de l’enrichissement d’uranium, absente de la version anglaise transmise à l’ONU, figure pourtant dans la version en persan relayée par les médias d’Etat iraniens. Une divergence qui en dit long sur la complexité des discussions à venir. Autres points qui pourraient faire capoter les négociations, le retrait des forces américaines de la région ou encore l’abrogation des résolutions du Conseil de sécurité. Dans ce contexte, pour parvenir à une paix durable, il faudra forcément, de part et d’autre, faire des compromis sans pour autant renoncer à ses lignes rouges. Tout se jouera donc dans ce délai de deux semaines, une durée courte en diplomatie mais suffisamment longue pour tester les intentions. Les discus- sions prévues à Islamabad diront, in fine, si les deux camps cherchent véritable- ment une sortie ou simplement un répit avant la prochaine secousse. ◆

Des deux côtés, les déclarations triom- phales se multiplient. A Washington, on assure avoir atteint tous les objectifs militaires. A Téhéran, on parle de défaite infligée à l’ennemi. Entre les deux, une réalité plus prosaïque s’impose : aucun des protagonistes ne pouvait se per- mettre l’embrasement total, car ce serait trop coûteux, trop risqué et trop incertain. Une paix suspendue à un détroit La clé de ce répit s’appelle Ormuz. Un goulet par lequel transite près d’un cin- quième du pétrole mondial. Sa ferme-

La question de l’enrichissement de l’uranium, absente de la version anglaise transmise à l’ONU, figure pourtant dans la version en persan relayée par les médias d’Etat iraniens.

oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)

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sateurs visés par ce nouveau compartiment. Quelques jours après le lan- cement, les premiers signaux d’appropriation apparaissent déjà au niveau des intermé- diaires. De nouveaux acteurs rejoignent progressivement l’écosystème du marché à terme, signe que ce comparti- ment commence à trouver sa place dans l’organisation de la Bourse. Le contexte international donne, par ailleurs, un relief particulier à cette avancée. Dans un environnement mar- qué par une forte volatilité et par des tensions géopolitiques persistantes, la possibilité de se couvrir devient un élément central de sophistication finan- cière. C’est aussi, pour une place comme Casablanca, un signal envoyé aux investisseurs étrangers. L’existence d’instru- ments de couverture fait partie des critères qui renforcent la crédibilité et l’attractivité d’un marché. Par ailleurs, le marché à terme peut, à terme, contribuer à amé- liorer la liquidité, enrichir les stratégies d’investissement et renforcer la stabilité du marché en offrant des mécanismes de gestion du risque plus fins. Il reste évidemment trop tôt pour juger de sa profondeur future ou du rythme de son adoption. Un marché à terme ne s’installe pas en quelques jours. Il a besoin de temps, de pédagogie, d’interve- nants actifs et d’usages répétés pour trouver sa pleine efficacité. Mais une étape décisive a déjà été franchie ! ◆

Point Bourse Hebdo Le marché à terme entre dans le concret

D Quelques jours après son lancement effectif, le marché à terme a déjà quitté le terrain des annonces pour entrer dans celui des usages. Avec une infrastructure désormais opérationnelle, l’arrivée des premiers intermédiaires et un outil de couverture enfin disponible sur la place, la Bourse de Casablanca ouvre un nouveau chapitre de son développement. epuis le 6 avril, le marché à terme est devenu une réalité opération- nelle. Avec le lancement effectif du Future sur le MASI 20, adossé à l’indice des principales capita- lisations de la cote, la Bourse de Casablanca franchit une étape attendue de longue date dans sa modernisation. Le dispositif repose désormais sur une chaîne complète inté- grant la négociation, la gestion du risque et la compensation. La mise en place de la Chambre de compensation donne à cette nouvelle infrastructure une dimension décisive, en venant sécuriser les transactions et réduire le risque de contrepartie. Le marché marocain s’équipe ainsi d’un maillon essentiel de maturité, longtemps absent de son organisation. Par Y . Seddik

C’est cette bascule qu’a mise en avant Nasser Seddiqi, Directeur général de la Bourse de Casablanca. Il y a vu un «moment historique» et l’ouver- ture d’une «nouvelle ère» pour le marché des capitaux marocain. Jusqu’ici, un investisseur anti- cipant une baisse des marchés n’avait, dans les faits, qu’une option immédiate : vendre. Avec le marché à terme, une autre logique devient possible. Il peut désormais conserver son por- tefeuille tout en se protégeant contre un repli éventuel. Cette évolution change profondément la palette des stratégies de ges- tion disponibles sur la place, en particulier pour les investisseurs institutionnels, premiers utili-

