ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 9 & VENDREDI 10 AVRIL 2026
trielles. Or, un choc énergétique prolon- gé pourrait entraîner un ralentissement des économies partenaires, réduisant ainsi les débouchés pour les produits marocains. Ce risque de contraction de la demande externe vient s’ajouter à celui d’un affai- blissement de la demande intérieure. L’érosion du pouvoir d’achat, sous l’ef- fet de la hausse des prix, risque de frei- ner la consommation des ménages, qui constitue pourtant l’un des principaux moteurs de la croissance. Cette double pression, interne et externe, crée un effet de ciseaux susceptible de peser durablement sur l’activité économique. C’est pourquoi d’ailleurs, sur le plan social, les tensions deviennent de plus en plus perceptibles. Les syndicats et les partis d’opposition alertent sur cette dégradation du pouvoir d’achat et réclament des réponses structurelles. Dans ce contexte, le nouveau round du dialogue social de ce mois d’avril s’an- nonce particulièrement délicat, dans la mesure où les marges de manœuvre budgétaires du gouvernement restent limitées. Des réponses budgétaires coûteuses Face à cette situation, l’Etat a déjà choi- si d’intervenir de manière ciblée afin de contenir les effets les plus immédiats du choc énergétique. Cette interven- tion repose sur trois piliers principaux, conçus pour agir sur les canaux de transmission de l’inflation et préserver, autant que possible, le pouvoir d’achat des ménages ainsi que la compétitivité des entreprises. Le premier pilier concerne le gaz butane, produit essentiel dans la vie quotidienne des Marocains. La subven- tion a été significativement renforcée (78 dirhams par bonbonne de 12 kg vs 30 dirhams auparavant) pour maintenir le prix de vente à un niveau stable, mal- gré la hausse des coûts internationaux. Le deuxième pilier porte sur l’électri- cité. Le gouvernement a fait le choix de maintenir les tarifs inchangés, en dépit de l’augmentation des coûts des com- bustibles utilisés pour la production.
Le troisième pilier concerne le transport professionnel, considéré comme un vecteur central de diffusion de l’infla- tion dans l’économie. Une aide directe de 3 dirhams par litre de carburant a été mise en place afin de maintenir des conditions d’exploitation proches de celles d’avant la crise, sachant que le gasoil et l’essence ont augmenté de presque 4 DH/litre entre le 15 mars et le 1 er avril. L’ensemble de ces dispositifs va coû- ter 1,6 milliard de dirhams par mois. A court terme, cette stratégie permet de limiter l’impact du choc énergétique sur les ménages et les entreprises en contribuant à éviter une spirale infla- tionniste qui pourrait rapidement deve- nir incontrôlable. Cependant, cette réponse budgétaire n’est pas sans conséquences. Elle inter- vient dans un contexte où les finances publiques ont amorcé une trajectoire d’amélioration, avec un déficit ramené à 3,5% du PIB et une dette publique à 67,2% du PIB en 2025. L’augmentation des dépenses de soutien va méca- niquement peser sur cet équilibre et pourrait entraîner un creusement du déficit si elle devait se prolonger dans le temps. Au-delà de l’impact immédiat sur le déficit, c’est la structure même des finances publiques qui se trouve chahu- tée. Le recours à des subventions mas- sives, bien qu’efficace à court terme, peut s’avérer difficilement soutenable sur la durée, surtout dans un environne- ment marqué par une forte volatilité des prix de l’énergie. Dans ce contexte, l’Etat se retrouve face à un dilemme. D’un côté, il doit continuer à protéger le pouvoir d’achat et éviter une dégradation sociale. De l’autre, il lui faut préserver la stabilité des finances publiques et maintenir la confiance des investisseurs. Cet arbi- trage, déjà complexe en temps normal, devient particulièrement délicat dans un environnement international incertain. Et pourtant, au milieu de ce tumulte géopolitique et de ses répliques éco- nomiques, une éclaircie reste possible. En effet, si le cessez-le-feu annoncé au Moyen-Orient ne se limite pas à une simple pause tactique mais ouvre la voie à une désescalade durable, voire à une paix plus globale, alors le Maroc va se voir tirer une sacrée épine du pied. ◆
La flambée des prix énergétiques risque de rompre une dynamique économique portée, entre autres, par une campagne agricole prometteuse.
jusque-là contenue, pourrait retrouver une trajectoire ascendante. Les projec- tions de Bank Al-Maghrib, qui tablent sur une inflation modérée autour de 1% en 2026, apparaissent désormais conditionnées à l’évolution du conflit et à ses répercussions sur les marchés énergétiques. Une prolongation des tensions pourrait faire basculer ces pré- visions vers des niveaux sensiblement plus élevés, avec des effets en cascade sur l’ensemble de l’économie. Au-delà de l’inflation, la croissance elle- même se trouve fragilisée. La dyna- mique positive attendue pour 2026 reposait sur un double moteur : agricole et non agricole. Si le premier demeure solidement ancré grâce aux conditions climatiques favorables, le second pour- rait être affecté par le renchérissement des coûts et par un environnement international moins porteur. En effet, l’économie marocaine, fortement inté- grée aux chaînes de valeur mondiales, dépend en grande partie de la demande externe pour ses exportations indus-
Le nouveau round de dialogue social s’annonce particulièrement délicat, dans la mesure où les marges de manœuvre budgétaires du gouvernement restent limitées.
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