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OPCVM Un premier trimestre de tri

gouvernement a adopté le 12 mars le projet de décret d’application de la loi 03.25 relative aux OPCVM. Le texte vise à accompagner l’évo- lution de l’industrie de la gestion d’actifs, à rapprocher le cadre natio- nal des meilleures pratiques et à fixer notamment les seuils mini- maux de contribution initiale dans les FCP et de capital des SICAV. C’est une étape importante, car le secteur entre désormais dans une phase de mise en œuvre concrète de la réforme, et non plus seulement d’attente législative. Cette réforme ouvre également la voie à l’élargissement de la gamme de produits. Parmi les évolutions les plus commentées par le mar- ché, figure l’arrivée future des ETF. D’après une note de BMCE Capital Global Research, ces fonds cotés pourraient représenter 5 à 10 Mds de DH d’encours à court terme, 25 Mds à l’horizon 2028, puis plus de 50 Mds de DH à plus long terme. L’intérêt est que les ETF peuvent offrir au marché un outil de réplica- tion indicielle, de réallocation tac- tique et, à terme, un nouveau canal de démocratisation de l’épargne boursière. Par ailleurs, le secteur continue aussi de s’élargir du côté de l’offre. En décembre 2025, l’AMMC avait délivré 6 agréments et 17 visas d’OPCVM, avec de nouveaux fonds chez Twin Capital Gestion, BMCE Capital Gestion, CDG Capital, Quantum Capital Gestion et Saham Capital Gestion. L’industrie entre dans 2026 avec une base de pro- duits plus large, au moment même où la nouvelle loi prépare l’introduc- tion de véhicules plus spécialisés. Enfin, il y a un sujet de fond que le trimestre rappelle avec insistance liée à la profondeur du marché. En 2025, les investisseurs individuels ne représentaient déjà qu’environ 8% de l’actif global des OPCVM, quand les entreprises non finan- cières pèsent lourd dans l’usage des fonds comme outil de gestion de trésorerie. La poussée attendue des ETF, l’effort d’éducation finan- cière engagé par l’AMMC et la publi- cation récente d’un guide consacré au Plan d’épargne en actions vont dans le bon sens, mais la démocra- tisation de la gestion collective reste encore devant nous. ◆

Après l’euphorie de 2025, l’industrie des OPCVM a entamé 2026 sur un mode plus sélectif. Les encours ont oscillé entre rattrapage, retour important vers les poches obligataires et monétaires, puis consolidation en mars sur fond de tensions géopolitiques. Le trimestre montre une relecture du risque par les investisseurs, alors même que le cadre réglementaire du secteur continue de se moderniser. Par Y. Seddik

 L’industrie des OPCVM sort d’un premier trimestre agité, marqué par des flux changeants et un retour rapide des réflexes de prudence.

L

e premier constat, c’est que le tri- mestre n’a pas suivi une ligne droite. D’abord, un point bas début janvier, avec des encours ramenés à 738,13 Mds de DH dans le sillage des arbitrages de fin d’année. Ensuite, un net rebond, jusqu’à un sommet de 825,6 Mds à la mi-février. Enfin, un reflux progressif en mars, qui ramène l’actif net à 785,68 Mds au 24 du mois, soit à peine au-dessus de son niveau de clôture de 2025. Autrement dit, le trimestre a davan- tage ressemblé à une phase de tri et de réallocation qu’à un véritable changement de régime. Ce va-et-vient dit beaucoup des évolutions du trimestre. En janvier, l’industrie a d’abord absorbé les réallocations de fin d’exercice. Le rebond de la deuxième semaine a été porté par les fonds obligataires et monétaires, avec notamment une envolée des encours OCT à 127,55 Mds de DH contre 98,22 Mds une semaine plus tôt, et une hausse des monétaires à 107,94 Mds contre 89,82 Mds. Cela traduisait déjà le retour des investisseurs vers des compartiments de portage et de trésorerie, dans un marché moins univoque qu’en 2025.

Février a ensuite confirmé cette pré- férence. Au 20 février, le marché culminait à 825,6 Mds de DH, tiré d’abord par les OMLT à 377,49 Mds, les OCT à 130,09 Mds et des diversi- fiés à 109,31 Mds. Les fonds actions, eux, participaient au redressement mais sans en prendre la direction, avec 79,09 Mds de DH d’encours seulement à cette date. C’est un point important : le trimestre n’a pas consacré un retour franc de l’appétit pour le risque actions; il a d’abord validé la domination de la poche obligataire dans la reconstruction des encours. Avec le début de la guerre au Moyen- Orient, mars a changé l’ambiance. Les dernières statistiques hebdo- madaires disponibles montrent une consolidation prolongée, puis un décrochage plus net au 24 mars. Entre le 13 et le 24 mars, les OPCVM monétaires sont passés de 118,22 Mds à 112,64 Mds et les OCT de 127,21 Mds à 122,36 Mds, pendant que les OMLT reculaient à 357,48 Mds de DH. Les actions, elles, ont légèrement rebondi à 71,56 Mds après être tombées à 69,99 Mds de DH une semaine plus tôt. Pour les professionnels de la gestion d’ac-

tifs, lorsque les tensions internatio- nales se renforcent, les arbitrages ne se font pas uniquement en faveur des fonds actions ou contre eux; ils peuvent aussi se traduire par des mouvements plus larges de décol- lecte ou d’attentisme sur l’ensemble de la chaîne de placement. Il faut, pour bien lire ce trimestre, replacer ces mouvements dans le cadre macro-financier. Bank Al-Maghrib a maintenu en mars son taux directeur à 2,25%, en souli- gnant une inflation toujours modé- rée, attendue à 0,8% en 2026, mais aussi une très forte incertitude externe liée notamment aux déve- loppements au Moyen-Orient. BAM rappelle que le taux interbancaire est resté aligné sur le taux directeur et que son scénario central retient un Brent moyen de 78,9 dollars en 2026. Pour les gérants, cela signifie que le socle domestique reste relati- vement stable, mais la prime de pru- dence remonte dès que le pétrole et la géopolitique brouillent la visi- bilité. C’est exactement ce que l’on observe dans les encours de mars. L’actualité du trimestre ne se limite d’ailleurs pas aux seuls encours, puisque sur le plan réglementaire, le

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du marché, avec un RNPG en hausse de 12,6% à 21,7 mil- liards de dirhams. Cette pro- gression repose sur la bonne tenue du produit net ban- caire, la maîtrise des charges d’exploitation et l’améliora- tion du coût du risque, en baisse de 6,5% à 14,9 mil- liards de dirhams. S'agissant de la contribution à la croissance du RNPG, c'est Attijariwafa bank qui a le plus contribué à cette crois- sance, avec une progression de 1.140 millions de dirhams (+12%), suivie par BOA et BCP et qui ont affiché une croissance de 386 et 358 mil- lions de dirhams (+11,3% et +8,6% respectivement). Le secteur du BTP, quant à lui, continue de bénéficier d’un contexte particulière- ment favorable, porté par le lancement de grands pro- jets d’infrastructure dans la perspective des échéances internationales à l’hori- zon 2030 et par les inves- tissements liés à la gestion des ressources hydriques. L’ensemble des valeurs du secteur affiche une amélio- ration de la rentabilité, avec des contributions notables de SGTM (+752 MDH), Ciments du Maroc (+467 MDH), TGCC (+430 MDH) et LafargeHolcim Maroc (+340 MDH). La performance des socié- tés cotées s’inscrit dans un contexte macroéconomique globalement porteur. Au niveau national, la croissance économique devrait atteindre 4,7% en 2025, soutenue par la reprise agricole et la bonne tenue des activités non agri- coles. Par ailleurs, l’inflation est restée maitrisée au-dessous de 1% en 2025, tandis que les conditions climatiques plus favorables ont contri- bué à améliorer la visibilité de l’activité économique. À l’international, malgré un environnement incertain, la résilience de la croissance mondiale a également sou- tenu la demande. ◆

 Selon M.S.IN, les bénéfices de la place casablancaise s’envolent en 2025, portés par une crois- sance nationale de 4,7% et une inflation enfin sous contrôle.

Bourse Les entreprises cotées tournent à plein régime S Les sociétés cotées à la Bourse de Casablanca ont enregistré une performance agrégée particuliè- rement robuste, portée par un environnement macroéconomique favorable et des dynamiques sectorielles différenciées. C’est ce qui ressort de la dernière note de recherche de M.S.IN. Par Y. Seddik elon le bureau de recherche, la masse bénéficiaire globale a progressé de 38,2% en 2025, confirmant une nette accélé- ration des profits après une année 2024 déjà solide. Cette évolution traduit à la fois un effet de base favorable et une amélioration structurelle de la rentabilité dans plusieurs secteurs clés. Dans le détail, cette progres- sion s’explique en grande partie par le rebond des résultats de Maroc Telecom,

dont le bénéfice net s’établit à 7 milliards de dirhams en 2025, contre 1,8 milliard un an auparavant. Cette amé- lioration intervient après la résolution du litige avec Wana Corporate, qui avait pesé sur les comptes de 2024. Cette décision fait suite à l'accord conclu entre les deux opérateurs en mars 2025, portant sur la création de deux joint-ventures desti- nées à accélérer le déploie- ment de la fibre optique et du réseau 5G sur l'ensemble du territoire national. Hors Maroc Telecom, la masse bénéficiaire ajustée serait en hausse de +25,7% compara- tivement à l'année dernière.

Hors IAM, le secteur minier ressort comme le principal contributeur à la hausse des profits, avec une contribution additionnelle de 2,8 milliards de dirhams, suivi du secteur bancaire (+2,4 milliards de dirhams) et du BTP (+2,3 mil- liards de dirhams), bénéficiant d’un environnement interna- tional marqué par la flam- bée des cours des métaux précieux. Cette dynamique a fortement soutenu les résul- tats des acteurs du secteur, en particulier Managem, dont le résultat net part du groupe (RNPG) a augmenté de 2,4 milliards de dirhams. Le secteur bancaire confirme également son rôle de pilier

Hors IAM, le secteur minier ressort comme le principal contributeur à la hausse des profits, avec une contribution additionnelle de 2,8 milliards de dirhams.

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Taqa Morocco Un virage multi-métier pour briser le plafond de croissance Après des années de stabilité autour de son actif historique, le Groupe Taqa Morocco entre dans une nouvelle phase stratégique. C’est le message clé délivré par le management lors de la conférence de présentation des résultats 2025. Il rappelle qu’en Bourse, Taqa Morocco avait jusqu’ici surtout porté un business plan capé e n termes de croissance, avant d’ouvrir désormais un second pilier : celui d’un acteur multi-métier avec un cycle de développement sur plusieurs années. Détails. Par Y. Seddik

ont été présentées comme une période dense, avec à la fois l’avancement des projets gaz, le lancement des stations de des- salement, la montée en charge des renouvelables et les premiers actifs susceptibles d’entrer pro- gressivement en exploitation. Le management a d’ailleurs insisté sur le fait que certains projets commenceront à contribuer à par- tir de 2027, même si le gros de la création de valeur se jouera sur un cycle plus long de quatre à cinq ans. Le financement est évidemment l’autre clé de lecture. Le groupe a chiffré à 143 Mds de DH les inves- tissements associés au partena- riat stratégique. Le schéma pré- senté repose sur une architecture classique de project finance, avec environ 25% de fonds propres et 75% de dette sans recours au niveau des projets. Cela repré- sente plus de 110 Mds de DH de dette à mobiliser auprès de bailleurs locaux et internationaux, et autour de 34 Mds de DH en fonds propres à déployer avec les partenaires. Le management nous explique que les consulta- tions ont déjà commencé avec des prêteurs sur certains projets, notamment dans le dessalement et le gaz. Interrogée sur le futur moteur de rentabilité, la direction n’a pas voulu hiérarchiser brutalement les métiers. Elle a toutefois reconnu que l’éolien représente la plus grosse part de la croissance en capacité, tandis que le dessale- ment, adossé à une composante renouvelable, offre un modèle économique proche de celui que le groupe exploite déjà. En fili- grane, le message est le suivant: la croissance future sera multi- relais. Le thermique continuera à compter, mais il ne portera plus seul la thèse d’investissement. Au terme de la conférence, Abdelmajid Iraqui Houssaini, pré- sident du Directoire, a résumé en quelques mots le cap que le groupe veut désormais faire lire au marché. La stabilité du socle historique, le début d’une véri- table histoire de croissance, et la sortie progressive d’un modèle centré sur un actif unique. ◆

 Taqa Morocco se lance dans une nouvelle phase de croissance accélérée avec des nouveaux métiers et un effort d’investissement colossal.

S

​ur l’année, le groupe a bouclé l’exercice avec un chiffre d’af- faires de 10,63 Mds de DH, un EBITDA de 3,2 Mds de DH et un résultat net consolidé de 1,27 Md de DH. Le taux de disponibilité global ressort à 92,1% et le gea- ring à 38%. Les principaux agré- gats s’inscrivent en léger retrait sur un an, mais l’ensemble reste cohérent avec le profil que l’entre- prise revendique, à savoir un actif rentable, discipliné et encore for- tement générateur de cash. C’est sur ce socle que Taqa Morocco entend ouvrir un nou- veau cycle de développement. Jusqu’ici, le dossier reposait d’abord sur Jorf Lasfar, actif cen- tral, rentable et bien identifié par le marché. Le groupe présente maintenant un projet plus large,

qui ne se limite plus au thermique et qui s’étend au gaz, aux renou- velables, au dessalement, ainsi qu’aux infrastructures de trans- port de l’eau et de l’électricité. Les ambitions affichées à l’hori- zon 2030 donnent la mesure de ce repositionnement, avec plus de 8 GW de capacités installées, contre 2 GW actuellement, 900 millions de m³ d’eau dessalée par an, 1,2 milliard de m³ de transfert d’eau et une ligne HVDC de 3 GW. Ces nouveaux relais doivent désormais structurer l’histoire du dossier. Le thermique reste le socle, mais il n’est plus censé être l’unique horizon. Lors de la conférence, plusieurs briques ont été présentées comme déjà engagées. Sur le gaz, la struc- ture d’acquisition de Tahaddart 1

est arrêtée, l’accord de dévelop- pement de Tahaddart 2 et 3 a été signé, les études techniques sont réalisées et les réservations de turbines sécurisées. Sur le dessa- lement, les appels d’offres ont été lancés pour l’Oriental et Tanger, avec un démarrage des travaux attendu en 2026, tandis que les études avancent sur Souss- Massa et Tan-Tan. Le projet de transfert d’eau a franchi l’étape de l’accord de développement et du RFQ, et Boujmil est entré en phase de construction au qua- trième trimestre 2025, avec un closing financier attendu au deu- xième trimestre 2026. La filiale de l’émirati Taqa veut montrer qu’elle a déjà commencé à entrer dans la phase d’exécu- tion. Les années 2026 et 2027

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tefeuille identifié de 11 établisse- ments, pour plus de 1.500 lits. En Tunisie, le périmètre cible com- prend quatre cliniques totalisant 574 lits. En Arabie saoudite, les pro- jets identifiés couvrent notamment Riyad, La Mecque et Jeddah, pour un total de 647 lits. Aux Emirats arabes unis, trois projets sont en cours de développement à Dubaï et Ras Al Khaimah, représentant 375 lits. Le calendrier est étalé entre 2026 et 2029, avec les premières mises en service attendues dès 2026. Le groupe indique privilégier un mix entre acquisitions d’actifs existants et projets greenfield, afin de réduire le délai de montée en charge et sécuriser plus rapidement des flux opérationnels. Le financement du programme international est estimé à 350 millions de dollars, répartis entre dette obligataire déjà levée, fonds à lever et dette bancaire interna- tionale. Akdital prévoit également l’ouverture de 30% du capital de sa plateforme internationale à des investisseurs, tout en conservant une position majoritaire. Sur le plan stratégique, le groupe justifie ce développement par la recherche de nouveaux relais de croissance, mais aussi par des opportunités de marché jugées favorables. Dans le GCC, Akdital cible des marchés caractérisés par une population largement assurée et une offre jugée insuffisante sur certains segments. En Tunisie, le groupe met en avant un actif déjà établi, une rentabilité supérieure et un positionnement régional. A l’horizon 2030, Akdital projette sur son périmètre international déjà identifié un chiffre d’affaires de 5,04 Mds de DH, un EBITDA de 1,19 Md de DH et un résultat net de 503 MDH. L’international est attendu à hauteur d’environ 35% du chiffre d’affaires consolidé. Au total, l’exercice 2025 confirme la dynamique de croissance du groupe au Maroc, tout en marquant le passage à une phase plus capi- talistique. Les prochains exercices dépendront à la fois de la montée en charge des ouvertures récentes et de la capacité du groupe à exé- cuter son déploiement international dans les délais annoncés. ◆

 Après avoir densifié son réseau au Maroc, le groupe ouvre désormais un nouveau front de crois- sance à l’international, avec l’ambition d’en faire un pilier de son activité à l'horizon 2030.

Santé Akdital ouvre un nouveau cycle d’expansion avec l’international A Le groupe poursuit sa croissance domestique tout en basculant vers une phase d’exécution à l’international, appelée à représenter près de 35% de son activité à l’horizon 2030. Par Y. Seddik

kdital a clôturé 2025 sur un chiffre d’affaires consolidé de 4,41 Mds de DH, en hausse de 49%. L’EBITDA progresse à 1,21 Md de DH (+45%) et le résultat net consolidé à 494 MDH (+42%), pour un RNPG de 444 MDH. Le groupe compte désor- mais 41 établissements et 4.505 lits, contre 33 établissements un an plus tôt. L’exercice reste porté par l’expan- sion du réseau au Maroc, avec 8 ouvertures en 2025. Le groupe totalise plus de 1,15 million d’ad- missions, en forte progression par rapport à 2024. La croissance pro- vient en grande partie des nouvelles structures, mais le périmètre exis- tant continue également de contri- buer, avec une progression à deux chiffres selon les indications four- nies en conférence. Le déploiement régional devient plus visible dans les indicateurs. En 2025, 62% des patients ont été pris en charge hors de l’axe Casablanca-Rabat. La même ten- dance apparaît dans les activités

lourdes, avec une majorité des actes désormais réalisés en région. Le groupe confirme ainsi l’élargis- sement de son maillage territorial. Sur le plan opérationnel, les marges restent élevées malgré un léger tas- sement. La marge d’EBITDA s’éta- blit à 27,5%, contre 28,4% en 2024, sous l’effet de la montée en charge des nouvelles cliniques. Le groupe indique que cet effet est lié au cycle normal d’ouverture, les structures nécessitant plusieurs trimestres avant d’atteindre leur régime de croisière. Le bilan reflète en revanche une phase d’investissement plus mar- quée. Les investissements nets consolidés atteignent 2,22 Mds de DH en 2025, dont une partie orien- tée vers les projets internationaux, notamment à Dubaï et Riyad. Dans ce contexte, l’endettement net consolidé s’établit à 4,26 Mds de DH contre 1,75 Md un an plus tôt. Hors dettes fournisseurs d’immobilisations, il ressort à 3,36 Mds de DH, soit un ratio dette

nette/EBITDA de 2,8x. La direction assume cette hausse, en soulignant qu’elle intègre des projets qui ne contribueront pleinement à l’activité qu’à partir de 2026-2027. La trajec- toire présentée vise un retour du levier à 0,7x à l’horizon 2030. Le besoin en fonds de roulement constitue un autre point de suivi. Le BFR d’exploitation passe de 361 MDH à 871 MDH, soit 72 jours de chiffre d’affaires contre 45 jours en 2024. Le groupe relie cette évolu- tion à la réduction des délais four- nisseurs, dans un contexte d’ajus- tement des pratiques de paiement, tout en évoquant une normalisation progressive. Vers une montée en puissance de l’international L’autre évolution structurante de l’exercice concerne l’international. Akdital est désormais engagé dans une phase d’exécution, avec des projets en Tunisie, en Arabie saou- dite et aux Emirats arabes unis. Le groupe dispose déjà d’un por-

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CMT Le retour des profits relance un dossier en pleine recomposition Retour aux bénéfices, marge d’exploitation en nette hausse, avancées sur les projets miniers et recomposition du tour de table chez CMT en 2025. Cette configuration intervient dans un moment charnière pour la compagnie, après une phase tendue qui a durablement pesé sur la lecture boursière du dossier.

nette redevient positive, même de manière marginale, à 0,18 MDH, alors qu’elle affichait un déficit de plus de 100 MDH à fin 2024. Là encore, le chan- gement est notable pour une valeur que le marché a long- temps regardée à travers ses fragilités financières autant que par son exposition aux métaux.

Une nouvelle structure du capital

Cette publication intervient sur- tout au moment où le dossier entre dans une nouvelle phase sur le plan capitalistique. CMT a annoncé que son Conseil d’ad- ministration a été informé de la conclusion d’un accord entre Strategos Ventures Limited et Ayrad Group Limited portant sur l’acquisition par Ayrad de 100% d’OSEAD Fund, entité qui détient indirectement, via OMM, 37,04% du capital de CMT, pour un montant global de 130 millions de dollars. Dans la foulée, Ayrad et la CIMR envisagent de prendre conjoin- tement le contrôle de CMT. Si l’opération se concrétise, Ayrad détiendrait indirectement 37,04% du capital et la CIMR 16,12%. Cette prise de contrôle conjointe déclencherait ensuite une offre publique d’achat obligatoire sur l’intégralité des actions CMT, sous réserve du visa préalable de l’AMMC. En parallèle, la société a annoncé un accord transactionnel avec l’Office des changes moyen- nant le paiement de 182 MDH, avec extinction des poursuites judiciaires engagées dans deux dossiers contentieux. Au fond, c’est bien cette convergence entre redresse- ment opérationnel, clarifica- tion progressive des passifs et changement d’actionnariat qui redonne de l’épaisseur au dossier CMT. Le marché ne regarde plus seulement une société minière revenue aux profits. Il recommence à suivre une valeur qui tente de refer- mer une séquence de fragi- lité pour redevenir une histoire industrielle et boursière à part entière. ◆

Par Y. Seddik

site de Tighza, renforçant ainsi ses capacités industrielles. En parallèle, le projet cuprifère de Tabaroucht a franchi une étape réglementaire importante avec l’approbation de l’étude d’impact environnemental, pré- alable au lancement de l’étude de faisabilité. Le groupe a également procédé à la certi- fication des réserves minières de Tighza selon la norme NI 43-101, un élément de nature à améliorer la lisibilité technique du dossier pour les investis- seurs. Les états financiers montrent également une détente sensible de la situation de trésorerie. L’autofinancement ressort à 263,9 MDH, contre 171,1 MDH un an auparavant. La trésorerie  CMT revient aux bénéfices en 2025 et améliore sensiblement ses équilibres financiers, au moment même où son tour de table entre dans une phase de recomposition majeure.

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n 2025, le chiffre d’affaires consolidé ressort à 690 MDH, en progression de 18%. Le résultat d’exploitation gagne 30% à 388 MDH, tandis que la marge d’exploitation s’établit à 56%, contre 51% un an plus tôt. Surtout, CMT renoue avec les bénéfices, avec un résul- tat net consolidé de 196 MDH, après une perte de 12 MDH en 2024. Ce retour dans le vert s’explique à la fois par l’amélio- ration des performances opéra- tionnelles et par un environne- ment de marché mieux orienté,

notamment sur l’argent. Le groupe a en effet bénéfi- cié d’une forte appréciation du cours de ce métal, en hausse de 75% sur l’année, alors que le zinc a progressé de 4%. Mais réduire la performance à un simple effet prix serait incom- plet. La société met aussi en avant une meilleure efficacité des opérations et une gestion plus rigoureuse des coûts. C’est ce point que le marché surveille le plus : la capacité de CMT à convertir un contexte porteur en amélioration durable de ses fondamentaux. Sur le terrain, l’année a aussi été marquée par des avancées concrètes. CMT indique avoir mis en production le nouveau puits d’Ighrem Aousser sur le

Le groupe a bénéficié d’une forte appréciation du cours de l’argent en 2025, en hausse de 75% sur l’année, alors que le zinc a progressé de 4%.

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GITEX Africa 2026 Marrakech, carrefour de l’innovation technologique africaine

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a quatrième édition du GITEX Africa Morocco s’est ouverte mardi 7 avril à Marrakech, confirmant le position- nement du Royaume comme hub technologique conti- nental. Placé sous le haut patronage du Roi Mohammed VI, l’événement réunit près de 50.000 participants et plus de 1.450 exposants issus de 130 pays. La cérémonie d’ouverture s’est tenue en présence du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, ainsi que de nom- breux décideurs, investisseurs et experts internationaux. Organisé par le ministère de la Transition numérique, en partenariat avec l’Agence de développement du digital (ADD) et KAOUN International, le salon se déroule sous le thème : «Catalyser l’économie numérique africaine à l’ère de l’intelligence artificielle». Il ambitionne de renforcer

la coopération panafricaine et d’accélérer l’adoption de solutions technologiques à fort impact. Cette édition se distingue par l’introduction de nouveaux espaces dédiés aux data centers, à la fintech, à la mobi- lité intelligente et aux technologies du sport. L’inclusion financière, les paiements transfrontaliers et les innova- tions en intelligence artificielle figurent parmi les axes majeurs. La cybersécurité occupe également une place centrale, avec le sommet STAR consacré à la protection des infrastructures critiques. Au fil des années, GITEX Africa s’impose comme une plateforme de référence pour une Afrique numérique, innovante et tournée vers la souverai- neté technologique. ◆

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Numérique L’UE et le Maroc accélèrent leur partenariat Les deux parties ont lancé, mercredi 8 avril, le Dialogue numérique UE-Maroc, consolidant ainsi leur partenariat stratégique dans ce domaine.

de confiance entre le Maroc et l’Union européenne, que nous souhaitons à pré- sent renforcer et structurer davantage. Par cette initiative, l’objectif est de créer un cadre propice à une coopération plus approfondie, fondé sur le partage d’exper- tise, le développement d’écosystèmes et la promotion d’une stratégie numérique au service du développement économique et social». Pour donner une dimension concrète à cet accord, une première mise en œuvre opérationnelle prend forme. À cet effet, quatre centres européens de supercalcul (BSC, CINECA, GENCI et LUMI) ont signé une lettre d’intention avec l’Université Mohammed VI Polytechnique, qui héberge le supercalculateur le plus puissant du continent africain. Cette coopération s’appuiera notamment sur le déploiement réussi du système de câbles sous-marins Medusa à Nador, ainsi que sur le soutien en cours à la stratégie «Digital Morocco 2030» pour le développe- ment de services publics numériques. Le dialogue numérique pourrait également ouvrir la voie à des programmes de coopé- ration concrets actuellement en discussion entre l’UE et le Maroc. Ceux-ci soutien- draient la mise en œuvre de la stratégie «Maroc numérique 2030», de l’arrangement administratif sur les écosystèmes d’IA pour l’innovation signé également ce mercredi 8 avril entre Virkkunen et Seghrouchni et de l’écosystème marocain des startups. Enfin, le dialogue numérique UE-Maroc vise également à concrétiser les engagements du pacte pour la Méditerranée, une initiative stratégique de l’UE destinée à renforcer la coopération avec les pays du sud et de l’est de la Méditerranée, y compris dans le domaine numérique. Ce pacte a été lancé le 28 novembre 2025 en Espagne, à l’occa- sion du 30 ème anniversaire du processus de Barcelone. ◆

Par Ibtissam Z.

 Amal El Fallah Seghrouchni (G), ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration, et Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Comission européenne chargée de la Souveraineté techno- logique, de la Sécurité et de la Démocratie.

C

e dialogue reflète une vision commune visant à libérer le potentiel des solutions numériques, des données et de l’intelli- gence artificielle, en soutenant une écono- mie et une société numériques au service des citoyens. Il permettra de renforcer la coopération dans des domaines tels que l’IA, le soutien aux startups numériques, les infrastructures numériques sécurisées ainsi que l’interopérabilité des solutions d’infras- tructures numériques publiques, notam- ment les portefeuilles numériques. Le Dialogue numérique a été lancé par Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Comission européenne chargée de la Souveraineté technologique, de la Sécurité et de la Démocratie, et Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration. La responsable européenne a assuré que le lancement du dialogue numérique marque un moment important dans la coopération

de longue date entre l’UE et le Maroc. «Le Dialogue numérique s’attachera à apporter des avantages concrets aux entreprises, aux startups, aux instituts de recherche et aux autres parties prenantes des deux parties. Il renforcera notamment la coopération entre les fabriques d’IA de l’UE et l’écosystème marocain d’innovation dans le domaine de l’IA» , note-t-elle. Amal El Fallah Seghrouchni a souligné, pour sa part, que « ce Dialogue numérique s’inscrit dans la continuité d’une relation

Les deux partenaires ont identifié plusieurs domaines prioritaires pour orienter leur collabo- ration : -Faciliter le déploiement de réseaux et d’infrastructures numériques sûrs et fiables, afin de sou- tenir la coopération, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle et des infras- tructures publiques numériques. -Échanger les bonnes pratiques et soutenir le déploiement d’infrastructures de calcul fondées sur l’intelligence artificielle, ainsi que des écosystèmes associés. -Mettre en place une coopération avancée entre les instituts de recherche marocains spécialisés en intelligence artificielle et les fabriques d’IA de l’UE, notamment en facilitant les projets de recherche et d’innovation, ainsi que le partage des ressources et des connaissances. -Renforcer la collaboration dans le domaine de la gouvernance en ligne et des infrastructures publiques numériques, y compris en œuvrant à l’interopérabilité entre les solutions et cadres de l’UE et du Maroc. -Et soutenir les jeunes pousses dans le développement de solutions pertinentes répondant aux besoins des entreprises et de la société. Des axes stratégiques au cœur du dialogue numérique UE-Maroc

Le Maroc et l’UE donnent une nouvelle impulsion à leur partenariat en lançant le Dialogue numérique, axé sur l’innovation et l’intelligence artificielle.

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